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    L'Art et la danse

     

         La roche tarpéienne n'est jamais loin du Capitole lorsque souffle le vent de l'Histoire... Et le photographe le plus populaires depuis les année 1970, dont les livres se sont vendus à des millions d'exemplaires et les posters s'affichaient dans la chambre de toutes les adolescentes de l'époque, est aujourd'hui montré du doigt par ceux là même qui l'ont encensé pendant 40 ans...

          David Hamilton, l'auteur de ces clichés maudits, naquit à Londres le 15 Avril 1933 et passa son enfance dans la capitale anglaise que la Seconde Guerre Mondiale l'obligea à quitter pour trouver refuge avec sa famille dans le comté du Dorset dont les délicats paysages inspirent encore aujourd'hui son oeuvre.
        De retour à Londres à la fin des hostilités il fut attiré un temps par l'architecture et la décoration, mais leur préféra la typographie et la mise en page pour lesquelles ses compétences lui valurent de travailler comme maquettiste pour la revue allemande Twen.

        Remarqué pour ses talents artistiques, le futur photographe est par la suite engagé à Paris comme graphiste au magazine Elle, et  finalement "débauché" à Londres par la revue anglaise Queen qui lui offre le poste de directeur artistique alors qu'il n'a pas encore 30 ans. Est ce parce que cette fonction l'amène à critiquer les clichés des autres qu'il achète précisément à ce moment là son premier appareil photo? Nul ne le sait, mais c'est en tous cas à cette époque qu'il fait ses premières expériences d'amateur dans ce domaine. 
        Cependant, si les fonctions qu'il occupe dans la capitale anglaise lui conviennent en tous points, elles ne le satisfont pas pleinement car Paris qu'il a appris à aimer lors de son premier séjour lui manque... Et il choisit d'y retourner dès que l'occasion se présente, c'est à dire lorsque s'offre à lui le poste de directeur artistique des grands magasins du Printemps.
        Un changement qui va affecter son activité de photographe et lui donner une autre dimension, car c'est en France qu'il commence à vendre des clichés et à se faire connaitre dans le milieu de la profession où ses images si particulières lui apporteront très rapidement succès et renommée.

     

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         Car David Hamilton a inventé un style nouveau, reconnaissable entre mille, et tandis qu'il collabore déjà avec Nina Ricci ou Chanel, les plus prestigieux magazines internationaux se disputent ses photos (Réalité, Twen, Photo etc...) dévoilant un monde à la sérénité bucolique, nostalgique, mais éternel.
        Du chaos visuel il choisit ce qui le touche: la pureté, la fraicheur, la simplicité, l'innocence; et qu'il photographie des paysages, des bords de mer, des natures mortes, des fleurs ou des adolescentes, il leur donne à tous cette qualité de rêve, sorte de vision d'un Paradis perdu.

     

    L'Art et la danse

     

        Dès son premier livre, Rêves de jeunes filles (1971), il dévoile ce style fait de fleurs, de dentelles, de souples capelines et de jeunes filles nimbées de voiles diaphanes, avec un raffinement esthétique qui donne à ses images une qualité intemporelle. Aucune trace du monde moderne ne s'incruste dans ces compositions harmonieuses et ses photos prennent l'apparence de véritables toiles impressionnistes grâce au flou artistique dont il les habille, un effet si souvent imité depuis et qui est resté sa signature.
        (Afin d'obtenir cette ambiance vaporeuse début de siècle on dit qu'il fixait un bas nylon sur l'objectif de son appareil, ce qu'il a toujours persisté à nier... Mais sans jamais rien révéler de son secret... On sait toutefois qu'afin de contrôler parfaitement l'éclairage il travaille à l'aube ou au crépuscule quand la lumière est douce, et en décors naturels).

     

    L'Art et la danse

     

        Combinaison parfaite de sa maitrise de la lumière et de la couleur, ses images évanescentes ne cessent d'exprimer son admiration de la beauté sous toutes ses formes et font de lui avant tout un esthète projetant sa vision subjective de la réalité: La photo selon lui est issue de la peinture, il tient délibérément à rester dans ce champ et son second album paru en 1972 consacré à la danse lui vaudra même le titre de "Degas de la photographie".


     

    L'Art et la danse

     

         A travers les étoffes légères et les couleurs pastels La Danse nous fait vivre des moments de rêve avec toujours la même perfection dans l'art d'exprimer l'inexprimable ou d'éterniser l'instant fugitif du mouvement parfait. Car c'est encore une fois pour le grand photographe la même quête de la grâce, de la beauté des corps et de l'expression: "La danse est le langage international. C'est l'ambassade de la paix, se servant du corps et du mime pour parler de l'âme" peut on lire dans la préface de Charles Murand.


     

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        Au rythme d'un livre par an en moyenne, vendu chacun à des millions d'exemplaires (L'Age de l'Innocence paru en 1995 se vendit à 50.000 exemplaires à Londres la semaine de sa sortie), le photographe devient une véritable icône et expose dans tous les hauts lieux dédiés à l'Art, de New York à Tokyo, en passant par Hambourg, Milan et Paris où son oeuvre figure dans la collection de la Bibliothèque Nationale. 
        Cartes postales, calendriers, posters, auxquels viennent s'ajouter 5 films et d'innombrables publications dans les magazines, font de lui l'un des artistes les plus populaires du moment, couronné de succès et universellement applaudi et apprécié.

     

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         Mais voilà que 30 ans plus tard certaines de ces photos si admirées font scandale, mises à l'index par ceux qui les ont autrefois portées aux nues... Les très jeunes filles à la silhouette longiligne et au corps d'adolescente que le photographe en quête de beauté et d'innocence est allé chercher pour modèles en Suède, dédaignant les agences de mannequins trop sophistiqués, sont en effet regardées aujourd'hui d'un autre oeil...
       Car l'époque des années 70 où une société débarrassée de ses tabous ose la nudité, surtout pas érotique encore moins pornographique mais simple symbole d'une nouvelle liberté, cette époque qui célèbre avec ivresse un monde dont l'innocence retrouvée en fera un univers de paix et d'amour que reflètent les photos de David Hamilton, est aujourd'hui bel et bien révolue...
        Ces images, conçues et perçues avec enthousiasme lorsque s'ouvrirent ces horizons, ne reçoivent plus du tout aujourd'hui le même accueil... Les regards ont changé, l'oeil s'est perverti et les affaires de pédophilie sont passées par là : Peut on, après les sordides histoires dont nous abreuvent les médias, feindre encore l'innocence d'un temps révolu et partager avec Hamilton ce pudique et candide goût des jeunes filles tout juste en fleur?

     

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        Même si, comme il le fait lui même remarquer, il n'eut jamais aucun problème avec la censure, ses photographies de jeunes blondes dénudées n'en ont pas moins semé leur lot de soupçons, et malheureusement terni sa gloire (Tout en étant de véritables nus artistiques pleins de goût et de délicatesse, ce que l'on ne saurait dire de toutes les images plus ou moins vulgaires qui envahissent notre vie quotidienne apparemment avec l'approbation générale).

