• L'Art et la danse

                             L' Avenue de l'Opéra     Camille Pissaro (1830-1903)

        Lorsque le 5 Janvier 1875 l'Opéra de Paris reçoit enfin l'écrin qu'il mérite il a, à ce jour, occupé pas moins de douze lieux diférents (certains cependant de façon très éphémère) et vécu trois incendies et deux attentats depuis sa création deux siècles auparavant.

        En Novembre 1672 Lully, qui vient de recevoir du roi le privilège de fonder une Académie Royale de Musique, établit à la hâte sa troupe dans un Jeu de Paume rapidement aménagé rue de Vaugirard. Mais l'endroit ne convient pas vraiment et à la mort de Molière, quelques mois plus tard, ils investissent les locaux du théâtre du Palais Royal.

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                              Le palais du temps de Richelieu (à droite le théâtre) 

        Ces lieux, devenus extrèmement vétustes, sont anéantis en quelques heures en 1763 par un incendie, et chanteurs et danseurs vont aller trouver refuge au théâtre des Tuileries. (Situé entre la Cour du Louvre et le Jardin des Tuileries, c'est lui qui donnera naissance à la façon de désigner sans ambiguité les deux cotés de la scène. Pour les spectateurs étourdis, se souvenir de Jésus Christ: Pour la salle Jardin est à gauche et Cour à droite).

       Le second théâtre du Palais Royal mis en chantier pendant ce temps et achevé en 1770 n'hébergera pas longtemps les artistes par la suite, car dix ans seulement après son ouverture il disparut comme son prédécesseur au cours d'un violent incendie...

        "Je vous donne jusqu'au 31 0ctobre... Si la clef de ma loge m'est remise ce jour là je vous promet le cordon de St. Michel en échange"... tel fut le marché que proposa la reine Marie Antoinette à l'architecte Nicolas Lenoir à qui l'on demanda alors le tour de force de rebâtir en deux mois un nouveau lieu de représentations pour l'Académie Royale de Musique...
        On ne sait s'il obtint sa décoration, mais le théâtre de la Porte Saint Martin fut inauguré le 27 Octobre 1781, quatre jours avant la fin du délai imposé...

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                                   Le théâtre de la Porte Saint Martin vers 1790.

        Mais lorsque sous le régime de la Terreur le site est réquisitionné en 1794 pour des réunions politiques, l'Académie Royale de Musique alors rebaptisée plus républicainement Opéra, s'en voit chassée, priée de porter ses pénates au théâtre de la rue de Richelieu d'où elle sera encore délogée en 1820, cette fois par un tragique incident: l'assassinat du duc de Berry. Car ce dernier ayant reçu les derniers sacrements à l'intérieur du théâtre où il avait été transporté, l'archevêque de Paris demanda à ce que l'endroit ne serve plus jamais de lieu de divertissement public.

        L'Opéra se retrouve alors installé à partir de ce moment là dans un nouveau local érigé à la hâte rue Le Peletier.

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                                        L'Opéra de la rue Le Peletier

        Une fois encore celui-ci ne devait servir que de résidence provisoire, mais il restera en service pendant plus de cinquante ans, et il fallut un second drame pour faire bouger les choses...

        Alors qu'il quittait l'Opéra le 14 Janvier 1858, Napoléon III fut en effet la cible d'un attentat duquel le couple impérial sortit miraculeusement indemne, mais qui fit 8 morts et 150 bléssés parmi la foule.
        Dès le lendemain l'empereur décide alors de la construction d'une nouvelle salle qu'il souhaite dans un lieu davantage sécurisable.

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                                         L'attentat d'Orsini   H. Vittori

        C'est l'architecte ordinaire de l'Opéra, Charles Rohault de Fleury, qui aurait dû logiquement se voir attribuer la commande, mais il s'en trouva écarté par un concours dont l'idée vint directement, selon certains, de Napoléon III lui-même (mais surtout de l'impératrice Eugénie qui souhaitait voir attribuer la charge à Viollet-le-Duc)...

        Le concours largement ouvert passionne tout Paris et jusqu'à la province... Des paris s'engagent et les résultats sont attendus avec impatience... Viollet-le-Duc est rapidement éliminé... Et parmi les 171 concurents inscrits, à la surprise générale, c'est un jeune Prix de Rome de 35 ans qui n'a pratiquement encore rien construit qui est déclaré vainqueur à l'unanimité du jury...

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        Charles Garnier a rendu des plans dont les chassis (devant rester anonymes) portent le N°38 et cette devise:
                          "J'aspire à beaucoup et j'attends peu"...

        S'il surprend, son projet séduit le plus grand nombre, car il réunit plusieurs styles harmonieusement agencés dans une architecture subtile et exubérante où prédominent le Baroque et la diversité des matériaux; et le jour de la présentation officielle des croquis au concours, l'impératrice Eugénie soutenant son favori apostropha Garnier avec cette question:

        "Qu'est-ce que c'est que ce style là?.. ce n'est ni du grec, ni du Louis XV, pas même du Louis XVI..."

                     Et Charles Garnier de répondre:

        "Non... ces styles là ont fait leur temps... c'est du Napoléon III... et vous vous plaignez!"

    L'empereur prit alors à part l'architecte et lui murmura:
        "Ne vous en faites pas... Elle n'y connait rien"...

