• L'Italie, les "triomphes", la gloire.

     

    L'Art et la danse



        On cite souvent Domenico da Piacenza  comme "l'inventeur du ballet"...Certes il fut le premier chorégraphe de l'histoire, et le premier également à employer dans ses ouvrages le mot "ballo" au lieu de celui de "danza", cependant son traité publié en 1456  De arte saltandi et choreas ducendi ne fait rien de mieux qu'organiser et codifier le riche matériau légué par le Moyen Age.

        Par contre, c'est bien sur les rivages de la Méditerranée, et en Italie tout particulièrement qu'est apparue,à la fin de l'époque médiévale, la "Mauresque" dont l'évolution aboutit incontestablement à la naissance du ballet. 
        Divertissement très en vogue, mettant en scène l'un des soucis majeurs de l'époque, la guerre, elle était représentée sur les places de villages les jours de fête, avec pour personnage principal "il Mattacino", le Maure (visage noirci, coiffé d'un turban doré et armé d'un sabre en bois et d'un écu), lequel après avoir exécuté une danse à la manière orientale affrontait ses ennemis au son du flutet et du tambourin.
      Les nombreux spectateurs étaient particulièrement friands de ces scènes de combat où les exécutants rivalisaient de virtuosité dans des sauts spectaculaires par dessus les sabres; et "la rosa", point d'orgue du final, où le Maure était lancé plusieurs fois en l'air au milieu du tintement des clochettes suspendues à ses chevilles, déclenchait la liesse générale.

        Au fil des années le spectacle perdit très vite, cependant, son caractère guerrier pour ne rester qu'un simple divertissement auquel vinrent s'ajouter des chanteurs et divers personnages. Ce qui en augmenta encore peut être le succés qui devint tel qu'on introduisit alors la Mauresque dans les "sacre rappresentazioni", version italienne des "mystères", où la danse rejoignit un temps le théatre, se souvenant qui sait, de leur origine commune dans un lointain passé. 
        Le spectacle se déplaçait en chariots faisant office de scène chaque fois qu'ils faisaient halte devant une église ... On y donnait " La création d'Adam", "Adam et Eve chassés du Paradis" ou quelqu'autre pièce du répertoire, le tout  largement entrecoupé de musique et de danses toujours attendues avec impatience par l'assemblée.

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        Mais avec l'arrivée de la Renaissance, la fin de l'obscurantisme et l'engouement nouveau pour l'Antiquité, des thèmes païens hérités de la Grèce commencèrent à se méler aux thèmes chrétiens, et les "sacre rappresentazioni" abandonnèrent le parvis des églises... La Mauresque s'émancipa alors à travers les"triomphes", des spectacles de rue extrèmement élaborés et hauts en couleur (imitation de l'accueil que la Rome des César réservait à ses généraux vainqueurs) qui, mis à la mode par Laurent de Médicis, devinrent dans toute l' Europe la cérémonie d'usage avec laquelle on accueillait un hôte de marque.

        Venise se fit la spécialiste de ces productions coûteuses où l'on donnait la part belle à cette transfuge qui, en s'affranchissant du culte, était devenue difficilement reconnaissable...sauvages,  paysans,  satyres ou nymphes furent ajoutés à l'ensemble dont les exécutants ne s'appelaient d'ailleurs pas danseurs, mais "morescanti" (On pense que c'est à cette époque que le nom de Mauresque, dérivé en Morris, s'attacha en Angleterre à certaines danses folkloriques: Morris dances, dont plusieurs chorégraphies reprennent encore aujourd'hui, grelots y compris, les scènes de combat au rythme du tambour)

     

        Tous les Arts, musique, peinture, mime, contribuaient à la réussite finale de ces "triomphes" somptueux; de grands artistes comme Léonard de Vinci ou Botticelli en dessinèrent les costumes; et ce qui était une fête publique se transforma très vite en divertissement privé lorsque les puissants réalisèrent qu'ils pourraient y faire étalage de leur magnificence et accroitre ainsi leur prestige personnel.
        Le joyeux désordre de la place publique fut alors réduit à une échelle compatible avec l'intérieur d'un palais et dut s'organiser..  car on venait non seulement de prendre conscience des possibilités d'expression esthétiques du corps mais encore de l'utilité de règles pour les exploiter. Le semi improvisé allait devenir oeuvre d' Art...Un pas important venait d'être franchi dans l'histoire de la danse.