     

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        Si en France, pays moins puritain, la réaction est beaucoup plus modérée, la situation en Amérique du Nord et en Grande Bretagne a pris parfois des proportions considérables... Dans les années 1990 aux USA, les conservateurs chrétiens s'en prirent avec violence aux librairies qui vendaient les albums de David Hamilton, l'accusant de pornographie enfantine et de pédophilie, et en 2005, un policier du Surrey alla jusqu'à déclarer officiellement que l'oeuvre du photographe avait été mise à l'index au Royaume Uni et que tout détenteur de l'un de ses livre s'exposait aux sanctions de rigueur... Le journal Le Guardian s'emparant de l'évènement titra dans son édition du 25 Juin 2005 : "Les photos de David Hamilton sont-elles de l'Art ou de la pornographie?"
         (Aucune décision de la sorte n'ayant été bien évidemment prise par un quelconque tribunal, la police du Surrey fut alors forcée de faire, pour les allégations infondées du "constable"  Simon Ledger, des excuses formelles qui parurent dans le British Journal of Photography -Septembre 2005)


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         Glen Holland, le porte parole du photographe de 77 ans qui vit aujourd'hui à Saint Tropez répond simplement à tout cela "Nous sommes profondément attristés..."

        Pour ceux qui le croyaient disparu David Hamilton a publié en 2007 un album regroupant 20 ans de photographies qui retracent un paradis perdu, que ce soit des paysages, des natures mortes ou des portraits de jeunes femmes.

     

    L'Art et la danse


        Tous les éditeurs américains refusèrent de publier le livre, ceux là mêmes qui dans les années 1970 les vendaient à plus d'un million d'exemplaires chacun... et en France les éditions La Martinière n'en tirèrent seulement que 8000 copies. 

        A trop vouloir célébrer les Chants de l'Innocence David Hamilton a été rattrapé  par ceux de l'Expérience... Et libre à chacun, en effet, de regarder son oeuvre selon ce qu'il souhaite y voir... Mais, quoi qu'il en soit, celui qui a su capter et maitriser la lumière fixant la fragilité de l'existence grâce à ses images nimbées de flou, renverra toujours avec une extrême sensibilité artistique et une profonde délicatesse à cette même idée de la beauté éternelle, et mérite pleinement la place qu'il s'est acquise auprès des plus grands photographes.

     

     


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                                  Terpsichore   (1977)  Salvador Dali

    (Dans sa version de la muse de la danse Dali oppose deux images: la danseuse avec sa forme classique lisse incarne l'harmonie intérieure et l'inconscient, alors que celle aux formes angulaires cubistes représente le rythme chaotique de la vie moderne, deux personnages qui dansent côte à côte en chacun de nous).

     

         "A six ans je voulais être cuisinier, à sept ans Napoléon. Depuis mon ambition n'a cessé de croître comme ma folie des grandeurs" écrivit le Catalan à la célèbre moustache qui naquit à Figueras, petite ville de la province de Gérone. 

        Fils de Salvador Dali, notaire à Figueras, il nait moins d'un an après la mort d'un aîné prénommé lui aussi Salvador, et les parents poussant l'amalgame jusqu'à habiller le cadet des vêtements de son frère, le mettre dans son lit et lui donner ses jouets, feront du disparu un double obsédant qui hantera le peintre tout au long de son existence:

        "Je naquis double. Mon frère, premier essai de moi-même, génie extrême et donc non viable, avait tout de même vécu sept ans avant que les circuits accélérés de son cerveau ne prennent feu".

        Afin de s'affirmer et prouver aux autres qu'il existe vraiment, le jeune Salvador se fera remarquer dès son plus jeune âge par ses idées et ses attitudes excentriques: Malgré son vertige et sa peur du vide, il saute régulièrement du haut d'un escalier de l'école devant ses camarades stupéfaits et admiratifs, à qui il lui arrive parfois d'échanger des pièces de 10 centimes contre des pièces de 5... De caractère fantasque il n'a rien d'un bon élève, et préfère regarder par la fenêtre les cyprès de la campagne environnante qui réapparaitront souvent dans ses peintures tout comme l'Angélus de Millet dont une reproduction était accrochée au mur de la classe (Obsédé par ce tableau il y consacrera même un livre entier, et soutenant que les personnages se recueillaient en fait devant la dépouille de leur enfant il obtint même du Louvre qu'il fasse radiographier la toile... Et, surprise... la radio révéla que sous le panier de pommes de terre, au premier plan, est effectivement masqué le cercueil d'un enfant).

     

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                         Jean-François Millet (1814-1875)   L'Angélus (1858)

     

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                                   Salvador Dali  Réminiscence (1935)

     

        Si ses résultats scolaires ne sont guère brillants, le don de Salvador pour la peinture est par contre évident, et grand admirateur des impressionnistes français, il présente à quatorze ans ses premières oeuvres dans une exposition d'artistes locaux après avoir peint son premier tableau, un paysage, à l'âge de six ans . Lorsqu'il entre aux Beaux Arts de Madrid en 1921, il a découvert le futurisme et par de là le cubisme, et il reproche à ses maitres d'être rétrogrades, ennemis de la jeune peinture et en même temps ignorants des techniques classiques (n'étant pas du genre à s'asseoir et à écouter ce qu'on lui raconte...). Lors d'un certain examen où il tira comme sujet "Raphaël", il se leva et dit à ses examinateurs: "Je vous parlerais bien de Raphaël, mais à quoi bon? Je sais tout et vous ne savez rien... Il est donc préférable que je me retire..." Sur quoi joignant le geste à la parole il s'éclipsa devant ses professeurs indignés qui l'exclurent de l'Ecole pendant un an...

        Il sera même définitivement renvoyé des Beaux Arts en 1926, une semaine avant la remise des diplômes, et c'est en feuilletant des revues l'année suivante qu'il découvre le surréalisme, et trouve enfin son style personnel et sa manière propre qui donnera la priorité à l'obsession subconsciente. 

     

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                                  La Persistance de la Mémoire  (1931)

     

        Une exposition à Barcelone lui a déjà acquis la reconnaissance de ses contemporains, dont Picasso et Miro, sur les conseils de qui il se rend à Paris pour visiter "Versailles et le musée Grévin"... Il y rencontrera également une jeune femme russe, Héléna Diakonova, qui est alors la femme de son ami Paul Eluard, mais qu'il épouse très vite et qui restera pour le reste de sa vie, Gala, son modèle et sa Muse.

     

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                                            Salvator Dali et Gala

     

        Fortement influencé par la psychanalyse de Freud pour laquelle il s'enthousiasme, il élabore sa propre théorie de "l'activité paranoïaque critique", un système délirant pour lequel le ballet, lorsqu'il en aura l'occasion, lui offrira un véritable domaine de prédilection, lui permettant de donner libre cours à toute l'exubérance que ses toiles ne pouvaient contenir. Et, lorsqu'il s'exile volontairement aux Etats Unis afin de fuir la seconde Guerre Mondiale, Dali a déjà acquis renommée, fortune et célébrité.

        C'est à New York (quelques mois après que l'artiste ait jeté un tub plein d'eau sur les badauds par une fenêtre d'un grand magasin dont la direction avait modifié sans l'en avertir sa décoration de la vitrine...) que voit le jour son premier ballet: Bacchanale, dont il écrivit le scénario mettant en scène les visions hallucinatoires du roi fou Louis II de Bavière et le mythe de Léda et du Cygne.

