• Nicolas Roerich (1874-1947) - Aux portes du Ciel

       

    L'Art et la danse

    "Mother of the World"     Nicolas Roerich (1930)


     

    "A travers l'atmosphère terrestre, des rayons transparents devinrent d'un orange vif et passèrent graduellement par tous les tons de l'arc-en-ciel, des couleurs indescriptibles pareilles à celles des toiles du peintre Nicolas Roerich"
    (Extrait du Journal de Bord du cosmonaute russe Yuri Gagarine - 12 Avril  1961)

     

        Une carrière prodigieuse aux multiples facettes, une sphère d'intérêts sans limites et une profonde intelligence de la beauté sous toutes ses formes, ainsi peut se définir celui qui fut par deux fois candidat pour le Prix Nobel de la Paix, a donné son nom à une planète ainsi qu'à un pic dans l'Altaï et reste en dépit de cela relativement peu connu en Occident.
        Nicolas Roerich naquit le 9 Octobre 1874 à une soixantaine de kilomètres de St.Petersbourg dans le domaine familial d'Ivzara où il passa toute son enfance dans le confort de la haute bourgeoisie russe. Fils ainé d'un avocat, Konstantin Roerich, et de sa femme Maria, le jeune garçon eut l'avantage de cotoyer très tôt la société d'écrivains, artistes et scientifiques que fréquentaient ses parents, et manifesta très jeune, outre de multiples talents, une soif immense de savoir :
       Un ami de la famille l'ayant invité un jour à venir explorer les fouilles qu'il dirigeait dans la région, cette expérience éveilla chez l'enfant alors âgé de tout juste 9 ans une véritable passion pour l'archéologie et les civilisations anciennes qu'il conserva tout au long de sa vie. Il se mit alors à collectionner pièces de monnaie, minéraux, et avide de connaissances dans tous les domaines alla même jusqu'à créer ses propres plantations pour étudier les végétaux.


         Mais adolescent c'est vers le dessin pour lequel il se montrait particulièrement doué qu'il songea sérieusement à s'orienter et dut affronter pour cela les réticences de son père qui souhaitait qu'à son exemple il embrasse une carrière juridique. Un compromis sera cependant trouvé et à l'automne 1893 Nicolas s'inscrivit conjointement à l'académie des Beaux Arts et à l'Université de St.Petersbourg où il fait la connaissance d'un étudiant qui le précédait d'un an ou deux à la Faculté de Droit, Sergueï Diaghilev, qui sera parmi les premiers à apprécier ses talents de peintre et d'archéologue (Pendant ses années d'université Roerich était devenu également membre de la Société Archéologique et dirigea de nombreuses fouilles). 
         Diplômé des Beaux Arts en 1897, Nicolas Roerich va collaborer aux côtés de Diaghilev, Alexandre Benois et Léon Bakst à la revue Mir Iskousstva (Le Monde de l'Art), et 16 de ses toiles participeront à l'exposition organisée à Paris en 1906, inaugurant la fabuleuse aventure destinée à faire connaitre aux européens l'art et la musique russes. 
         Le peintre réalisera ensuite les décors et les costumes d'Ivan le Terrible de Rimsky-Korsakov que Diaghilev fera découvrir aux français en 1909 ainsi que ceux des danses polovtsiennes du Prince Igor de Borodine.

     

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    Décor de Nicolas Roerich pour les Danses Polovtsiennes (1909)

     

        Mais le point culminant de la collaboration des deux hommes sera sans nul doute Le Sacre du Printemps (1913). Les Ballets Russes inauguraient une forme d'art qui impliquait la participation du décorateur parmi les "auteurs", et tout comme Alexandre Benois influença la création de Pétrouchka, Roerich participa de la même manière à la création du Sacre aux côtés d'Igor Stravinsky. Bien que ce dernier prétende avoir eu seul l'idée de l'oeuvre, la genèse du ballet n'est certainement pas étrangère cependant à la passion de Roerich pour les civilisations anciennes et, comme il l'écrivit dans une lettre à Diaghilev,dans "la belle cosmogonie de la terre et du ciel".


