• Un grand passé chorégraphique: Le ballet à Monte-Carlo.

     Un grand passé chorégraphique: Le ballet à Monte-Carlo.

        S.A.S le Prince Albert II et S.A.R la Princesse de Hanovre, entourés de Jean-Christophe Maillot et Karl Lagerfeld à la soirée de gala organisée à l'occasion du 100ème anniversaire des Ballets Russes à Monte-Carlo.

     

     

         Lorsque les Ballets Russes présentent en 1929 à Paris et à Londres les deux nouvelles chorégraphies de George Balanchine, Le Fils Prodigue et Le Bal, ils accomplissent sans le savoir leur ultime tournée, et le spectacle qu'ils donnent à Covent Garden le 26 Juillet sera le dernier.

         A peine un mois plus tard disparaitra en effet celui qui contre vents et marée a fait vivre cette compagnie, et lorsque Serge Diaghilev décède brutalement des conséquences de son diabète le 19 Août, Aleaxandra Danilova exprimera ainsi le désarroi qui les envahit tous:
        "La terre s'est écroulée sous mes pieds... Il me semblait que je n'appartenais plus à rien..." 
        Privée de son soleil la troupe fondée par cet homme de culture doublé d'un génial impresario ne lui survécut pas et ce sont "vingt ans de spectacle de danse fondés sur une règle inviolable d'excellence uniformément appliquée à la chorégraphie, à la musique, aux décors et à l'interprétation qui disparurent avec lui" confiera George Balanchine.


        A Monaco dont Diaghilev avait fait depuis 1911 son port d'attache où il révait de créer "un lieu d'ébullition artistique qui jamais ne fermerait l'oeil", le vide se fait sentir plus que nulle part ailleurs, et le souverain de l'époque, le prince Louis II, charge alors René Blüm (frère du Premier Ministre français) alors directeur du théâtre, de créer une compagnie de ballet: Le Ballet de l'Opéra de Monte-Carlo.
        Sa mission accomplie, cet esthète érudit qui s'est pris de passion pour la danse et ne vivra plus désormais que pour elle, va caresser le projet fou de ressusciter le prestige de ces Ballets Russes disparus, et lorsqu'il fait part de l'idée à un certain Wassili Grigorievitch Voskressenski (1888-1951) celui-ci le soutient avec enthousiasme.
        Ancien cosaque de l'armée impériale russe et mieux connu sous le nom de Colonel de Basil (titre qu'il s'attribuait dit-on), cet arriviste hâbleur était devenu en 1925 l'assistant du prince Zeretelli qui organisait les activités de la compagnie lyrique rassemblant à Paris les chanteurs de la diaspora russe. Une troupe de ballet y était attachée: le Ballet de L'Opéra Russe de Paris, et de Basil va convaincre René Blüm de la faire fusionner avec le Ballet de l'Opéra de Monte-Carlo pour monter les Ballets Russes de Monte-Carlo.


     Un grand passé chorégraphique: Le ballet à Monte-Carlo.

     

        L'association verra le jour en 1932, George Balanchine acceptera d'être le premier chorégraphe, et la compagnie fidèle à son projet représente en majorité, à Monaco, Paris et Londres, les ballets déjà mis en scène par Diaghilev.


     Un grand passé chorégraphique: Le ballet à Monte-Carlo.

        L'équipe de la créations de Cotillon (1932):
    Assis au 1er rang, de gauche à droite: Boris Kochno (librettiste), René Blüm, Colonel de Basil, George Balanchine.
    Debout au 2ème rang, de gauche à droite: Christian Bérard (décorateur), Sergeï Grigoriev (répétiteur).


        Mallheureusement le Colonel de Basil n'est pas un collaborateur extrêmement scrupuleux...  Et ce "colonel gangster", irascible, intrigant et malhonnête dont Balanchine dira lui-même: "De Basil était une pieuvre... une pieuvre malhonnête... et qui en plus avait mauvais goût...", est davantage guidé par l'intérêt et la gloire que par l'amour de l'art...
        René Blüm qui n'accompagnait pas les tournées va en effet bientôt découvrir que sur les affiches et les programmes n'apparaissent ni son nom, ni même la mention de Monte-Carlo et que la compagnie est tout simplement présentée comme les Ballets Russes du Colonel Basil.... (Ce dernier renverra également Balanchine de son propre chef à la fin de la première saison, le remplaçant par Massine...)
        Réalisant sa grossière erreur, Blüm ne peut malheureusement pas rompre immédiatement le contrat qui les unit sous peine de lourdes pertes financières, car de Basil lui devant déjà une grosse somme d'argent il lui faudra poursuivre encore un temps cette collaboration difficile afin de pouvoir rentrer dans ses fonds...
        Les Ballets Russes de Monte-Carlo qui ne sont pas épargnés par la Grande Crise traversent alors une période délicate, mais l'impresario américain Sol Hurok (1888-1974) les sauve de la faillite en amenant la troupe aux Etats-Unis où celle-ci se produit en 1934 au St. James Theatre de New-York. L'expérience sera renouvellée l'année suivante et après cinq mois de tournée dans 92 villes différentes les danseurs feront un triomphe le 9 Octobre 1935 au Metropolitan Opera de New-York. (A l'occasion de cette collaboration, Sol Hurok évoquera René Blüm dans ses Mémoires comme "une personne raffinée et pleine de goût" tandis que son opinion sur de Basil avec qui il ne put jamais s'entendre est carrément beaucoup moins élogieuse...).