        Composé sur un extrait de l'Acte I de Tannhäuser de Wagner  (La Bacchanale du Venusberg) et chorégraphié par Léonide Massine, celui-ci fut présenté pour la première fois le 9 Novembre 1939 au Metropolitan Opera, interprété par le Ballet Russe de Monte Carlo, et écrire qu'il fit sensation est un pur euphémisme... (Initialement prévue à Londres le 4 Septembre, la Première fut annulée par la déclaration de guerre et les artistes quittèrent en hâte l'Angleterre pour les Etats Unis abandonnant derrière eux les costumes réalisés par Coco Chanel, que la légendaire Barbara Karinska dut refaire en un temps record).

        "Le scandale de la saison ce fut Bacchanale... le décor de Dali était dominé par un cygne gigantesque d'où sortaient par son poitrail les danseurs habillés de costumes extraordinaires... une femme avec une tête de poisson rose, une autre avec une crinoline décorée de fausses dents... Un immense parapluie ambulant représentait le Chevalier de la Mort, et lorsque le roi Louis trépassa toute une armée de parapluie envahit la scène. Les spectateurs puritains rougirent à la vision des grosses langoustes rouges qu'arborait au niveau du sexe un ensemble de danseurs mâles, tandis que Nini Theilade, en Vénus, vêtue d'un simple maillot chair semblait complètement nue". (Jack Anderson - The One and Only: The Ballet Russe de Monte Carlo)

     

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                                         Décor pour Bacchanale

     

        Pour la petite histoire, Dali avait réalisé de sa propre main une partie du décor, lorsque visitant un jour l'atelier où George Dunkel l'exécutait il s'exclama: "Comme ce doit être amusant de peindre avec un pinceau à si long manche!... Je veux essayer..." Il prit le pinceau et travailla plusieurs heures au bout desquelles il apposa sa signature au bas de l'oeuvre.

        Bacchanale resta dans le répertoire du Ballet Russe de 1939 à 1942, après quoi il fut retiré lorsque Massine rejoignit le Ballet Theatre. Mais la collaboration entre les deux artistes n'en resta pas là et deux autres ballets suivirent: Labyrinthe, en 1941, évoquant le thème de Thésée et Ariane sur une musique de Schubert, et Tristan Fou, en 1944, inspiré de l'opéra de Wagner Tristan et Iseult.

     

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                                         Décor pour Labyrinthe

     

        Deux oeuvres pour lesquelles Dali va créer encore une fois des décors gigantesques éblouissants... Dans Labyrinthe les danseurs sortaient du torse d'un homme au crâne fêlé, et dans Tristan Fou le peintre, selon le critique Edwin Denby, "se surpassa": "Pendant une demi-heure défilèrent sur scène une profusion de décors, de costumes et d'effets spéciaux que personne d'autre au monde n'aurait été capable d'imaginer. Le public était médusé par les trois magnifiques têtes de chevaux qui dominaient la scène comme le Mémorial du Mont Rushmore et s'ouvraient à la fin de chaque Acte pour dévoiler un cadavre descendant dans la tombe".

        Ce ballet, dont Dali écrivit également le livret, aurait du être donné à Paris en 1939 (avec des costumes pour lesquels Coco Chanel voulait de l'hermine et des pierres précieuses véritables...) Mais la guerre fit tout annuler encore une fois, et en conséquence Dali utilisa des projets prévus pour Tristan Fou dans son ballet Bacchanale: "Mon Tristan Fou qui devait être mon aventure la plus réussie n'a pas été donné, aussi il est devenu Bacchanale" écrira-t-il plus tard. Et c'est le marquis Georges de Cuevas qui décidera finalement de monter le spectacle à New York en 1944.

     

     L'Art et la danse

                           Projet pour Tristan Fou utilisé pour Bacchanale

     

         Dali collaborera également avec Antony Tudor (Roméo et Juliette 1943),  la Argentinita ( Café de Chinitas 1944) et George Balanchine pour Colloque Sentimental (1944) où des squelettes barbus roulaient à vélo devant une sorte de grille, et un jet d'eau surgissait d'un piano...

        Avant de quitter le pays qui l'accueillit pendant huit années, Dali eut encore l'occasion d'assister à un spectacle que donnait la danseuse-chorégraphe espagnole, Ana Maria, au Carnegie Hall et le peintre fut tellement impressionné qu'il souhaita la rencontrer et lui proposa de monter ensemble Le Tricorne (déjà mis en scène à Londres en 1919 par les Ballets Russes de Diaghilev avec des décors de Picasso).

        Pour les critiques qui assistèrent à la Première, le travail de Dali était "étonnamment conservateur", car pour une fois le rideau de scène était presque conventionnel, représentant un paysage que le New York Herald Tribune qualifia même de "ravissant"... En effet pas d'arbres en sang ni de montres en déliquescence... Mais une maison andalouse blanchie à la chaux, avec sa porte rouge et ses volets biscornus, devant un paysage ocré... Des sacs de grains, légers comme des bulles flottaient au dessus d'un énorme puits, l'effet était drôle et évoquait les ballets andalous et les chaudes plaines poussiéreuses.

        Avec son ciel bleu, ses maisons blanches et ses costumes XVIIIème siècle inspirés par Goya, Dali, sans l'avoir imité rejoint ici Picasso "le seul Parisien qui a de l'importance à mes yeux" disait-il, et le seul qu'il reconnaissait parmi ses pairs; et le retour au pays natal inaugurera pour le Catalan ce qu'il appela par la suite sa "période classique" que les décors du Tricorne avaient de toute évidence annoncée.

        Sa contribution au ballet se poursuivit en Europe en compagnie de Maurice Béjart avec qui il participa en 1961, à la Fenice de Venise, à la création de l'opéra-bouffe La Dame Espagnole et le Cavalier Romain sur une musique de Scarlatti; et ils créeront ensuite ensemble Le Ballet de Gala, dédié à l'épouse du peintre, pour lequel ce dernier écrivit encore une fois le livret et dessina décors et costumes: Un rideau de scène particulièrement impressionnant formé de motos suspendues les unes aux autres crachant du feu, accompagné d'une représentation du "Boeuf écorché" de Rembrandt pour laquelle était utilisée un véritable quartier de boeuf qui, comme chacun s'en doute, devait être remplacé à chaque représentation... L'accueil du public fut cette fois assez mitigé... et Le Ballet de Gala mettra un point final aux visions chorégraphiques de Dali.

     

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                               Le Boeuf écorché   Rembrandt (1606-1669)    

     

        Si certains critiques déplorèrent que l'artiste n'ait jamais trouvé de collaborateurs "à sa hauteur" capables de lui laisser rendre dans son intégralité sa vision poétique, il faut remarquer que ses idées semblaient souvent difficiles à matérialiser, et que si ses ordres n'étaient pas exécutés exactement dans la réalisation du décor et la mise en scène, c'est le plus souvent qu'elles étaient beaucoup trop chères où n'étaient pas conformes aux consignes de sécurité des théâtres.

        Les neuf ballets de Dali qui ont à la fois ébloui, stupéfié, choqué et scandalisé ne représentent qu'une infime partie d'une oeuvre gigantesque, ponctuée d'influences diverses et que l'artiste construisit finalement sans notion aucune de fidélité à qui que ce soit d'autre que lui-même. Dans son Journal d'un Génie, au titre éloquent, il écrit:

        "Les événements les plus importants qui puissent arriver à un peintre contemporain sont au nombre de deux: 1° Etre espagnol 2° S'appeler Salvador Dali. Ces deux choses me sont arrivées à moi. Comme mon propre nom "Salvador" l'indique je suis destiné à rien moins que sauver la peinture moderne de la paresse et du chaos".


