• Le théâtre Bolchoï, vitrine de prestige.

     

    L'Art et la danse

     

     

        Les premières représentations publiques de ballet à Moscou furent données dans des lieux privés par le maitre de ballet italien Giovanni Battista Locatelli jusqu'en en 1776, date à laquelle le Prince Piotr Ouroussov obtint de la Grande Catherine un privilège d'Etat concédant la promotion et l'exclusivité des spectacles avec, détail important, obligation pour lui de construire un théâtre.

        Afin de mener à bien l'entreprise, Ouroussov s'attacha le concours du financier mécène anglais Michael Maddox et ensemble les deux hommes créent la première troupe, très modeste à l'époque, dont les danseurs étaient tous issus de l'école organisée en 1764 par Filippo Becari dans un orphelinat de Moscou, laquelle mise sous la direction du théâtre à venir devint l'ancêtre de l'actuelle Académie du Bolchoï.
       (Pour la petite histoire il faut signaler que l'impératrice passera commande, en 1768, d'un ballet très spécial, célébrant son acte héroïque de s'être faite vacciner la première contre la variole afin de montrer l'exemple). 

        Dans l'attente d'une salle, les artistes se produisaient à l'origine chez le comte Vorontzov, jusqu'à ce que le 26 Février 1780 le quotidien Moskovskie Vedomosti annonce le début de la construction du Grand Théâtre sur l'emplacement du Bolchoï actuel, à l'époque un vaste terrain sur les rives de la rivière Neglinka (un affluent de la Moscova aujourd'hui canalisé dans un tunnel souterrain qui traverse Moscou).
        Terminé dans un délai record de cinq mois l'édifice dont la façade donnait sur la rue Petrovskaïa reçut le nom de Théâtre Bolchoï Petrovsky:
        Opéra et ballet étant considérés en Russie comme des arts nobles, tous les théâtres qui leur étaient réservés étaient appelés Bolchoï (Grand), par comparaison à ceux dévolus exclusivement à l'art dramatique. Si le Mariinsky à St. Petersbourg fait exception c'est qu'il était à l'origine destiné au théâtre, comme en témoignent encore au plafond les médaillons d'auteurs célèbres, et ce n'est que 25 ans après son inauguration que la musique et la danse y apparurent par la force des choses lorsque le Bolchoï Kamenny devint trop vétuste.

     

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    Le premier Théâtre Bolchoï Petrovsky

     

          Le Théâtre Petrovsky n'aura malheureusement qu'une très brève existence et, "à cause de la négligence d'un costumier qui a laissé en partant deux bougies allumées dans la réserve des costumes", sera entièrement ravagé par un incendie en 1805.

        L'auteur S. Zhikharev écrivit dans son Journal:
        " C'est comme si le théâtre n'avait jamais existé, il n'y a plus rien à sa place, que des pans de murs noircis".
        Et pendant les vingt années qui suivirent les Muses cessèrent de hanter les rives de la rivière Neglinka et les représentations continuèrent dans des salles privées.

        Lorsque l'empereur Napoléon Ier et ses troupes "visitèrent" Moscou et que par voie de conséquence la ville fut quasiment anéantie par les flammes du tristement légendaire Grand Incendie (1812), l'architecte Andreï Mikhaïlov conçut dans le cadre du programme de reconstruction les plans d'un nouveau théâtre sur le site de l'ancien Petrovsky. Le Tsar ayant approuvé le projet décréta par la même occasion ce théâtre propriété d'Etat, et offrit ainsi à Moscou son premier Théâtre Impérial.

        L'inauguration officielle des lieux, le 6 Janvier 1825, dévoila aux moscovites un élégant monument classique flanqué d'un portique à huit colonnes surmonté par l'aurige d'Apollon, oeuvre à laquelle collabora l'architecte Ossip Ivanovich Bovet.

     

     

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        Le programme de la somptueuse soirée qui accompagnait la cérémonie, proposait Le Triomphe des Muses, une allégorie à la gloire du génie russe, suivie en seconde partie du ballet de Fernando Sor, Cendrillon, spectacle chaleureusement applaudi par des spectateurs séduits par la beauté de la salle ainsi que la taille et la noblesse de l'édifice.
        Sergueï Aksakov écrivit:
    "Le Bolchoï Petrovsky m'a étonné et j'ai été rempli d'admiration par ce bâtiment magnifique exclusivement réservé à mon art favori".

        Poursuivi par le mauvais sort le malheureux Théâtre Bolchoï Petrovsky fut une seconde fois réduit en cendres par un violent incendie qui se déclara cette fois pour une raison inconnue au petit matin du 11 Mars 1853. Le feu se propagea pendant deux jours malgré les efforts des pompiers et le chantier fumait encore, parait-il, une semaine plus tard.
        " Ce fut horrible de voir ce géant dévoré par les flammes, c'était comme si l'un de nos proches était en train de mourir devant nous" écrivit un témoin.

     

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    Le second Théâtre Bolchoï Pétrovsky détruit par les flammes

     

        L'importance des dommages fut telle qu'il ne subsista de l'édifice que les colonnades de l'entrée principale et les murs extérieurs qui s'écroulèrent en partie les jours suivants. Tout avait entièrement disparu car le brasier s'était propagé à une vitesse telle que rien ne put être sauvé et costumes, décors, bibliothèque, archives et instruments de musique (certains très vieux et précieux) furent réduits en cendres.

        La reconstruction du bâtiment fut confiée à l'architecte du Mariinski, Alberto Cavos. Ce dernier utilisa les murs extérieurs et conserva le plan initial de Bovet, mais augmenta la hauteur du bâtiment et en améliora l'accoustique. Les travaux furent achevés en un peu plus d'un an et le théâtre rouvrit ses portes le 20 Août 1856 devant la famille impériale et les représentants de différents Etats.