        Les travaux débutent en 1862, et Garnier a choisi, pour bien mener sa tâche, de s'entourer d'amis rencontrés pendant ses études faisant, entre autres, de Victor Louvet, lui aussi Grand Prix de Rome, son adjoint et son bras droit.

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                                Le couple impérial visite le chantier de l'Opéra

        L'emplacement décidé par le préfet, le baron Haussmann, un losange étriqué et dissymétrique, ne se prête pas facilement au positionnement d'un bâtiment de cette envergure et impose tout d'abord d'importantes contraintes à l'architecte, qui sera ensuite obligé de rehausser les combles afin que la toiture se dégage avec majesté de l'ensemble des immeubles environnants.

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                                                    Le site de l'Opéra

        La nappe phréatique ayant été rapidement atteinte lors des excavations il lui faudra également créer afin de récupérer les eaux d'infiltration, un grand bassin en béton qui sert aujourd'hui de réserve en cas d'incendie. Situé sous la cage de scène la maintenance en est assurée par des techniciens qui y circulent en barque et nourrissent au passage les carpes qui ont été introduites pour tester la qualité de l'eau (Elles ne sont pas les seuls animaux à habiter l'Opéra dont les toitures abritent des ruches placées par un accessoiriste apiculteur à ses heures ).

       C'est cet imprévu au moment de la construction qui donna naissance à la légende d'un lac souterrain alimenté par une rivière la Grange Batelière... (légende savamment exploitée et entretenue par le célèbre roman de Gaston Leroux, Le fantôme de l'Opéra) et nombreux sont les touristes naïfs à y croire encore... (La Grange Batelière existe, il est vrai, mais elle coule un peu plus loin au niveau du magasin Printemps Haussmann).

        La construction de l'édifice va en fait s'étaler sur 15 ans... Car le chantier sera interrompu à plusieurs reprises à causes de problèmes budgétaires... Pendant le conflit avec la Prusse les batiments inachevés sont réquisitionnés pour y entreposer des vivres et de la paille pour les chevaux...
        Puis les difficultés économiques ne permettent pas dans l'après-guerre de reprendre le chantier... Et l'avènement de la IIIème république fait ensuite hésiter les dirigeants à achever la commande d'un régime discrédité...

        Mais, encore une fois, le sort va intevenir dans le cours des évênements... Car dans la nuit du 28 au 29 Octobre 1873 l'Opéra de la rue Le Peletier est réduit en cendres par un incendie

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                                    L'incendie de l'Opéra de la rue Le Peletier

         Charles Garnier
    sera aussitôt rappelé pour reprendre les travaux. Il se voit même attribuer une rallonge à son budget à la condition express de remplir sa mission dans un délai d'un an et demi...

        Certains lieux, à l'époque, ne sont pas encore complètement achevés et d'autres, telle la Galerie du Fumoir, ne seront jamais terminés par la suite, mais l'inauguration a lieu le 5 Janvier 1875 en présence du Président de la République Mac Mahon, du Lord Maire de Londres, du bourgmestre d'Amsterdam, de la famille royale d'Espagne et de près de deux mille invités venus de l'Europe entière.

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                                            L'Inauguration de l'opéra

        Charles Garnier, lui, a du payer sa place dans une seconde loge...

    La presse de l'époque fera des gorges chaudes de l'incident en raillant cette administration qui rejette ceux qui, de près ou de loin, ont servi l'empereur déchu "faisant payer à l'architecte le droit d'assister à l'inauguration de son propre bâtiment"...
        Napolèon III n'aura pour sa part jamais profité de cet Opéra qu'il avait tant désiré... Il était mort deux ans auparavant en exil en Angleterre.



        Charles Garnier qui possède un goût certain pour l'architecture d'apparat vient d'offrir aux parisiens un cadre somptueux où, dès son inauguration, l'on se doit d'être vu...

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                                   Soirée à l'Opéra (Début du XXème siècle) 
                                 On voit sur le tableau le haut relief de Carpeaux, la Danse

        Car l'Opéra est avant tout un endroit mondain, où la lumière est d'ailleurs encore constamment maintenue dans la salle qui constitue le lieu de représentation d'une classe sociale privilégiée (Ce n'est qu'au début du XXème siècle que l'obscurité sera imposée à la grande satisfaction des vrais amateurs de chant lyrique et de ballets).

        Et grâce à la reine d'Espagne qui, brisant les tabous, désira admirer la Galerie du Grand Foyer le jour de l'inauguration, les femmes vont investir ces lieux jusque là traditionellement résevés à l'usage exclusif de la gent masculine (les dames recevaient dans leurs loges pendant les entr'actes tandis que les messieurs se retrouvaient aux Foyers des théâtres).

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                   Le Grand Foyer (A gauche le buste de Charles Garnier par Carpeaux)

        Les artistes, eux, ont maintenant à leur disposition une scène de 1350 mètres carrés pouvant accueillir jusqu'à 455 personnes traditionellement inclinée de 5% vers la salle, et qui, lors des grandes occasions (Le Grand Défilé du corps de ballet par exemple) peut être prolongée au fond par l'ouverture du Foyer de la Danse situé exactement derrière, permettant d'obtenir une longueur de près de 50 mètres. 
        Ce Foyer,espace de répétition pour le corps de ballet, comporte un plancher incliné à l'identique mais à l'inverse de la scène ce qui accentue les effets de perspective lorsque son espace est utilisé comme prolongement du plateau principal.