        Nullement académique Dali participa à des campagnes publicitaires pour l'eau Perrier ou le chocolat Lanvin restées encore dans les mémoires:

     

     

        Mais le personnage turbulent a parfois fait oublier l'important travail du peintre, méticuleux, acharné, concevant ses toiles avec un soin qu'il voulait proche de ses maitres classiques Raphaël ou Vermeer et son oeuvre en fait l'un des maitres du surréalisme.

     

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    "C'est peut-être avec Dali que pour la première fois les fenêtres de l'esprit se sont grandes ouvertes"     Paul Eluard

     

        Fantasque, excentrique, artiste à l'ego surdimensionné, mais au talent fou, tous les superlatifs ne semblent pas de trop pour le décrire... Peintre, sculpteur, photographe, scénariste, Dali a également travaillé pour le théâtre, la mode, la presse, s'est intéressé à la science et s'est passionné pour l'or et les bijoux. Et le 28 Septembre 1974, le célèbre dandy (il a réussi à se faire élire Homme le plus élégant de France) inaugure à Figuéras son propre musée où, lorsqu'il décède le 23 Janvier 1989, il sera inhumé selon sa volonté dans la crypte sous une simple dalle...

     

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                     "Ne crains pas la perfection tu ne l'atteindras jamais".

                                                           Salvador Dali

     

     

     


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                                            Danseuse en bleu (1900)


                "J'ai mis toute ma vie à savoir dessiner comme un enfant"
                                                                         Pablo Picasso 

     

        "Etonne moi!" avait demandé Diaghilev à Jean Cocteau en le chargeant du projet d'un nouveau ballet pour sa Compagnie, un défi que le poète n'aurait pas relevé avec autant de succés si le Ciel avait exaucé la prière d'adolescent du peintre dont il s'assura à cet effet la collaboration.
        Car, lorsque sa soeur Conchita fut atteinte par la diphtérie, Pablo Picasso alors agé de 14 ans fit effectivement le voeu désespéré de sacrifier ce qu'il aimait plus que tout, le dessin, afin d'obtenir sa guérison. Mais le Destin en ayant décidé autrement, la mort de sa cadette le délia de cette coûteuse promesse, piètre consolation qui lui laissa, dira-t-il, un éternel sentiment de culpabilité.

        Enfant prodige, le fils de Don José Ruiz y Blasco, peintre et professeur de dessin, et de Maria Picasso y Lopez, naquit à Malaga (Espagne) le 25 Octobre 1881.
        Il peint son premier tableau à l'age de 8 ans, Le Petit Picador Jaune, une scène du monde de la corrida qui restera tout au long de sa vie l'un de ses thèmes favoris. 
        "Je n'ai jamais fait de dessins d'enfants. A 12 ans je dessinais comme Raphaël" dira-t-il plus tard.

        A 14 ans il est admis à l'Ecole des Beaux Arts de Barcelone après avoir exécuté en une journée l'épreuve du concours pour laquelle un délai d'un mois était accordé aux candidats, et les examinateurs stupéfaits lui feront sauter les deux premières classes.
         Une légende voudrait que son père, dans un accés d'émotion lui ait alors donné sa palette, ses pinceaux et ses couleurs en ajoutant que le talent de son fils était plus grand que le sien et qu'il ne peindrait lui-même jamais plus. Cependant, comme ses oeuvres le confirment, José Ruiz continua de peindre assiduement jusqu'à sa mort.

        En 1897, il a alors 16 ans, Pablo est admis à l'Académie Royale de Madrid et lorsque l'une de ses toiles est sélectionnée pour l'Exposition Universelle de Paris, en 1900, il suit son oeuvre et décide bientôt de passer le reste de sa vie en France où, après avoir jusque là signé ses toiles du nom de Ruiz- Picasso, il choisit finalement le nom de sa mère à cause de son originalité.
        Il sent immédiatement la distance qui le sépare des "fauves" alors en vogue, de leur figuration plate et de leurs couleurs vives, et le suicide de son meilleur ami Carlos Casagemas marque le début de sa "période bleue" où figurent largement les thèmes de la mort et de la misère qu'il rend avec un trait précis et un coloris unique.
        Le critique d'art Charles Morine se dira à l'époque touché par "la tristesse stérile qui pèse sur l'oeuvre entière de ce très jeune homme" (il a 19 ans).

     

    L'Art et la danse

         La Vie exécuté en 1903 sera la dernière apparition de son ami Casagemas dans son oeuvre
     

        Picasso s'installe peu après au Bateau Lavoir et y rencontre sa première compagne. Mais, si l'artiste traverse alors une période heureuse et si les thèmes abordés sont l'amour et la joie, ils n'en restent pas moins empreints d'une inquiétude existentielle certaine. Ce sera l'époque des Maternités, ainsi que des Arlequins, jongleurs et acrobates, un monde du cirque que le peintre ne se lasse pas de découvrir et qu'il rendra dans ces teintes "rougées" qui feront de cette période la "période rose" achevée en 1906, date à laquelle il commence à créer des peintures beaucoup plus géométriques.

     

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        La géométrie formelle prend alors progressivement le pas dans son oeuvre sur la forme naturelle. La logique et les proportions disparaissent, et c'est avec Les Demoiselles d'Avignon (1907) qu'explose le nouveau style:
        Pour la première fois au monde un peintre a radicalement transformé l'espace pictural, suscitant stupeur et incompréhension et certains iront même jusqu'à dire de lui "Quelle perte pour l'art français!".
        Picasso ayant fait cette même année la connaissance de George Braque, les deux hommes, en étroite collaboration, développent de 1907 à 1910 non seulement une façon de rendre le réel mais une création de formes où l'image est décomposée en multiples facettes ou cubes (d'où le nom de "cubisme") dans une palette de couleurs réduite le plus souvent aux ocres et aux gris (Poursuivant leurs recherches, les artistes introduiront par la suite des matériaux très insolites dans leurs oeuvres avec la pratique du papier collé). 
        "De nos jours l'on ne va plus à l'asile, l'on fonde le cubisme" écriront leurs détracteurs...

     

    L'Art et la danse

                                         Les Demoiselles d'Avignon (1907)


     C'est vers la fin de l'automne 1915 que Jean Cocteau aiguillonné par la réflexion de Diaghilev se fit présenter Pablo Picasso, très conscient à juste titre que le meilleur colllaborateur à un projet de ballet audacieux serait le créateur du cubisme...

     

    L'Art et la danse

    Costumes de Picasso pour le prestidigitateur chinois et le cheval de Parade (livret de Jean Cocteau, musique d'Eric Satie, et chorégraphie de Léonide Massine)


        Le nouveau champ d'exploration enthousiasma aussitôt le peintre, et les costumes et les décors de Parade qui vit le jour en 1917 inspireront à Guillaume Apollinaire le néologisme de "surréalisme" lorsqu'en Mai de cette même année, admiratif du travail de l'artiste, il évoque dans une chronique consacrée au ballet "une sorte de sur-réalisme où se voit le point de départ d'une série de manifestations de cet esprit nouveau qui se promet de modifier de fond en comble les arts et les moeurs. Cette tâche surréaliste que Picasso a accompli en peinture, je m'efforce de l'accomplir, dans les lettres et dans les âmes".