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    Décor de Nicolas Roerich pour Le Sacre du printemps (1913)

     

        Mettant en scène les rites primitifs des hommes qui, saluant le printemps source de vie, sacrifient une vierge au dieu soleil Yarilo, aucun ballet n'avait jamais raconté une telle histoire, et tout aussi insolites, la musique de Stravinsky et la chorégraphie de Nijinski provoquèrent une controverse qui dura plusieurs années et dont Roerich donna plus tard sa propre interprétation: 
        "Je me rappelle comment les spectateurs à la Première sifflèrent, hurlèrent si fort que l'on n'entendait rien. Qui sait, peut-être à ce moment là exultaient-ils, pris par la même émotion que les peuples primitifs. Mais disons que ce primitivisme sauvage n'avait rien à voir avec le primitivisme raffiné de nos ancêtres pour qui le rythme, le symbole sacré et la subtilité du mouvement étaient des concepts grands et sacrés".


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    Costumes de N.Roerich pour Le Sacre   Théâtre du Châtelet - Paris (1913)


        Peintre de la couleur pure, peintre de la nature et du sacré qui dialogue avec les mondes subtils, qu'il s'agisse d'un vaste décor ou d'une simple toile, Nicolas Roerich créa une oeuvre qui nous entraine aux portes du Ciel et nous révèle la dimension de l'Infini et du Cosmos.
        "Si Phidias fut le créateur de la forme divine et Giotto le peintre de l'âme, on peut dire que Roerich a révélé l'esprit du Cosmos"
     (Barnett D.Coulon -  Nicolas Roerich, A Master of the Mountain- 1938) 

        Entre 1916 et 1919 il composa un recueil de 64 poèmes, Fleurs de Morya (Flame in Chalice), décrivant son voyage intérieur, et affirmant son engagement dans la recherche spirituelle. Ils évoquent des images reprises plus tard dans ses toiles et aident à comprendre ses tableaux peuplés de symboles et d'allégories devenus un trait essentiel de son oeuvre lorsque Roerich "le prophète" sentant venir le cataclysme  de la Première Guerre Mondiale communiqua dans ses tableaux la terrible ampleur du conflit qui menaçait le monde.
        " Il peuple son monde non pas d'acteurs dans un drame ou une comédie éphémère, mais de porte-paroles des idées les plus constantes au sujet de la vérité de la vie, de la lutte millénaire du Bien et du Mal, et du progrès triomphal vers un avenir radieux pour tous" écrira un critique.

     

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    "The Last Angel"   Nicolas Roerich (1912)

     

        Au coeur des croyances de Roerich réside le concept hindou d'un univers sans début ni fin, qui se manifeste dans la création et la dissolution de formes matérielles en un cycle constamment renouvelé. Sur le plan humain cela signifie l'essor et la chute des civilisations et sur le plan individuel la réincarnation de l'âme.
        " Frères, abandonnons tout ce qui change rapidement. Autrement nous n'aurons pas le temps de réfléchir à ce qui reste inchangé pour tous: A l'éternel ". (Nicolas Roerich -  A Propos de l'Eternel) 

        Accompagné de son épouse, Helena Ivanova, nièce de Moussorgsky et excellente pianiste, philosophe et écrivain, qu'il épousa en 1901 et qui soutint activement et collabora à toutes ses initiatives, il effectua dans les années qui suivirent la guerre plusieurs séjours en Europe et aux Etats-Unis où ses nombreuses expositions lui acquirent une solide réputation dans le domaine de l'art.
        Après Londres où il participe à une nouvelle production du Prince Igor à Covent Garden, c'est l'Art Institute de Chicago qui sollicite ses talents de décorateur pour son Opéra (Grand amateur de musique et de celle de Wagner en particulier Nicolas Roerich créa des décors et des costumes pour la plupart de ses opéras), suivra ensuite New-York, où le Nicholas Roerich Museum ouvrira ses portes en 1923, et où le peintre présente plus de 400 tableaux et fonde le Master Institute of United Arts qu'il dirige en personne.