     

        C'est à cette époque que va s'opérer la rupture annoncée et que René Blüm qui a déjà perdu dans cette affaire pas mal de sa fortune personnelle se sépare du "cosaque" et reforme en 1936 avec un noyau de danseurs issus de l'Opéra de Lituanie les Ballets Russes de Monte-Carlo qui, sous la houlette du maitre de ballet Nicolas Zverev, restent basés à Monaco.

     

     Un grand passé chorégraphique: Le ballet à Monte-Carlo.

       Casino et Opéra de Monte-Carlo (L'Opéra de Monte-Carlo, ou Salle Garnier, est une salle de spectacle attenante au Casino de Monte-Carlo)


       De son côté, de Basil resté seul à la tête du ballet d'origine qui sera cette fois basé à Londres et dont il ne change pas le nom, verra plusieurs de ses danseurs le quitter pour rejoindre la nouvelle troupe, et lorsque le contrat de Léonide Massine se termine ce dernier les imitera et deviendra alors l'associé de Blüm avec qui il partagera la direction (Mikahïl Fokine fera lui la navette entre les deux compagnies...)

     

        Les lois concernant la propriété artistiques étaient encore inexistantes à l'époque et Massine réalise à cette occasion que les ballets qu'il avait chorégraphiés lorsqu'il était sous contrat avec de Basil ne lui appartenaient pas... Il décide donc de porter l'affaire en justice, et le procés qui se tint à Londres fut suivi avec une grande attention par le public, donnant lieu à des comptes rendus quotidiens dans la presse:
        La décision du jury sera sans appel, les ballets restaient la propriété de de Basil, mais Massine qui avait également plaidé pour réclamer l'exclusivité de l'appelation Ballet Russe de Monte-Carlo, obtint cette satisfaction: de Basil rebaptisera alors cette fois sa troupe Ballets Russes du Colonel Basil, puis successivement Covent Garden Russian Ballet (lorsque la compagnie sera soutenue financièrement par Covent Garden) et finalement Original Ballet Russe.


        Au cours de leurs nombreuses tournées, les troupes de Blüm et de de Basil furent très souvent amenées à se produire à proximité l'une de l'autre et il arriva même qu'elles se cotoient quasiment à Londres en 1938 l'une à Covent Garden, l'autre au théâtre de Drury Lane situé à deux pas...
        Face à ce genre de situations, Sol Hurok qui servait d'impresario aux deux compagnies tentera une médiation afin d'effectuer dans une lueur d'espoir un éventuel rapprochement, mais de Basil ayant refusé au dernier moment celui-ci ne put se réaliser. (Quelque peu excédé sans doute par toutes ses tractations avec les personalités du ballet au caractère souvent difficile, lorsque Sol Hurok rédigera son autobiographie en 1953 le premier titre qu'il choisira sera Au Diable le Ballet!..).

     

     Un grand passé chorégraphique: Le ballet à Monte-Carlo.

    Les étoiles de la troupe de René Blüm embarquant pour une tournée aux Etats-Unis en 1938. De gauche à droite: Natalia Krassovska, Mia Slavenska, Nini Theilade, Tamara Toumanova, Alicia Markova et Alexandra Danilova.

     

        Bien que courageuse, la décision qu'avait prise René Blüm en 1936 de créer une seconde compagnie n'en était pas moins financièrement hasardeuse, et en 1939 la propriété de la troupe sera cédée par la force des choses au consortium américain World Art Incorporated en la personne de Sergeï Denham.
        Lorsqu'éclate la Seconde Guerre Mondiale, la compagnie se replie alors aux Etats-Unis et ne reviendra jamais plus à Monaco, mais son fondateur fera, lui, partie des premiers juifs déportés: arrêté le 12 Décembre 1941 à Paris, puis transféré au camp d'Auschwitz, "cet être unique qui fut aimé de tous ceux qui l'ont approché, et adoré de tous les siens", y sera exécuté après voir été torturé.

     

     Un grand passé chorégraphique: Le ballet à Monte-Carlo.