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                          Costumes de Picasso pour les managers  de Parade


        Parade sera le début de nombreuses années de créations de Picasso pour le ballet qui se poursuivront jusqu'en 1945 avec Le Rendez-vous de Roland Petit et Icare de Serge Lifar en 1962.
        Car après ce ballet résolument d'avant garde le peintre ne cessera par la suite de dessiner pour la danse et le théatre des décors, des costumes, et plusieurs rideaux de scène monumentaux, tous montrant sa parfaite maitrise de cet art, son sens des couleurs et son inventivité formelle, combinant cubisme et naturalisme.
        Karsavina, la danseuse étoile, dira de lui: "A ses qualités de peintre Picasso joignit un sens absolu de la scène et de ses exigences, une maitrise des compositions à la fois fortes et économes et d'un néo-romantisme bien éloigné de la sentimentalité".

     

         Le Tricorne de Manuel de Falla et Léonide Massine.  Décors et costumes de Pablo Picasso, interprété par Kadir Belardi et le Corps de Ballet de l'Opéra de Paris


        Avec les Ballets Russes Picasso signera encore après Le Tricorne (1919), Pulcinella (1920), Cuarto Flamenco (1921), L'Après Midi d'un Faune (1922) et Le Train Bleu (1924), et il cessera sa collaboration avec Diaghilev lorsque se détériore son union avec Olga Khokhlova, une danseuse de la Compagnie qu'il a épousée en 1918 et qui lui a donné un fils, Paulo, né en 1921.

     

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                                       Projet de décor pour Le Tricorne

        Auprès d'Olga qui a abandonné le ballet Picasso fait l'expérience d'une nouvelle vie empreinte de mondanités et abandonne ses habitudes bohèmes.

     

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                                     Portrait d'Olga dans un fauteuil (1918)


        Un changement qui sera marqué dans ses tableaux par un retour à la figuration et au classicisme. Il réalisera d'innombrables portraits d'Olga et de leur fils et représentera même Olga en espagnole, portrait qu'il offrit à sa mère qui s'inquiétait de le voir épouser une étrangère.

     

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                                                   Olga et Paulo


        Sa passion pour le monde bigarré des Ballets Russes apparait encore à travers une multitude de portraits de ses amis artistes qu'il ne cessait d'étudier sur scène et dans les coulisses, des rencontres multiples qui lui apportèrent chaque fois de nouvelles sources d'inspiration et de défis.

     

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                                          Stravinsky par Pablo Picasso

     

        Cependant Picasso s'ennuyait dans sa nouvelle vie mondaine où Olga fixait des règles de bienséance qu'il adorait transgresser, initiant également son fils Paulo à la désobéissance...

     

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                                            Paulo Picasso en Arlequin


         Et en 1925 un tableau, La Danse, bouleverse tout sur son passage... dominé par l'influence indéniable des poètes surréalistes dans cette volonté de dépeindre de l'intérieur l'Enfer personnel. Les corps sont disloqués, déformés, et dénoncent les relations houleuses du peintre avec Olga et la fin de la vie heureuse du couple (Toutefois ils ne divorceront pas, car Picasso se refuse à partager sa fortune, ce que la loi l'aurait obligé à faire, et ils resteront mariés jusqu'au décés d'Olga en 1954)

     

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                                                   La Danse  (1925)


        D'autres femmes marqueront la vie de l'artiste, influençant son style et son oeuvre, et outre la peinture il s'adonnera à la sculpture. Puis c'est la guerre en Espagne, son pays natal qu'il aime tant, et qui sera à l'origine du tableau le plus célèbre au monde après La Joconde: Guernica.
        "La peinture n'est pas faite pour décorer les appartements" dira-t-il "c'est un instrument de guerre offensive contre l'ennemi".
        Réalisée en 1937 pour honorer la commande du gouvernement espagnol pour l'Exposition Universelle de Paris, la toile monumentale de 7m x 3m exécutée en noir et blanc exprime toute la colère et la révolte de l'artiste face à la tragédie du bombardement de Guernica et symbolise de façon universelle l'horreur de la guerre.

     

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                                                      Guernica (1937)


        Avec le début de la seconde guerre mondiale la palette de Picasso deviendra de plus en plus sombre, il sculpte par périodes et exécute des compositions audacieuses, telle La Tête de Taureau faite d'une selle et d'un guidon de vélo ou encore La Petit Fille sautant à la Corde réalisée avec un panier en osier et un moule à gâteau.

        Sa Colombe est choisie par Aragon pour l'affiche du Congrés de la Paix qui s'ouvre à Paris le 20 Avril 1949 tandis qu'il crée à Vallauris un atelier de céramiques où il peindra plus de 4000 pièces, et c'est à Mougins (Alpes Maritimes), sur cette Côte d'Azur ensoleillée qu'il vivra ses dernières années poursuivant inlassablement son activité artistique.

     

    L'Art et la danse

        
        Lorsque Picasso disparait le 8 Avril 1973 il laisse derrière lui une extraordinaire production qu'André Malraux a définie comme "la plus grande entreprise de destruction et de création de formes de notre temps"... 135.000 peintures et dessins, 100.000 lithographies et gravures, 300 sculptures et plusieurs milliers de céramiques à travers lesquels il a contribué tout au long de sa vie à redéfinir les pratiques artistiques, traversant divers courants, cubisme, surréalisme, sans jamais s'y cantonner.
        Aucun peintre depuis Michel Ange n'a à ce point stupéfié, subjugué son époque, ni a ce point déterminé et souvent devancé son évolution . Et par son analyse profonde et sans cesse renouvelée des enjeux de la représentation, Picasso se place dans l'histoire de l'Art comme l'un des plus grands peintres du XXème siècle. 

     

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                   "Je ne peins pas ce que je vois je peins ce que je pense"
                                                                           Pablo Picasso 

     

     

     


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                                   Autoportrait devant un miroir (1822)

      

     "Quand on pense que je n'aurais jamais été peintre si mes jambes avaient été un peu plus longues!.."  
                                   Henri de Toulouse Lautrec



        Toulouse-Lautrec c'est une vie singulière, entièrement commandée par un évênement initial aux conséquences effoyables. Et si, en tant qu'artiste, cet homme ainsi marqué d'un sceau fatal sera considéré comme l'une des sources de ce que l'on appelera l'expressionisme, c'est que son drame personnel a fait naître en lui un besoin d'expression d'une violence extrême qui a nourri son art et son style particulier.

        Fils ainé du comte Alphonse-Charles-Jean-Marie de Toulouse-Lautrec Montfa, descendant d'une très vieille famille française, Henri-Marie-Raymond voit le jour à Albi le 24 Novembre 1864.
        Le petit aristocrate est initié dès l'enfance aux passe-temps de son rang: l'équitation et la chasse auxquels s'ajoute le dessin, car dans la famille Toulouse-Lautrec la passion du sport ne fait pas négliger les arts, les oncles d'Henri dessinent et son père sculpte. L'aïeule se plaisait d'ailleurs à dire:
        "Quand mes fils tirent une bécasse elle leur donne trois plaisirs: le coup de fusil, le coup de crayon et le coup de fourchette..."