        C'est au XVIème siècle qu'apparaissent , en effet, les premiers "ballerini" professionels qui vont codifier leur savoir faire dans divers écrits. Les positions du corps se précisent, les pas se multiplient, l'évolution se poursuit et la technicité est de plus en plus exigeante. Qu'il soit chorégraphe, interprète ou professeur, le danseur professionel est de plus en plus recherché. 
        Le ballet devient, lui, le roi des divertissements, et Milan en est la capitale où Cesare Negri organise les fêtes les plus grandioses du moment. Celui ci publie en 1602 son célèbre traité  Le Grazie d'Amore dans lequel il recommande déjà aux "écoliers" de s'appuyer sur une table ou une chaise pour tenir le corps "ferme et droit". Et l'on retrouve peu de temps après dans ses  Nuove Inventioni di Balli des standards remarquablement avancés pour l'époque tels que l'en-dehors et la demi pointe qui seront à la base de la danse académique.

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        De son côté, Fabritio Caroso détaille dans son ouvrage  Il Ballarino, 54 règles à l'origine des pas de danse classique: usage du relevé, battements frappés, jeté, pirouette et surtout son "intrecciato" francisé en entrechat.
        Décrites entre autres, également, par Gugliemo Ebreo et Antonio Cornazzano, on constate que toutes ces techniques ont des points communs frappants, peut être parcequ'elles se sont développées de concert, mais certainement beaucoup plus vraisemblablement parcequ'elles obéissent aux mêmes exigences que sont les lois de l'équilibre et du mouvement.

        Les élèves de Cesare Negri enseignaient alors les théories de leur maitre dans toutes les Cours d'Europe où les grands de ce monde se disputaient les maitres à danser italiens dont la réputation avait largement franchi les frontières.
        En France, c'est Thoinot Arbeau (1520-1595), anagramme de Jehan Tabourot chanoine de Langres, qui publia en 1598 un travail que l'on ne saurait passer sous silence car il s'agit du corpus le plus complet des danses de bal pratiquées au XVIème siècle et surtout, le premier du genre indiquant avec précision les pas à exécuter en regard de la partition musicale:
                 L'Orchésographie  "Traité en forme de dialogue par lequel toutes personnes peuvent facilement apprendre et practiquer l'honneste exercice des danses".
        Traduit en allemand, anglais, espagnol, et japonais, l'ouvrage encore réimprimé en 1988 offre un panorama complet des danses de l'époque.

        On y découvre "la basse danse" représentative de la danse terre à terre, lente et majestueuse, dont font partie Pavane, Branle, Gavotte, Cavole ou Gay qui passèrent très vite de mode avec l'arrivée des maitres à danser italiens et l'introduction  de leurs pirouettes, tours sautés et cabrioles.



        Plus enlevées et moins ancrées dans le sol, "les hautes danses", auxquelles appartiennent  Gaillarde, Volte, Chaconne, Sarabande,  Passacaille ou  Passepied devenues très en vogue, exigeaient cette fois une plus grande virtuosité de la part de leurs exécutants en faisant un large appel aux pas sautés.



        Enfin, loin des ors des salons et de leurs danses "nobles" la France des terroirs se divertissait avec les danses "champètres": Rigaudon,  Tambourin,  Musette,  Bouffon, Canarie et surtout le Menuet qui obtiendra un immense succés lorsqu'il passera au siècle suivant du bal campagnard au cérémonial de la Cour. 



        Une Cour qui, lorsque le XVIème siècle se termine s'apprète à célèbrer le mariage de Marguerite de Lorraine, soeur de la reine Louise épouse d'Henri III... Un événement  important non seulement pour la grande histoire mais aussi pour celle de la danse... Car sous l'égide de la reine mère, la florentine Catherine de Médicis  se préparait une soirée exceptionelle donnée le 15 Octobre 1581 au palais du Louvre dans la grande salle du Petit Bourbon, en l'honneur des jeunes époux, et qui grâce aux talents de chorégraphe de Balthasar de Beaujoyeux (Baldassarino Belgiojoso) allait établir Paris comme la capitale du ballet dans le monde.

      
     

    " Ephémère, immortelle, versatile, la danse est le seul art qui, ne laissant aucun déchet sur la terre, hante certaines mémoires de souvenirs merveilleux"  
                         Jean Babilée.    

     

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