        Dès l'ouverture du Palais Garnier les riches abonnés possèdent le privilège d'accéder à ce Foyer de la Danse qui  permet d'être directement au contact des danseuses et d'y faire des "rencontres"... Ces dernières mal rémunérées et issues pour la plupart de milieux très modestes ne dédaignent pas la protection d'un riche représentant de la haute bourgeoisie, voire de l'aristocratie.

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                                               Le Foyer de la Danse

        Une galerie supérieure à oculi, dissimulée sous la décoration exubérante du plafond permet même à ceux qui le souhaitent d'observer discrétement les membres du corps de ballet sans être reconnus... L'expression "s'offrir une danseuse" vient de cette pratique peu glorieuse des salles d'Opéra les plus prestigieuses...
        Cet usage perdure jusqu'au début du XXème siècle, période où la morale commence à réprouver ce curieux mélange des genres, et les abonnés sont dès lors interdits d'accés aux coulisses.
        Le rôle ambigu joué par le Foyer de la Danse se révèle d'ailleurs encore très clairement à travers les peintures un brin vulgaires qui en font le décor auquel plusieurs spécialistes et autres critiques ont même reproché d'évoquer l'univers des maisons closes.
     
        Claude Debussy qui de toute évidence ne fut pas particulièrement impressionné par l'oeuvre de Charles Garnier (qui comme toute oeuvre d'Art eut ses détracteurs) en donna lui cette description: "un bâtiment qui ressemble à une gare vu du dehors, mais que l'on pourrait facilement prendre à l'intérieur pour un bain turc"...


        A la fois rationnel dans ses dispositions, pur dans ses proportions et éclectique dans son décor qui fait appel à toutes les ressources de la couleur et de l'illusion (Le Grand Escalier est taillé dans vingt-quatre marbres précieux différents), le Palais Garnier symbolisera presque à lui tout seul l'art du Second Empire et considéré comme le chef d'oeuvre de l'architecture de son temps, sera l'un des premiers et l'un des très rares bâtiments de l'histoire à porter le nom de son auteur.

     

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                                                 Le Palais Garnier
     
         Charles Garnier construisit également, entre autres, le théâtre Marigny ainsi que l'Opéra de Monte Carlo, et à Bordighera où il passa plusieurs mois par ans les trente dernières années de sa vie, édifia sa résidence  la villa Garnier, ainsi que plusieurs habitations particulières et bâtiments municipaux.
       Et lorsqu'il disparait en Août 1898 il est l'architecte français le plus connu du XIXème siècle et l'un des plus célèbres au monde. 

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           "Si tu cherches un monument à ma mémoire regarde autour de toi" *
                                  
     Palais Garnier  Le Grand Escalier 


    * Cette phrase est gravée en latin sur la simple dalle de marbre noir sous laquelle est inhumé dans la crypte de la Cathédrale Saint Paul, à Londres, son architecte Christopher Wren: " Si monumentum requiris circumspice"


    Le roman de Gaston Leroux a inspiré plusieurs film dont le plus récent est celui de Joel Schumacher sorti en 2004, adaptation de la comédie musicale d'Andrew LLoyd Webber: The Phantom of the Opera.

                           ( Interprété par Sarah Brightman et Steve Harley)

     

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        La loi de 1993 relative à la danse interdit très judicieusement en France tout enseignement de danse classique avant l'âge de 7 ans et exige des professeurs une formation sanctionnée par un diplôme d'Etat (institué par la loi du 10 Juillet 1989).

        Ce qui n'épargne certes à personne les prestations de fin d'année des classes d'initiation où patientent les aspirantes Pavlova et autres Noureev avant d'avoir atteint l'âge canonique, et dont les évoutions nous évoquent immanquablement chaque fois la réflexion du poète S.T. Coleridge:

        "Comme les enfants sont inimitablement gracieux!... avant d'apprendre à danser..." 

        Mais, il est si long et difficile le chemin qui les conduira vers cet art exigeant, que nul ne songe à considérer autrement qu'avec un humour rempli de bienveillance ces évolutions maladroites dans lesquelles se sont laborieusement investis, dans des cours d'éveil à la danse, des élèves et de vrais professeurs auxquels il faut rendre hommage pour leur travail et leur persévérance.



        Ce que l'on préférerait ne pas voir, par contre, ce sont ces caricatures surréalistes de cours de danse classique où la moyenne d'âge des participants oscille entre 4 et 5 ans, et qui sont autant de singeries affligeantes proposées par des gens sans complexes qui ont la chance que le ridicule ne tue pas...



        On se demande ce que la sus nommée Bug aura retenu de cette hallucinante première leçon... sans doute pas davantage que la pauvre Josslyn plutôt découragée par sa seconde tentative (et dont la voisine semble d'ailleurs avoir carrément abandonné tout espoir de rejoindre un jour le New York City Ballet):



        Cependant la palme revient sans conteste au professeur de Liza dont le cours aussi sidérant que phénoménal (sans vilain jeu de mot) représente un vrai morceau d'anthologie:


     
        Certes ces quelques exemples nous viennent d'Outre Atlantique où l'on peut être élue "Miss" aprés avoir ingurgité son dernier biberon...

                  On suppose que Pampers sponsorise l'équipement des studios...