        Atteint dès l'age de treize ans par les effets d'une anomalie congénitale à l'origine d'une maladie osseuse incurable non identifiée à l'époque, une dystrophie polyépiphysaire, dont il portera le lourd héritage pour le restant de ses jours, le jeune Henri se voit obligé de renoncer à l'équitation, ce qui est pour lui un véritable déchirement. Cependant il résistera au malheur en continuant de faire vivre à travers le dessin et la peinture sa passion pour les chevaux.
        Il a d'ailleurs montré de bonne heure des dispositions certaines pour les disciplines artistiques comme en témoignent ses cahiers d'écoliers abondamment illustrés par ses soins. Et à partir de 1878 ce qui n'était pour lui qu'un loisir devient alors une passion: il dessine et peint et ne lachera plus ni le crayon ni le pinceau.
        "Je peins et je dessine aussi longtemps que je peux, jusqu'à ce que ma main ne tombe de fatigue" confessera-t-il quelques années plus tard, tout en formulant des principes que toujours il s'efforcera d'honorer:
        "Il m'est impossible de ne pas voir les verrues... Je ne sais pas si vous pouvez maitriser votre plume, mais quand mon crayon se met en branle, je dois le laisser courir ou patatras... tout s'arrête!"

        Dès son enfance Lautrec avait été familier de l'atelier d'un ami de la famille, René Princeteau, peintre de chasses, de chevaux et de chiens, grâce auquel il entre dans l'atelier de Bonnat. Mais si ce dernier remarque ses dispositions pour la peinture, il apprécie moins cependant son coup de crayon:
        "Votre peinture n'est pas mal, c'est du chic, enfin ce n'est pas mal, mais votre dessin est tout bonnement atroce" lui dira-t-il en 1882.
        Lautrec passera ensuite dans l'atelier de Cormon aux Beaux Arts et ce sera pour lui l'occasion de se lier avec Van Gogh, Degas, Manet, Renoir ou Gauzi.
        "Son maitre d'élection" écrivit Gauzi, "était Degas, il le vénérait. Ses autres références parmi les modernes allaient à Renoir et à Forain. Il avait un culte pour les anciens Japonais, il admirait Velasquez et Goya, et chose qui paraitra extraordinaire à quelques peintres, il avait pour Ingres une estime particulière". 

        Degas mis à part, ce sont les estampes japonaises qui auront en fait l'influence la plus importante sur l'oeuvre de Toulouse-Lautrec qui découvrit à travers elles l'utilisation des contours expressifs ainsi que celle des silhouettes, des larges a-plats de couleur et du changement de perspective.
        L'artiste qui s'est dans un premier temps tourné rapidement vers l'impressionisme et ses thèmes naturalistes trouve très vite cependant son style propre. Certains l'ont rapproché des Nabis, ses contemporains, dont il partage les préoccupations décoratives, mais un fait les éloigne d'eux: sa passion pour le caractère, et le traitement quasi caricatural par lequel il l'exagère ou mieux encore l'exaspère, et par ce trait il mérite d'être considéré comme un ancêtre de l'expressionisme.
        Cependant il se défend lui même d'appartenir à une quelconque école:
    "Je ne suis d'aucune école, je travaille dans mon coin" dira-t-il.  

        Lorsque le peintre quitte l'atelier de Cormon en 1884, il s'installe à Montmartre et le quartier où voisinent à l'époque Le Moulin Rouge, Le Moulin de la Galette, le Bal de l'Elysée Montmartre et nombre de cabarets va bientôt le happer dans son tourbillon...

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        Lautrec fréquente alors tous ces lieux de plaisir et s'y abandonne à la fête avec frénésie... Extrêmement sociable et très intelligent, sa compagnie est appréciée:
        "Jamais il n'avait un mot agressif pour personne, ni ne cherchait à faire de l'esprit sur le dos des autres... il trouvait constamment des mots amusants, pittoresques, faisant image..." Comme cette boutade décochée à un ami de grande taille:
        "A Paris plus on monte haut moins les étages sont meublés!.."

        Danseuses, prostituées, acteurs et actrices qu'il fréquente deviennent ses modèles et, à travers le milieu marginal qui l'inspire, il se fait le témoin sensible et l'observateur sans concession de la nature humaine dont il cherche l'actualité sur tous les terrains du Paris à la mode.
        L'attitude de Lautrec est celle d'un touriste: Il regarde... il note... car il observe d'abord, il travaille ensuite, et toutes ses scènes de bal seront exécutées d'après des spectacles vus et des croquis exacts. Il reproduit les sujets sans rien sacrifier à l'anecdote, à la sensiblerie, à l'obscénité ou à la blague, car il sentait profondémént la misère de la vie qui s'agitait sous ses yeux, et l'on ne peut pas ne pas penser à Baudelaire quand on voit les oeuvres où celle-ci s'exprime.
        "Les réjouissances des pauvres sont pires que leur misère" dira-t-il et il y aura autant de pitié que d'horreur dans les tableaux où il représente ces spectacles quotidiens.
        Quand Lautrec connut Le Moulin Rouge il le reproduisit sur la toile avec ses danses, son bruit, son mouvement, ses lumières, mais aussi sans concessions avec ses brumes, ses couleurs livides et ses fards, sans se soucier ni de l'opinion ni du goût du public, attentif seulement à rendre ce qu'il voit et ce qu'il sent, et avec le temps son trait âpre et incisif deviendra toujours plus mordant. 

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        La peinture de Lautrec ne manque pas d'attirer l'attention et il s'est déjà fait un nom dans les milieux artistiques lorsqu'il découvre une technique nouvelle pour lui: la lithographie.
        Les panneaux lithographiées prolifèrent dans les années 1890 grâce aux avancées techniques dans l'impression de la couleur et aussi à l'assouplissement des lois concernant leurs emplacements.
        Et en 1891 l'artiste reçoit sa première commande pour le Moulin Rouge: Certainement parmi les plus connues l'affiche représente La Goulue, un nom aussi mondialement célèbre que celui de La Joconde derrière lequel se cache Louise Weber, la fameuse créatrice du French Cancan.

    L'Art et la danse

    On retrouve ici très clairement l'influence des estampes japonaises dans les masses de couleur et les silhouettes de l'homme et de la foule.

      

         L'artiste qui connait personnellement toutes les célébrités est submergé de demandes, qu'il s'agisse d'annoncer un spectacle ou illustrer un magazine. Et c'est une autre danseuse, Jeanne Avril, que Lautrec représentera sur un placard commandé cette fois par le Jardin de Paris.

     

    L'Art et la danse

                                      Jeanne Avril au Jardin de Paris

      

         Une publicité pour un petit cabret Le Divan Japonais lui fournit l'occasion de dessiner deux de ses amies , la "diseuse" Yvette Guilbert ainsi que Jeanne Avril. Yvette Guilbert est ici derrière le public et l'orchestre, et son visage n'est pas visible... Peut-être est ce parcequ'elle s'est plainte plusieurs fois à Toulouse Lautrec qu'il l'avait dessinée très laide...
        "Mais pour l'amour du Ciel ne me faites pas si atrocement laide!... Un peu moins!..." se plaindra-t-elle...

     

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     Au premier plan Jeanne Avril, à l'arrière plan Yvette Guilbert et ses célèbres gants noirs.

      

         Le goût que Lautrec éprouve désormais pour la lithographie est tel qu'il gravera en moins de dix ans plus de 400 planches qui resteront pour la plupart la partie la plus originale de son oeuvre.

     

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                                   La Troupe de Mademoiselle Eglantine

        Une oeuvre qui connaitra sa part d'aventures rocambolesques lorsqu'en 1895 La Goulue quelque peu déchue se produit alors à la Foire du Trône et commande deux panneaux pour décorer sa baraque. Les toiles mettant en scène des personnages qui sont devenus de véritables êtres légendaires de la Belle Epoque seront en effet coupées en morceaux et revendues par un marchand indélicat et ne pourront être recomposées qu'en 1929.