     

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    "The Red Mountain"    Nicolas Roerich ( Santa-Fé -1921)

     


        Au cours de ces séjours Roerich eut l'occasion de rencontrer des organisations traditionnelles et d'établir des contacts privilégiés avec des responsables de la Société Théosophique, et le couple maintenant établi à New-York envisagea bientôt un voyage vers ces contrées lointaines qui exerçaient sur eux une attraction de plus en plus forte depuis plusieurs années à travers leurs religions, leurs philosophies et leurs légendes.
         Ils portèrent plus précisément leurs regards vers les régions himalayennes, l'Asie centrale, la Mongolie et le Gobi, et en compagnie de sa famille (Il a deux fils, Youri et Svetoslav), Nicolas Roerich quitte les Etats-Unis en Avril 1923, dans le cadre d'une expédition scientifique et artistique qu'il dirige et dont le but est de rassembler des informations sur les cultures des peuples de ces contrées.

         Ainsi qu'il le décrit dans son livre Au Coeur de l'Asie dans lequel il raconte comment ils durent franchir quelques 35 cols entre 4000 et 6500 mètres d'altitude, les conditions de voyage furent parfois très rudes (Ils seront même attaqués au Tibet où "seule la supériorité de nos armes à feu a empêché l'effusion de sang" écrivit-il). Un long périple au cours duquel Roerich peignit environ 500 tableaux, images de l'Asie qu'aucun artiste avant lui n'avait produites, révélant la beauté inviolée de ces régions et les méditations du peintre sur les cimes.

     

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    "Himalaya"   Nicolas Roerich (1933)


        En 1928 les Roerich s'installèrent définitivement aux pieds de l'Himalaya dans la vallée du Kulu et y établirent le siège principal de l'Institut de Recherches Himalayennes "Urusvati" ("Lumière de l'étoile du matin") où furent rassemblés et étudiés les résultats des analyses (botaniques, archéologiques et ethnolinguistiques) recueillis pendant ces 5 années, tout comme le seront ceux des expéditions ultérieures (En 1934-35 Roerich dirigera une expédition en Mongolie, Mandchourie et en Chine) et l'Institut Urusvati communiquera des données aux plus importantes universités et institutions scientifiques d'Asie, d'Europe et d'Amérique.

      

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    Portrait de Nicolas Roerich par son fils Svetoslav

     

         Depuis très longtemps un sujet préoccupait tout particulièrement  Nicolas Roerich, à savoir la protection des trésors culturels, et en 1929 il mit à profit un séjour à New-York pour l'aborder sérieusement et rédiger un Pacte, proposant que tous les endroits protégés selon ses termes soient identifiés par un drapeau distinctif, la Bannière de la Paix, trois sphères magenta contenues dans un cercle de même couleur sur un fond blanc:
        La Religion, l'Art et la Science réunis dans le cercle de la Culture, ou selon une autre interprétation, les accomplissements passés, présents et futurs de l'humanité entourés du cercle de l'éternité.

     

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    "Pax Cultura"   Nicolas Roerich (1931)
      

         Ce signe et la devise Pax Cultura qui l'accompagne symbolisent la vision pour l'humanité qui animait Roerich:
        "Unissons nous. Vous demandez de quelle façon? Vous serez d'accord avec moi: de la façon la plus simple, par la création d'une langue commune sincère... Peut-être dans la Beauté et la Connaissance."
       Présent dans plusieurs de ses tableaux dont la Madone à l'Oriflamme, ce symbole qui existe depuis des temps immémoriaux se rencontre dans le monde entier et personne en conséquence ne peut prétendre  qu'il appartient à une religion, un peuple ou une tradition particulière. On le retrouve entre autres sur des poteries de l'âge néolithique, sur le sceau de Tamerlan, sur des bijoux tibétains, caucasiens et scandinaves, sur des objets byzantins et romains, sur le blason de la ville de Samarkand ou encore le bouclier des Croisées et la Madone de Strasbourg.

     

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    "La Madone à l'Oriflamme"   Nicolas Roerich (1932)

     

        Les efforts de Nicolas Roerich ne furent pas vains et le 15 Avril 1935, en présence du président Franklin Delano Roosevelt, le traité du Pacte Roerich fut signé à la Maison Blanche par les nations des Amériques et les membres de l'Union Panaméricaine, et de nombreuses associations de par le monde continuent aujourd'hui à attirer l'attention sur le contenu de ce traité toujours en vigueur.
        Premier document international dédié à la protection des valeurs culturelles, celui-ci fut également à l'origine de la décision prise en 1949 par l'UNESCO pour la protection de l'héritage culturel en temps de conflit, et en 1954 le Pacte Roerich fut inclus cette fois littéralement dans la base de la Convention de La Haye pour la Protection des Richesses Culturelles en cas de conflit armé.