        Mais la France sait faire aussi quand elle veut... et c'est grand dommage...

        Car tout coté esthétique mis à part, mal enseignée ou introduite trop tôt, la technique de la danse classique expose à des risques de séquelles morphologiques irrémédiables et, contrairement aux idées recues, il n'est ni judicieux ni bénéfique de commencer dès le plus jeune âge.
        C'est aussi pourquoi, dans le même ordre d'idées, il ne suffit pas d'aimer la danse et d'être plein d'enthousiasme pour s'adouber professeur...



        Quand verra-t-on disparaitre les exhibitions ahurissantes de ces malheureux choux à la crème enrubannés qui relèvent de tout sauf de l'Art, et où personne ne trouve finalement son compte si ce n'est la bêtise humaine et les fabricants de tulle?

     

          Transposé dans le domaine de la musique personne n'oserait offrir de telles prestations aussi affligeantes... Mais il est dans ce cas beaucoup moins facile, il est vrai, de jetter de la poudre aux yeux... car l'incompétence ne peut y être masquée par un tutu dont le volume est inversement proportionnel aux capacités des intervenants...


    "Dans ce sac ridicule où Scapin s'enveloppe
     Je ne reconnais plus l'auteur du Misanthrope" 

                                                         Boileau                         
                                                                         (à méditer...)

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                                                      Antonio Canova - Autoportrait
       
        Le 6 Août 1797 Bonaparte écrivait ces lignes à Antonio Canova:
                "J'apprends, Monsieur, par un de vos amis, que vous êtes privé de la pension dont vous jouissiez à Venise. La République Française fait un cas particulier des grands talents qui vous distinguent. Artiste célèbre, vous avez un droit particulier à la protection de l'Armée d'Italie. Je viens de donner l'ordre que votre pension vous soit exactement payée".

        
    Cette marque d'admiration et de gratitude sera le point de départ d'une relation tumultueuse entre les deux personnages...

        Les débuts furent en effet difficiles, car malgré plusieurs invitations, l'artiste alors au sommet de sa renommée internationale refusait de venir en France, tout comme il l'avait fait lorsqu'il fut contacté par la Russie (où il n'alla jamais, bien que nombre de ses plus belles oeuvres se trouvent maintenant au musée de l'Hermitage):
                "L'Italie est mon pays, le pays et la mère patrie de l'Art" confia-t-il à un ami, "Je ne peux la quitter, mes racines sont ici. Si mes pauvres talents peuvent être utiles à un pays qu'ils le soient à l'Italie, pourquoi ne lui donnerais-je pas la préférence?". 

        Et il fallut l'intervention du Pape Pie VII pour décider l'obstiné... qui en Octobre 1802 va enfin accepter de réaliser, non sans difficultés, le portrait de Bonaparte qu'il ne rencontra qu'à 5 reprises, ce dernier n'ayant jamais véritablement consenti à prendre la pose...
        Toutefois cet épisode permit à Canova d'être introduit auprès des membres du cercle familial du futur empereur dont plusieurs feront appel par la suite à ses talents conjoints de peintre et de sculpteur.

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          La danse était l'un des thèmes favoris de l'artiste et en 1802, Joséphine de Beauharnais lui commande une statue qu'elle destine à orner la Malmaison... Ce sera  La Danseuse, connue aussi sous le nom de La danseuse avec les mains sur les hanches ou encore La Nymphe de la Danse, exposée aujourd'hui au musée de l'Hermitage et considérée comme la version originale de l'oeuvre.
       Car dans les derniers mois de sa vie le sculpteur en réalisera une seconde version à la demande du mécène anglais Sir Simon Houghton Clarke, laquelle très fidèle à la première n'en diffère que par certains détails au niveau de la chevelure, et fait partie maintenant des collections de la National Gallery d'Ottawa.

        Plusieures copies furent exécutées de cette  Danseuse N°2 et l'une d'elle, soit dit en passant pour la petite histoire, monte la garde en toute simplicité devant l'entrée du N°3 Adelaïde Crescent à Brighton (Offerte à la municipalité par le collectionneur et marchand d'art Sir George Donaldson, la statue ornait autrefois le vieil Hôtel de Ville de Hove, faubourg de Brighton, et fut achetée en 1966, après l'incendie du bâtiment, par l'écrivain Anthony Rea qui la plaça sur le seuil de son domicile...).

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        Exposé au Louvre en 1812 l'original de La Danseuse avait reçu un accueil enthousiaste, tout comme sa voisine Terpsichore que le public eut également l'occasion d'admirer à ses côtés. Cette oeuvre qui devait à l'origine représenter la femme de Lucien Bonaparte, dut être modifiée par la force des choses après l'annulation de la commande, et le sculpteur en fit alors avec bonheur la muse de la Danse, que l'on peut voir aujourd'hui au musée de Cleveland (Ohio).