     

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                              La baraque de La Goulue à la Foire du Trône

      

         Si Henri de Toulouse-Lautrec s'impose aujourd'hui comme le père de l'affiche moderne et si son nom s'inscrit au panthéon des artistes, il était loin à l'époque de faire l'unanimité. Certains l'applaudirent tel ce journaliste du "Père Peinard":
        "Un qui a un nom de Dieu de culot, mille polochons, c'est Lautrec, ni son dessin ni sa couleur ne font de simagrées... Y'en a pas deux comme lui pour piger la trombine des capitalos gogo attablés avec des fillasses à la coule qui leur lèchent le museau... C'est épatant de toupet, de volonté, de rosserie et ça bouche un coin aux gourdiflots qui voudraient becqueter que de la pâte de guimauve..."
        Mais le peintre sera aussi largement diffamé et calomnié...

        L'histoire de Toulouse-Lautrec renvoie en fait à celle de la marginalité et de l'exclusion, car pour s'imposer et vivre sa différence, pour oublier aussi cette infirmité qui est restée, en dépit de tout, son désepoir caché, il a du provoquer, bousculer les idées reçues et dans le même temps brûler sa vie et se perdre irrémédiablement dans les fêtes et les plaisirs plus ou moins recommandables de cette Belle Epoque, qui ne fut pas si belle que cela, et dont il s'est fait le témoin.

        A une existence pour le moins dissolue il ajoutera le drame de l'alcool, dont sa consommation s'accroit en même temps que sa renommée... (afin de ne jamais être en manque il possède même une canne dissimulant une petite fiole)
        "Je boirai du lait quand les vaches brouteront du raisin" aimait-il à répéter en manière de plaisanterie... Et à Malromé, la propriété familiale où il adorait se mettre aux fourneaux lors de ses séjours, la cuisinière qui connaissait son malheureux penchant, l'empêchait prudement de flamber toutes ses préparations...

        Surmené, les nerfs à vif, ne dormant que quelques heures par nuit, sujet à des hallucinations, et parfois en proie à de violentes colères, Lautrec est interné en 1899 et subit une cure de désintoxication.

        Mais une fois sorti il se remet bientôt à boire et son état de santé s'aggrave. Il meurt le 9 Septembre 1901 à l'age de 36 ans. 

     

     

     Le film de John Huston Moulin Rouge (1952), met en scène le personnage principal de Toulouse-Lautrec interprété par José Ferrer avec à ses côtés Colette Marchand et Zsazsa Gabor.

     

     


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         "Il était naturel que Bourdelle avant tous les autres essaya de transposer dans ses dessins cette sorte de passion didactique qui rappelle tant la sienne à rejoindre à travers des formes très étudiées ce qu'il y a de simplement humain. Dans ses croquis pris au vif il a retrouvé chez la danseuse ce courant intérieur qui l'anime, et traduit le plus riche trésor de mythes et de symboles par les attitudes de la danse, trépidantes, échevelées, ondoyantes comme la mer ou les feuilles dans le vent". ( E. Faure - Ombres Solides 1924)

        Isadora Duncan qui révolutionna la pratique de la danse et dont Legrand-Chabrier a dit "elle sculpte la musique" occupa en effet, comme le souligne l'historien de l'Art Elie Faure, une place importante dans l'oeuvre d'Emile Antoine Bourdelle pour qui son image indélébile resta une source d'inspiration jusqu'à la fin de sa vie.

        Le sculpteur considéré non sans raisons comme le lien entre Rodin et Giacometti naquit à Montauban le 3O Octobre 1861. Son père, ébéniste, l'initie très tôt au travail des matériaux et dès l'age de 13 ans le jeune Antoine quitte l'école et préfère aider à l'atelier. Un faune qu'il a réalisé sur un bahut est remarqué par deux personalités locales qui l'encouragent alors à suivre les cours de l'école municipale de dessin, et en 1876 un buste d'Ingres exécuté sur bois alors qu'il n'a que 15 ans lui vaut une Bourse pour les Beaux Arts de Toulouse qu'il fréquente jusqu'en 1883.  Il s'y fait remarquer, et grâce à son talent et aux prix qu'il obtient régulièrement,  Antoine Bourdelle se voit cette fois attribuer par la ville une nouvelle Bourse qui lui permet de partir à Paris tenter sa chance...

     

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                            Antoine Bourdelle dans son atelier de la rue du Maine

        Reçu second au concours d'entrée des Beaux Arts de Paris, il installe alors un atelier rue du Maine (Celui-ci qui fut à la fois son habitation et son lieu de travail abrite aujourd'hui le musée Bourdelle dans la rue qui porte désormais son nom).
        Les premières années dans la capitale seront très difficiles, car sa famille lui manque, et sa Bourse ne suffisant pas à couvrir ses besoins il connait un temps la misère et tombe gravement malade.
        Mais la chance va bientôt lui sourire, et après un Prix obtenu au Salon des Artistes français en 1885 suivi par une médaille à l'Exposition Universelle de 1889, il arrive désormais à vivre de la vente de ses dessins à la galerie de Théo Van Gogh, le frère de Vincent, tout en réalisant dans le même temps quelques commandes de bustes.
        C'est une rencontre capitale qui donnera en 1893 un tour nouveau à son avenir lorsqu'il fait, cette année là, la connaissance de Rodin qui l'engage comme "praticien" dans son atelier (Le praticien est l'ouvrier qui d'après le moule en plâtre de l'oeuvre dégrossit le bloc de pierre ou de marbre afin de faire apparaitre "l'ébauche" que le Maitre achèvera).
     
        Les deux artistes vont se vouer une admiration réciproque et leur collaboration teintée d'amitié durera jusqu'en 1908. Très influencé dans un premier temps par l'auteur du Penseur, au point que la critique l'appellera "le demi-Rodin", Bourdelle s'en détachera cependant par la suite et cherche progressivement une toute autre voie, à la fois plus dépouillée et plus personnelle. Son ami Rodin résume ainsi ce style nouveau: "Pour moi la grande affaire, c'est le modelé. Pour Bourdelle c'est l'architecture. J'enferme le sentiment dans un muscle, lui le fait jaillir dans un style".
        Des idées en matière de renouveau qui le feront considérer comme l'incarnation de l'alternative fondamentale à la politique de la table rase des avant gardistes, et lui vaudront d'être célébré par le monde et plébiscité par ses contemporains tels Anatole France ou André Gide.

     

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         Trois évènements importants vont alors ponctuer sa carrière en 1909 :

    Le premier marque les débuts de l'enseignant à l'Académie de la Grande Chaumière où il dispense ses cours devant des élèves venus du monde entier et compte parmi eux des artistes majeurs de leur génération, Maillol, Matisse ou Giacometti. Tandis que le second consacre la renommée du sculpteur, avec la présentation au Salon de ce qui deviendra son oeuvre la plus célèbre, l'Héraklés archer dont l'équilibre parfait des pleins et des vides, le dessin simplifié ainsi que la pureté et la rigueur des formes fera de lui le rénovateur de l'art du XXème siècle.