     

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        Dans un domaine tout à fait différent, il faut également mentionner l'influence (occultisante et néospiritualiste  cette fois) de Nicolas Roerich qui se serait étendue jusqu'aux plus hautes sphères de l'Etat Américain puisque, selon certaines sources, ses théories auraient pesé auprès du Vice-Président Henry A.Wallace concernant le projet d'inclure le sceau des Etats-Unis au verso du dollar américain (La décision finale fut prise par le President Roosevelt en 1935). 

     

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    Bien que la version officielle dise qu'il n'y a absolument aucun symbole occulte sur ce billet on peut arriver à en doute si on l'observe soigneusement: à commencer, entre autres, par les 72 pierres de la pyramide qui représentent les 72 dieux de l'ancien monde, l'oeil omniscient et l'infinité d'éléments en relation avec le chiffre 13 (qui certes peut représenter les 13 états d'origine, mais évoque aussi les tribus perdues d'Israël et revêt la plus grande importance dans certaines sociétés ésotériques).

     

       A la fois peintre de talent, éminent scientifique, archéologue, écrivain et grand explorateur ayant fait sa religion de la recherche de la beauté et de la culture, Nicolas Roerich mourut à Naggar dans la vallée du Kulu le 13 Décembre 1947. Demeuré toute sa vie un patriote convaincu et un citoyen russe, il n'avait jamais abandonné l'idée de rentrer dans sa patrie et avait, juste après la guerre, fait la demande d'un visa pour regagner l'Union Soviétique, mais il s'éteignit sans savoir que celui-ci lui avait été refusé...

     

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    "Song of Shambala"   Nicolas Roerich (1946)


         A sa demande, son corps fut incinéré et ses cendres enterrées face aux montagnes qu'il aimait et qu'il avait peintes si souvent (La série Himalaya comprend plus de 2000 peintures) et l'endroit où fut dressé le bûcher a été recouvert d'une grande dalle rectangulaire sur laquelle ont été gravés ces mots:
        "Ici fut livré au feu le 15 Décembre 1947 le corps d'un grand ami de l'Inde, le Maharishi Nicholas Roerich. Qu'il repose en paix". 


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    Nehru, Indira Gandhi, Nicolas Roerich et M.Yunus


        Plus d'une centaine d'institutions culturelles, académies ou organismes scientifiques de tous pays ont élu le peintre russes parmi leurs membres honoraires, témoignage de la reconnaissance mondiale de celui qui fut également en deux occasions nominé pour le Prix Nobel de la Paix dont une première fois en 1929 par l'Université de Paris.
       Plus ostensiblement peut-être, mais sans doute tout aussi largement méconnus, une planète mineure du système solaire (la planète 4426), découverte le 15 Octobre 1969 par des astronomes d'un observatoire de Crimée, ainsi qu'un pic dans l'Altaï rappellent également symboliquement au monde aujourd'hui le nom de cet homme de culture qui fut aussi poète, linguiste ou encore directeur d'école d'art, un être dont l'étendue et la richesse du génie créatif et des activités furent exceptionnelles et qui pensait que la survie de la planète dépendrait de la venue de la Paix sur Terre...

     

     

        "J'admire tellement votre Art que je peux dire sincèrement sans exagération que jamais aucun paysage n'a produit sur moi une impression aussi grande"
                    Albert Einstein (Lettre à Roerich -1931)

        "Nicolas Roerich est un des piliers de la culture russe"
                     Mikhaïl Gorbatchev 

     

     


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  • Commentaires

    2
    Carl
    Samedi 11 Avril 2015 à 22:26

    Divin

    1
    faure-bayle
    Lundi 29 Septembre 2014 à 16:15

    Une oeuvre exceptionnelle

    Ces tableaux sont des oeuvres d'art d'une beauté à vous couper le souffle.

    A la recherche du Divin par la beauté.

    Le bonheur à l'état pur.

    L'art fait du lien ,l'art fait du bien

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