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        Après les excés théatraux du Baroque, Antonio Canova marque un retour au raffinement de l'Antique, cependant alors que les Grecs et les Romains sculptaient les corps en insistant sur l'anatomie et la musculature, les lignes sont ici épurées, les muscles ne sont pas visibles, c'est la touche néoclassique.
        Le travail  de celui que ses contemporains appelaient "le ministre suprème de la beauté" se distingue en effet  par l'extrème sobriété des contours, l'élégance des formes, l'expression des physionomies et cette habileté à donner au marbre le poli et le moelleux de la nature vivante (Il fut même accusé de tricher en utilisant des cires spéciales à cet effet). Autant de qualités qui ont fait de ce descendant d'une longue lignée de tailleurs de pierre l'un des plus grands sculpteurs de son époque au talent universellement reconnu. Sa sculpture est présente dans les plus grands musées, et l'un de ses chefs d'oeuvre d'harmonie, que ne renierait pas un chorégraphe, l'Amour et Psyché, constitue aujourd'hui l'une des pièces maitresses du musée du Louvre.

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      Né le 1er Novembre 1757 à Possagno, dans l'Etat vénitien, Antonio Canova apprit dès son plus jeune âge le travail de la pierre. Après la mort de son père et le remariage de sa mère il fut confié à la tendre solicitude de ses grand parents paternels et dès qu'il sut tenir un crayon son grand père lui enseigna le dessin auquel il attachera toute sa vie une importance extrème. Il avait pris une résolution à laquelle il adhéra pendant de nombreuses années: Ne jamais s'endormir le soir sans avoir fait un dessin et dira plus tard, conscient de la valeur du dessin traduisant ses pensées d'abord sur le papier:

                "Crayon et ciseau ce sont les instruments qui mènent à l'immortalité".

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        Les jeunes années de Canova se passent dans l'atelier de marbrier de son grand-père où grâce à son talent précoce il réalise à l'age de 9 ans deux petits reliquaires. Mais c'est un lion sculpté dans une motte de beurre qui éveillera l'interêt  du sénateur Giovanni Falieri, un de leurs riches clients, qui prendra le jeune Antonio en amitié (il avait alors 13 ans) et usera de son influence pour faciliter sa carrière.
       Apprenti chez le sculpteur de renom Giuseppe Torretti, puis élève à l'Ecole Santa Maria de Venise et enfin à l'Académie des Beaux Arts où il remporte plusieurs prix, son travail universellement applaudi pose très vite les bases de sa renommée. Et lorsqu'il s'établit à Rome en compétition cette fois avec les maitres de l'art, ses ouvrages le mettent bientôt au premier rang des sculpteurs de l'époque, et son oeuvre à la délicatesse légendaire sera considérée comme l'archétype de la sculpture néoclassique.

        Parmi les oeuvres d'Antonio Canova consacrées à la danse figurent encore La danseuse avec le doigt sur le menton, conservée par la National Gallery of Art de Washington, ainsi que  La danseuse aux cymbales:

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        Et ses talents de peintre lui feront réaliser l'une de ses plus belles oeuvres picturales  La danse des trois Grâces:


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        Après avoir touché par son talent exceptionnel papes, empereurs et rois, Antonio Canova s'est éteint à Venise auréolé de gloire le 13 Octobre 1822.
     
        Il laisse derrière lui des sculptures qui matérialisent le rêve d'une époque boulversée par l'épopée napoléonienne, le rêve de faire revivre dans le marbre les idéaux antiques de la beauté et de la perfection formelle, ainsi qu'il l'exprima lui-même:

                " La vie n'est pas facile, je peins le souvenir du bonheur..."
                                                                      Antonio Canova


         

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         Animé d'une curiosité insatiable qui le poussa tout au long de sa vie à élargir la vision de son art, Auguste Rodin ne pouvait qu'être amené un jour à s'intéresser à la danse qui, de par sa nature même, s'offrait à lui comme un véritable écho de son propre travail de recherche sur l'expression corporelle et les possibilités plastiques du corps humain.

        Mais contrairement à un artiste comme Degas son intérêt ne se porta pas vers les ballets qu'il trouvait "trop sautillants, trop brisés". Il leur préféra des créations novatrices comme celles de Loïe Fuller ou Isadora Duncan dont l'idée était de renouer avec les sources antiques de la danse en redonnant toute sa liberté au corps. Vaslav Nijinsky, qu'il appréciait particulièrement, lui accorda également quelques séances de pose en remerciement de son soutien après la polémique engendrée par son dernier ballet l'Aprés Midi d'un Faune de Debussy. Et la correspondance intéressante qu'il entretenait avec beaucoup de danseurs ainsi que le certain nombre de spectacles et de démonstrations dont il fut l'organisateur dans les jardins de l'Hôtel Biron (aujourd'hui Musée Rodin) témoignent de la place importante que prit cet art  dans sa vie.

        Bien qu'il ait réalisé de nombreuses sculptures de Nijinsky ou encore de la danseuse japonaise Hanako qui fut l'un de ses modèles favoris, la danse ne s'exprima bien pour lui que dans le dessin et l'esquisse. Car Rodin qui n'a jamais abandonné le dessin (c'est lui qui en 1887 illustra l'édition originale des Fleurs du Mal de Beaudelaire) y attachait en fait une très grande importance,

               "Par lui l'oeuvre prend la puissance des choses naturelles, sans dessin pas de vérité" disait-il.
     
        Il ne faut donc pas s'étonner qu'il ait choisi ce support de prédilection pour traduire la danse dans tout ce qu'elle expose justement de vérité corporelle.