    René Blüm (1878-1943)


       Jusqu'en 1945 le Ballet Russe de Monte-Carlo restera dirigé par Léonide Massine, et en 1942 la Première de Rodéo d'Agnes de Mille remporte un succès extraordinaire, tout comme le firent Danses Concertantes et Le Bourgeois Gentilhomme de Balanchine en 1944. Mais la compagnie sera dissoute au début des années 1950, et bien que refondée en 1954 ne réussira jamais cependant à retrouver sa notoriété d'antan et disparaitra après la saison 1962-1963.
       (La compagnie du colonel de Basil dut, elle, à l'époque de la Seconde Guerre Mondiale, faire face à de sérieux ennuis financiers obligeant même les danseurs à trouver des emplois dans des night-clubs afin d'arrondir leur maigre salaire lors d'une tournée à Cuba en 1941, et la situation n'allant pas en s'améliorant lorsque la paix fut retrouvée, l'Original Ballet Russe donna sa dernière saison à Londres en 1947 avant de se séparer définitivement).

     

        En principauté, il faut attendre 1942 pour voir renaitre une activité chorégraphique grâce aux efforts de Marcel Sablon, alors directeur du théâtre, qui forma une troupe, Les Nouveaux Ballets de Monte-Carlo, que viendront rejoindre les danseurs parisiens qui fuient la zone occupée.
        L'activité s'interrompit en 1944 jusqu'à ce que le prince Louis II invite son successeur, Eugène Grünberg, à reconstituer en 1946 Le Nouveau Ballet de Monte-Carlo avec comme directeur artistique Serge Lifar, qui accusé de collaboration avec l'ennemi était alors en disgrâce sur le territoire français (Ce dernier va chorégraphier entre autres La Péri et Salomé et aura comme interprètes une pléiade d'étoiles dont Yvette Chauviré, Jeannine Charrat, ou encore Ludmilla Tcherina).
        Lorsque l'Opéra de Paris le réintègre en 1947, et qu'il quitte ses fonctions à Monaco, la compagnie sera alors rachetée par le marquis de Cuevas qui crée le Grand Ballet de Monte-Carlo, lequel deviendra en 1951 le Grand Ballet du Marquis de Cuevas et quittera cette fois la principauté.

     

        Le voeu le plus cher de la princesse Grace (1929-1982) avait été de voir une troupe permanente de ballet à Monte-Carlo, et comme prémice à ce projet sera créée en 1975 l'Académie de Danse Classique, aujourd'hui Académie de Danse Classique Princesse Grace,


     Un grand passé chorégraphique: Le ballet à Monte-Carlo.

    Académie de Danse Classique Princesse Grace - Monaco

     

        ...mais le destin n'ayant malheureusement pas permis que l'épouse de Rainier III voit son souhait se réaliser, c'est grâce à l'intervention de S.A.R la princesse de Hanovre que la Compagnie des Ballets de Monte-Carlo renait en principauté en 1985: le premier spectacle voit le jour le 21 Décembre et la troupe sera dirigée au départ par Pierre Lacotte et Ghislaine Thessmar.
        Hébergés dans le mythique "Studio Diaghilev" les Ballets de Monte-Carlo quittent quatre ans plus tarde leur berceau historique devenu trop petit et emménagent à L'Atelier, centre consacré à la danse, et se produisant sur la scène de la Salle Garnier de l'Opéra de Monte-Carlo, ils présentent un répertoire où se cotoient oeuvres des Ballets Russes et créations contemporaines.

     

        Bien qu'ils ne soient pas les descendants directs de la troupe de Diaghilev ou de celle de Blüm, les Ballets de Monte-Carlo ont cependant des ressemblances avec ces compagnies légendaires. Jean-Christophe Maillot leur actuel directeur depuis 1993, reste fidèle au principe des Ballets Russes de marier technique classique et chorégraphies innovantes et comme beaucoup des chorégraphes de Diaghilev aime présenter des "divertissements":
        "J'aime l'idée d'offrir au public un moment où ce qui se passe sur scène n'a rien à voir avec la réalité de la vie" dit-il lui même et décors, costumes, éclairages et musique se combinent à ses chorégraphies pour créer ce monde alternatif, spectacle d'art total qu'ont appelé de leurs voeux avant lui les pionniers des Ballets Russes.
        En Décembre 2000, les danseurs inaugurèrent la première saison de ballet sur l'immense scène de la Salle des Princes du nouveau centre de congrès, le Forum Grimaldi...

     

     Un grand passé chorégraphique: Le ballet à Monte-Carlo.

    Le Forum Grimaldi - Monaco

     

        Une ére nouvelle a commnencé pour la danse à Monaco...

        .... Les Ballets de Monte-Carlo traversent les époques... Au public de juger si les innovations d'aujourd'hui sont à la hauteur de celles d'hier... 

     

         Le Songe - Chorégraphie de Jean-Christophe Maillot d'après la pièce de William Shakespeare, Le Songe d'une nuit d'été.
        Musique de F.Mendelssohn, Daniel Teruggi et Bertrand Maillot   Interprété par la compagnie des Ballets de Monte-Carlo.(Enregistré au Forum Grimaldi en 2009)

     


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