     

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     (Devenue largement célèbre grâce à la couverture des cahiers d'écoliers les nombreux exemplaires en bronze de cette sculpture figurent dans les plus grands musées du monde. L'un d'eux se trouve à Toulouse, square de l'Héraklés situé sur les allées de Barcelone près du canal de Brienne et orne le monument dédiés aux sportifs victimes de la guerre).

     

    L'Art et la danse

                                      Le Square de l'Héraklés     Toulouse

     

         C'est encore dans le courant de cette même année 1909 que Bourdelle rencontre Isadora Duncan. Il a déjà fait sa connaissance en 1903 lors du banquet offert en Juin à Rodin dans les bois de Vélizy pour sa promotion au grade de commandeur de la Légion d'Honneur. Mais ce n'est que six ans plus tard qu'il la voit sur scène pour la première fois et la découvre réellement lors d'un spectacle au théâtre du Châtelet où elle interprétait l'Iphigénie de Glück:

        "Lorsque la grande Isadora a dansé devant moi trente ans de ma vie regardaient tous les grands chefs d'oeuvre humains s'animer soudain dans ses plans ordonnés du dedans par l'élan de l'âme".

     

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        Le sculpteur est complètement fasciné et dès le lendemain réalise 50 dessins fixant le souvenir de cette rencontre déterminante. Ils seront suivis de beaucoup d'autres, car à partir de ce moment là la danseuse tiendra une part importante dans l'oeuvre de l'artiste qui lui consacra plus de 300 dessins.

     

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        Toutes techniques confondues, aquarelles, dessins au crayon ou à l'encre violette ou brune, Antoine Bourdelle cherchera inlassablement, à travers elle, à reproduire l'essence de la danse et jusqu'à la fin de sa vie se souviendra de ces images d'Isadora Duncan qu'il ne fit pourtant que très rarement poser car la plupart de ses croquis furent réalisés de mémoire après les spectacles.

     

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        Si les dessins et les aquarelles ne sont pas la partie la plus connue de son oeuvre ils sont pourtant selon ses propres dires "la part essentielle de ma vie d'artiste".
        Pratiqué avec passion, le dessin, selon lui, exercice quotidien nécessaire pour conserver la pratique de son art, lui servait aussi bien à coucher sur le papier ses visions d'artiste qu'à préparer une sculpture.
        "Quand j'ai dessiné passionément une partie de la nuit, je suis calme dans la journée pour penser à ma sculpture" dira-t-il.
        A un élève de la Grande Chaumière à qui il demande s'il dessine et qui lui répond "Oui..Un peu..", Bourdelle s'exclame: "Un peu! Mais ce n'est pas un peu qu'il faut dessiner, c'est constamment. Le dessin c'est la discipline et c'est là que résidait la grande force d'Ingres. La base de la beauté, le savoir, c'est le dessin. La sculpture finalement ce n'est pas autre chose que du dessin dans tous les sens". (Le musée Bourdelle conserve près de 6000 de ses oeuvres...)

     

       Bourdelle est désormais un sculpteur connu et s'ensuivent des commandes publiques de plus en plus importantes, et lorsque se construit le théâtre des Champs Elysées l'architecte Auguste Perret (le maitre du béton armé qui reconstruira la ville du Havre) fait appel à lui. Il ne s'agissait initialement que de réaliser le décor en marbre blanc du bâtiment, mais Bourdelle est très vite invité à participer aux aspects architecturaux et travaillera aux côtés de Perret de 1910 à 1914.

     

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                                         Théatre des Champs Elysées

        Tout au long de l'élaboration de ses bas reliefs le sculpteur sera hanté par les attitudes d'Isadora Duncan à laquelle il dit lui même avoir pensé dès l'origine du projet. Sculpture et danse pourraient sembler s'opposer complètement à première vue, l'une traditionellement figée alors que l'autre utilise le mouvement sous toutes ses formes. Elles ont cependant une grande similitude en ce qu'elles utilisent toutes deux le langage du corps et ces mêmes ingrédients que sont volumes, géométrie et lumière mais, tandis que la danse fugitive engendre la transformation des formes dans l'espace, la sculpture capture la beauté de l'instant éphémère.

     

    L'Art et la danse

     

        L'architecte-sculpteur exécutera pour le théâtre des Champs Elysées pas moins de 75 ouvrages qu'il veut parfaitement intégrés à l'architecture afin que ce soit "le mur lui-même qui par endroits désignés, en bon ordre, semble s'émouvoir en figures humaines". Parmi eux six importants bas reliefs orneront la façade: La méditation d'Apollon, La Sculpture et l'Architecture, La Tragédie, La Danse, La Musique, et la Comédie.

     

    L'Art et la danse

                                              Apollon et sa Méditation

       Toutes les figures féminines qui habitent cette oeuvre empruntent leur libre expressivité à Isadora Duncan pour lesquelles Bourdelle a trouvé le modèle des gestes et des attitudes sur les croquis qu'il réalisa de la danseuse en 1909, qu'il s'agisse des Muses qui apparaissent sur la frise centrale Apollon et sa Méditation ou encore de la violoniste qui figure La Musique et fait face à un faune, peut-être une discrète allusion à l'Après Midi d'un Faune de Debussy créé au théâtre du Châtelet en 1912 avec Nijinski comme interprète.

     

    L'Art et la danse

                                                    La Musique

         Quand à La Danse, le sculpteur ne pouvait que représenter, faisant face à Nijinski, Isadora en personne, reconnaissable à sa tunique légère fendue, ses grands cheveux épars et ses pieds nus, dans l'attitude qui lui est familière, tête renversée jambes  fléchies, que Bourdelle a de nombreuses fois transcrite dans ses premiers dessins.

     

    L'Art et la danse

                                                      La Danse

        Bourdelle qui fut aussi passionné de musique (Il sculpta plus de 80 bustes de Beethoven...), mais encore écrivain et poète à ses heures (La vie a été mon école 1913) sera également illustrateur et parmi les 26 livres auxquels il collabora, et qui furent édités de son vivant, plusieurs sont consacrés à la danse:

        Isadora Duncan, fille de Prométhée
                 de Ferdinand Divoise (Editions des Muses Françaises 1919)

        Découvertes sur la Danse
                 de Ferdinand Divoise (Editions G.Grès 1924)  ou encore,

        The Art of the Dance: Isadora Duncan
                                                 (Theatre Arts 1928)

     

    L'Art et la danse

     

        Jusqu'à la fin de sa vie l'artiste se sera souvenu de l'image de la danseuse aux pieds nus, et ses dernières oeuvres "L'Eloquence" pour le monument du Général Alvéar à Buenos-Aires (1927) ou encore le "Monument à Falcon" en seront les plus beaux exemples.

     

       Décoré commandeur de la Légion d'Honneur en 1924, c'est en pleine gloire qu'Antoine Bourdelle s'éteint au Vésinet après une brève maladie, le 1er Octobre 1929 dans la maison de campagne de son ami le fondeur Eugène Rudier, au soir d'une vie consacrée comme celle de sa Muse: 

        "à chercher dans la nature les formes les plus belles et trouver le mouvement qui exprime leur âme"
                       Isadora Duncan

        Travailleur acharné, le sculpteur possédait comme elle le goût de la démesure qui lie l'Homme à la Nature et aux éléments forts de l'Univers et enseigna à ses élèves que:

        "L'art c'est l'amour. Celui qui ne donne pas sa vie à l'oeuvre doit renoncer à animer la pierre". 
                       Antoine Bourdelle 

     

     


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