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                                                              Isadora Duncan

        Son goût particulier pour la danse exotique se révéla lors de l'exposition universelle de 1889 où il assista au spectacle d'une troupe javanaise et, pris d'enthousiasme, en réalisa sur le champ quelques esquisses. Et c'est l'exposition coloniale de Marseille, organisée en 1906 par Jules Charles Roux, président de la compagnie Générale Transatlantique et de l'Union Coloniale, qui lui fournit l'occasion de renouer avec cet engouement.
        Entre le 15 Avril et le 18 Novembre 1906 se tint en effet à Marseille, porte de l'Orient, la toute première de ces manifestations. Nous sommes en pleine apogée de la France coloniale, et celle ci controle le Cambodge depuis 1884. A cette occasion le roi Sisowath Ier qui venait d'être couronné fut reçu solennellement par la France, accompagné par le Ballet Royal, 42 danseuses qui avaient fait le déplacement depuis Phnom Penh.

        Lorsqu'il rencontre la troupe pour la première fois lors de son passage à Paris pour la représentation exceptionelle au théatre du Pré Catelan, Rodin enthousiasmé par la pureté et la grâce des expressions, eut un véritable coup de foudre pour l'esthétique de cet art que représente la danse classique khmère. 

                "Je les ai contemplées en extase. Quel vide quand elles partirent, je fus dans l'ombre et le froid, je crus qu'elles emportaient la beauté du monde" dira-t-il plus tard.

        Subjugué, l'artiste demanda alors de rejoindre les interprètes dans l'hôtel particulier où elles résident afin de saisir quelques poses et entama immédiatement une première série de dessins ...

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        Mais les danseuses étaient attendues et doivent regagner Marseille... Alors sans plus réfléchir Rodin quitte tout pour les suivre...  Il semblerait même qu'il soit parti si précipitamment qu'il ait oublié son matériel à dessin et dut demander à un épicier du papier d'emballage pour pouvoir fixer ses impressions...

                "Elles ont fait vivre pour moi l'Antique... Elles m'ont fourni des raisons nouvelles de penser que la nature est une source intarissable à qui s'y abreuve... Je suis un homme qui a donné toute sa vie à l'étude de la nature et dont les admirations constantes furent pour les oeuvres de l'Antique: Imaginez donc ce que put produire en moi un spectacle aussi complet qui me restituait l'Antique en me dévoilant du mystère... Ces danseuses khmères nous ont donné tout ce que l'Antique peut contenir car il est impossible de porter l'art divin aussi haut". 

        Rodin retrouvait ici la pureté et l'universelle beauté qu'il avait découverte dans l'étude des Grecs et fut saisi et captivé par la spiritualité de cet art millénaire où les Apsaras, danseuses célestes, sont les messagères des rois auprès des dieux et des ancètres. 
        En une semaine il exécuta environ 150 dessins, retranscrivant ou interprétant les poses du ballet avec une fascination évidente pour les bras et les mains, dessins qu'il aquarella par la suite dans des harmonies d'un rare raffinement. 

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        Très attaché à la série des danseuses cambodgiennes, l'artiste ne vendit que très peu de ses oeuvres, en donna quelques unes, et surtout en exposa beaucoup, preuve de son attachement au travail graphique et à la pure beauté que celui-ci révèle,

                "C'est la peinture, la sculpture, la musique tout entières qui s'animent"...

        Quelle plus belle définition pouvait donner de la danse celui qui par trois fois échoua au concours d'entrée des Beaux Arts car son travail ne correspondait pas aux conventions académiques et qui, précisément grâce à ce style impossible à inscrire dans un courant défini, atteint de son vivant la consécration internationale...



        Avec des arguments très difficiles à comprendre, une musique lancinante et plate, ainsi qu'une gestuelle absolument hermétique pour qui ne possède pas la culture, la danse classique khmère n'est pas d'un abord facile pour les occidentaux mais ne manque cependant pas de séduire par la pureté et la grâce de ses expressions dévoilant les infinies possibilités du geste.


         Le Ballet Royal du Cambodge est aujourd'hui inscrit au patrimoine oral et immateriel de l'humanité par l'UNESCO depuis 2003, une reconnaissance qui affirme si besoin était la grande beauté de la danse classique khmère.
        Celle ci possède en France sa propre Académie dont on ne saurait passer sous silence le danseur qui en fut le président de 1984 à 1988...

        Ce danseur et chorégraphe qui étudia la danse classique au Conservatoire de Prague, remporta en 1971 un Premier Prix, se produisit régulièrement par la suite sur la scène de l'Opéra de Prague, puis à partir de 1981 enseigna la danse aux Conservatoires Marius Petipa, Gabriel Fauré, et W.A.Mozart de la ville de Paris, fonda ensuite sa propre troupe "Deva"... et dont la vie bascule le 14 Octobre 2004... lorsque son père abdique et qu'il devient Sa Majesté Norodom Sihamoni, actuel souverain du royaume du Cambodge...
        A son dentiste parisien il dira seulement qu'il doit "s'en aller pour un long moment"...

        Son ancien professeur au Conservatoire de Prague, Marketa Kytyrova, se souvient encore aujourd'hui de lui avec émotion,
        
                "Je suis persuadée qu'il a vécu ici les plus belles années de sa vie... Je l'ai toujours devant mes yeux comme un petit garçon... et maintenant il est roi!..."

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         Fervent francophone Sa Majesté Norodom Sihamoni a été élu le 6 Juin 2008 associé étranger à l'Académie des Inscriptions et Belles Lettres, et vient d'être installé dans cette institution lors d'une cérémonie sous la coupole de l'Institut de France le 12 Mars 2010.