     

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      Tout est grandiose dans ce théâtre (à l'époque le plus grand après la Scala de Milan) dont le parterre et les cinq balcons peuvent contenir plus de 2000 spectateurs.

     

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       Et richement ornementée de lustres, la salle aux sièges de velours rouge (fabriqués en France) rivalise de magnificence avec le reste du bâtiment qui s'enorgueillit de plus de 1000 mètres carrés de fresques représentant Apollon et ses Muses.

     

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    Le Grand Foyer

     

       Endommagé par les bombardements pendant la Seconde Guerre Mondiale, mais rapidement remis en état, le temple élevé à la gloire de la culture russe ne cesse depuis de soigner son prestige dont l'un des plus beaux fleurons est son corps de ballet.

        Les premiers ballets montés à Moscou l'avaient été par des maitres de ballets italiens et français, Filippo Becari ou, entre autres, Jean Lamiral, puis le relais fut pris par de jeunes chorégraphes russes. Et dans les années 1820-1830 la compagnie résidente du Bolchoï Petrovsky qui s'était développée et comptait déjà 150 danseurs, s'ouvrit au romantisme grâce à la danseuse et chorégraphe française Félicité-Virginie Hullin-Sor. 
        Mariée au compositeur Fernando Sor, elle fut très vraisemblablement la chorégraphe de son ballet Cendrillon (présenté lors de la soirée d'inauguration du 6 Janvier 1825 et dans lequel elle tenait le premier rôle), mais à cette époque les femmes chorégraphes n'étaient pas créditées de leur travail... Et si le chorégraphe français du Mariinski, Marius Petipa, est universellement connu, son homologue féminin du Bolchoï est loin de s'être acquis semblable notoriété.

     

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    Félicité Hullin-Sor

     

         Félicité Hullin eut pourtant une influence considérable sur le ballet de Moscou qu'elle réforma en y introduisant élégance, simplicité et naturel. En 1837 elle monte La Sylphide, et c'est grâce à elle que vont apparaitre des danseuses comme Alexandra Voronina-Ivanova ou Tatyana Karpakova.

        Pendant une bonne partie du XIXème siècle la troupe du Bolchoï adapte, voire copie les oeuvres montées au Mariinsky, et en dépit de ses excellents danseurs rivalise difficilement avec celle de St. Petersbourg. Il faut attendre l'arrivée d'Alexandre Gorsky (un élève de Petipa) qui vient monter La Belle au Bois Dormant en 1899 et prend les commandes du ballet jusqu'à sa mort en 1924, pour voir la compagnie acquérir une vraie spécificité et se distinguer par un style plus athlétique et moins lyrique.
        Dès lors des danseurs tel Mikhaïl Mordkine connaissent une notoriété internationale, et le renom du Bolchoï lui vaut d'être invité à se produire à Londres en 1911 pour le couronnement de George V.

        Mais c'est pendant l'ère soviétique que viendront les heures de gloire: Staline qui désire s'attirer la sympathie des artistes les soutient activement (et les contrôle aussi activement...) et Moscou devient un foyer très important de création: Cendrillon (Prokofiev/ Zakharov- 1945) ou encore Spartacus (Khatchatourian/Yakobson-1956) restant parmi les ballets les plus emblématiques.
        Et lorsque le dictateur disparait, le début des tournées à l'étranger verra l'aura des danseurs porter le prestige culturel de la Russie à son apogée.

     

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    (La fauçille et le marteau de l'ère soviétique viennent d'être remplacés dans le cadre des récentes rénovations par l'aigle à deux têtes des Romanov, armoiries d'origine de la Russie, et la même modification a été apportée dans la salle sur la loge du Tsar)  

     

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         L'une des meilleures ambassadrices du Bolchoï fut sans conteste Maïa Plissetskaïa (1925- ), qui était fille d'un "ennemi du peuple" et à qui le pouvoir le fit sentir continuellement... Cependant elle ne céda jamais comme Alexander Godunov ou Valentina Koslova à la tentation de "passer à l'Ouest" car elle savait, confia-t--elle à plusieurs reprises, ce que ce geste aurait coûté à sa famillle...

     

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    Maïa Plisseteskaïa décorée par Vladimir Poutine pour services rendus à la Patrie. (20 Novembre 2003)

     

        Quelque peu tombé en désuétude avec l'éclatement de l'Union Sovétique, le Ballet du Bolchoï compte aujourd'hui environ 200 danseurs (ce qui en fait l'une des plus importantes compagnies au monde avec le Mariinsky). Ces derniers se produisent actuellement dans une nouvelle salle inaugurée en Novembre 2002 jouxtant le bâtiment historique lequel subit depuis 2005 d'importants travaux de restauration qui devraient vraisemblablement être terminés à l'automne 2011.

        La scène mythique sera alors rendue à Natalia Osipova, Svetlana Zakharova, Ivan Vassiliev ou Sergueï Filine, des artistes qui n'ont rien à envier à leurs prédécesseurs Ekaterina Maximova, Vladimir Vassiliev, Natalia Bessmertnova ou encore Yuri Vladimirov dont le talent resté dans toutes les mémoires célébra avec éclat l'apothéose de la danse.

     

    Le couple légendaire Ekaterina Maximova (1939-2009) et Vladimir Vassiliev (1940- ) dans le ballet de l'Acte III de l'opéra de Verdi, La Traviata, adapté au cinéma par Franco Zeffirelli (1982).



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