     

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  • L'Art et la danse


        Contraint à garder le lit pendant de longues semaines après une appendicite, Henri Emile Benoit Matisse, alors étudiant en droit, avait reçu d'un ami le conseil de peindre pour tromper son ennui et se vit offrir par sa mère une boite de couleurs...

        Ainsi débute la carrière de celui qui se trouva alors, pinceau en main, "transporté dans une espèce de paradis".
        Aussitôt rétabli son premier travail est de s'inscrire dans une école de dessin et en 1890 il abandonne définitivement ses études de droit pour se consacrer à la peinture qu'il sait être sa véritable vocation:
                "J'étais tout à fait libre, seul, tranquille, tandis que j'étais toujours un peu anxieux et ennuyé dans les différentes choses qu'on me faisait faire".

        Après avoir été admis à l'école des Beaux Arts de Paris et participé à plusieurs expositions, c'est le Salon d'Automne de 1905 qui va lui apporter la notoriété...

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        Matisse y a exposé deux toiles," Fenêtre Ouverte" et" La Femme au Chapeau", un portrait de sa femme où, avec de larges a-plats de couleurs pures et violentes complètement étrangères à la référence à l'objet, il revendique un art basé sur l'instinct:
                "Quand je met un vert ça ne veut pas dire de l'herbe, quand je met un bleu, ça ne veut pas dire le ciel"
        Ses oeuvres, ainsi que celles de ses acolytes Marquet, Vlaminck, Derain et Van Dongen provoquent un véritable scandale dans ce siècle imbibé d' impressionisme... Et faisant mention de la salle où avaient été regroupés les tableaux, le critique Louis Vauxcelles compara l'endroit à une "cage aux fauves"...
        Appelation aussitôt adoptée par les intéréssés dont Matisse se fit le chef de file.

        C'est pour le peintre le premier pas vers la célébrité et celui-ci entreprend à l'époque de nombreux voyages et expose à Berlin, Munich, Londres, New-York et Moscou où sa réputation lui vaut une commande importante du collectionneur Chtchoukine. Celui-ci lui confie en effet la décoration de la cage d'escalier de son hôtel particulier, projet qui se concrétisera en fin de comptes par deux panneaux de grande taille: la Musique, et son pendant la Danse.

        L'idée de cette" Danse", Matisse la portait en lui et l'avait déjà discrètement  placée en 1906 au centre de sa "Joie de Vivre":

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                "Vous savez, on n'a qu'une idée, on nait avec, toute une vie on développe son idée fixe, on la fait respirer" expliquait l'artiste qui fit effectivement "respirer" sa ronde initiale en lui accordant cette fois toute l' importance dans le dessin de sa nouvelle oeuvre.

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        Cette première version de "la Danse" (1909), actuellement exposée au MOMA (Museum of Modern Art) de New-York, est traitée dans des couleurs claires qui, bien que considérées par le peintre comme "l'apogée de la luminosité" ne le satisfirent pas entièrement et celui-ci se remit à l'oeuvre...
        Mais un point épineux de discorde venait de surgir entre l'artiste et son client: La nudité des personnages... Un détail qui n'était pas encore entré dans le code de la bonne société de l'époque... Après avoir pris connaissance de cette première ébauche du tableau, Chtchoukine avait en effet écrit à Matisse:
                "Je ne peux pas exposer des nus dans ma cage d'escalier... Essayez de refaire la même ronde avec des filles habillées..."
        Séduit malgré tout par la peinture il proposa alors dans un premier temps à son auteur d'en réaliser un plus petit format (qu'il mettrait dans un endroit discret...) et de modifier le grand panneau dont il maintenait la commande... Puis, sans doute pris de remords, il décida de faire fi des usages pudibonds, et ordonna dans un second temps à Matisse de ne rien changer à l'apparence de ses personnages et de poursuivre son travail...

        La seconde version de "la Danse" (1910), animée d'un rythme violent et joyeux est souvent associée à la Danse des Jeunes Filles du Sacre du Printemps de Stravinsky, inspirée du rituel primitif païen au cours duquel une jeune fille était offerte en sacrifice au dieu du Printemps et dansait jusqu'à épuisement mortel.

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        Les courbes dessinées par les postures déséquilibrées des cinq personnages semblent effectivement les entrainer dans une ronde frénétique, et le grand dépouillement du dessin reflète ici la fascination de Matisse pour l'art primitif.
        La peinture fut d'ailleurs jugée "païenne et dyonisaque" par les contemporains...
        La palette des couleurs était évidemment la palette "fauviste" classique et Matisse décrivit ainsi son travail:
                 "La surface du ciel a été colorée à saturation jusqu'à ce que le bleu, l'idée du bleu absolu, soit omniprésente. Un vert lumineux pour la terre et un vermillon éclatant pour le corps. Avec ces trois couleurs j'avais mon harmonie de lumière et la pureté de ton".

        Une fois terminés les deux panneaux furent exposés au Grand Palais... Et reçurent un accueil dévastateur de la part des critiques qui, fidèles à leurs habitudes, surent trouver les mots qui accablent, qualifiant entre autre Matisse de "malade mental" avec cette remarque:
                "On voit les mêmes peintures dans tous les asiles, mais là, il y a une excuse: la maladie..."

        Impatient et curieux de voir les résultats Chtchoukine de son côté avait décidé de faire le voyage à Paris... où il fut tellement désorienté et abasourdi, non par l'oeuvre mais par ces commmentaires scandalisés, qu'il annula sa commande sur le champ...
       Lorsque les clameurs se furent tues, en amateur éclairé poursuivi par la vision de ce qu'il avait reconnu comme un chef d'oeuvre il revint vite cependant sur sa décision, et expédia dès son retour cette dépèche à Matisse:
                "Réfléchi pendant voyage. Décidé prendre panneaux. Envoyez Danse et Musique rapidement S.V.P. Salutations."
        Et "la Danse", accompagnée de sa soeur" la Musique" arriva à Moscou le 17 Décembre 1910 (et se trouve actuellement exposée au musée de l'Hermitage à St. Petersbourg)

        L'histoire de Matisse et de "la Danse" ne faisait que commencer... car la composition va "respirer" de manière récurente dans le décor de plusieurs autres de ses oeuvres, dont "Les Capucines à la Danse" peintes en 1912.

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        Et c'est le monde du ballet cette fois qui va s'ouvrir à l'artiste lorsqu' Igor Stravinsky et Serge Diaghilev lui demandent de dessiner les décors et les costumes pour "Le Chant du Rossignol" présenté à Londres en 1919 (Massine et les Ballets russes de Monte Carlo solliciteront également son concours pour" Le Rouge et le Noir" et" Etrange Farandole")

        Comblé d'honneurs, Matisse obtient en 1927 le prix Carnegie, le plus prestigieux des prix internationaux, et c'est au cours d'une de ses visites aux Etats Unis qu'il rencontre le Dr. Barnes, propriétaire de l'une des principales collections américaines. Ce dernier lui propose alors de réaliser une grande décoration murale pour orner le palais qu'il vient d'édifier à Merion, près de Philadelphie, pour abriter ses oeuvres d'Art, et lui laisse entière carte blanche en ce qui concerne le sujet...

        Une nouvelle occasion pour le peintre de renouer avec ses plus célèbres tableaux et de faire "respirer" sa " Danse" encore une fois...
        Il s'agit maintenant d'un tryptique qui doit s'inscrire dans trois voussures, un travail différent qui va obliger Matisse à trouver une autre technique:
                "Mon but était de transposer la peinture dans l'architecture, de travailler la peinture à l'égal de la pierre et du ciment".
        Dans le cadre de cette recherche il eut l'idée de recourir à des papiers colorés qu'il ajustait comme un patron sur les plans qu'on lui avait faits parvenir (il travaillait à Paris) et qu'il épinglait ensuite sur sa toile afin d'agencer les formes de sa composition... Sans se douter qu'il ferait un jour de ce système une véritable technique artistique...

        Son premier essai, dans des tons de gris et bleu, fut loin de le satisfaire et il l'abandonna (Aujourd'hui connue sous le nom de "La Danse Inachevée" celle ci ne fut retrouvée qu'en 1992 dans le garde meubles de ses héritiers, et se trouve actuellement au musée d'Art Moderne de la ville de Paris).

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        Une seconde tentative le confronta malheureusement à une regrettable erreur de mesures dans les plans du Dr. Barnes... et plutôt que de rectifier son travail Matisse préféra recommencer une troisième version... Qui sera cette fois la bonne... "La Danse de Merion" combla pleinement son auteur qui eut cette remarque lors de la mise en place:
                "On croirait un chant qui s'élève vers le plafond vouté"

        De retour en France celui-ci ne put s'empécher malgré tout de reprendre la seconde version, celle aux mauvaises dimensions, qui sera baptisée "La Danse de Paris", exposée elle aussi aujourd'hui au musée d'Art Moderne.

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        Les petits morceaux de papiers découpés qui n'avaient été qu'une simple méthode de travail s'imposèrent alors à l'esprit de Matisse comme une véritable technique susceptible d'être améliorée et il mit alors au point ses gouaches découpées, retour à l'expérimentation à laquelle il avait renoncée un temps après son époque avant-garde avec son installation sur la Côte d'Azur.
        En 1937-1938 la danse l'inspire encore une fois et il réalise précisément ses "Deux Danseurs" avec sa technique de gouaches découpées et collées. Un système qui va lui permettre de continuer à travailler lorsqu'il tombe gravement malade et doit faire, à partir de 1941, de longs séjours à l'hôpital, puis se trouve condamné au fauteil roulant.

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        Collages, illustrations, et surtout sa chapelle du Rosaire à Vence, qu'il considérait comme son chef d'oeuvre et dont il dessina les plans, les vitraux et la décoration interieure, occupèrent ses dernières années, et il décède à Nice le 3 Novembre 1954 à l'age de 84 ans.

       Ecrit en 1947, le poème d'Aragon," Matisse parle" est certainement l'un des plus beaux hommages qui ait été rendu à ce chantre de la lumière et de la couleur toute puissante:

                  "Je rends à la lumière un tribut de justice
                   Immobile au milieu des malheurs de ce temps
                   Je peins l'espoir des yeux afin qu'Henri Matisse

                   Témoigne à l'avenir ce que l'homme en attend"


     
                          "Il faut regarder la vie avec des yeux d'enfant" 
                                                                          
     Henri Matisse.

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