• Il était une fois la Danse...

    L'Art et la danse


        L'histoire de la Danse est étroitement liée à celle de l'homme, car au plus profond de la nuit des temps, bien avant même que naisse la parole, celui-ci porte en lui le Rythme:
        Rythme binaire de ses pas qui résonnent dans le silence, rythme tertiaire des battements sourds de son coeur lorsqu'il fuit le danger ou poursuit un gibier.
        Et tout ce qui viendra par la suite n'en sera que des variations... 

        "Au commencement était le Rythme, tout s'est fait en lui, sans lui rien ne s'est fait"  S.Lifar


            
        Il est probable que dans l'enfance des peuples la danse ne fut à l'origine, comme celle des enfants, qu'une obéissance passive à une impulsion extérieure, en l'occurence une sorte de manifestation naturelle intimement liée à l'expression de la peur et de la soumission aux dieux de la nature: 
        Dans ce monde qui les entoure, gouverné par des phénomènes impossibles à maitriser, la danse est un moyen d'attirer l'attention de ces puissances occultes, et l'acte rituel s'adresse à l'entité supérieure afin de conjurer le sort en suscitant sa bienveillance, qu'il s'agisse de pluie, de sécheresse, de cueillette ou de chasse.

        Des peintures rupestres attestent un peu partout au Paléolithique l'existence de ces danses primitives à travers lesquelles, apparement, le contact avec la divinité n'est établi que par un seul des membres de la communauté. L'une des plus anciennes de ces représentations est celle d'un danseur qui tournoie sur lui même, certainement pour atteindre par là l'état de transe afin de communiquer avec les esprits.
        (On remarquera que partout et à toutes les époques l'état de transe est,
    entre autres, atteint par le tournoiement: chamans, lamas, derviches, exorcistes musulmans ou sorciers africains). 



        Au Néolithique des représentations de danses de groupes commencent à apparaitre. Une peinture sur les parois d'une grotte du mont Pellegrino, en Sicile, représente 7 personnages faisant une ronde autour de 2 personnages centraux.
        Au fur et à mesure que la population s'accroit et que l'homme se sédentarise la danse mystique individuelle devient collective et rituel sacré. Dans l'une des premières cités du monde en Anatolie, sur le site de Catal Höyük, une peinture représente 23 danseurs répartis de part et d'autre d'un grand cerf. Les bras et les jambes des participants sont en position angulaire, cassés au coude et au genou, un type de posture que l'on retrouvera à travers les danses rituelles de toutes les grandes cultures jusqu'à la fin de l'Antiquité.
        Il faut noter également à ce stade une autre évolution: alors qu'à l'origine on dansait en plein air, on va maintenant danser à l'intérieur des monuements édifiés en l'honneur des divinités. 

       En Egypte la danse a sa déesse, Hathor, et en Grèce, Terpsichore sa Muse, couronnée de guirlandes et représentée tenant une harpe. Tout en conservant sa fonction sacrée dans les lieux de culte, la danse va maintenant investir la vie de tous les jours, car selon les recits légendaires des Grecs "les dieux ont enseigné la danse aux mortels pour que ceux-ci les honorent et se réjouissent".
        Ce qui était un acte rituel évolue alors vers le divertissement, et à l'occasion des rassemblements et des spectacles l'esthétisme se fait prépondérant. Il n'est plus question de marteler le sol avec des mouvements extatiques des bras et du corps plus ou moins incontrolés, la danse devient un art et trouve une justification nouvelle: celle de la beauté.
    (Et associée au chant et à la parole elle donnera naissance au théatre proprement dit)
        Aux côtés de la poésie, de la médecine et des pratiques magiques, la danse fait d'ailleurs partie de ce que les Grecs considèrent comme les arts majeurs, car selon les auteurs classiques, la danse est divine puisqu'elle apporte la joie ("choros" la danse, viendrait de "chora" la joie)

        Ce peuple qui ne fait pas de coupure entre le corps et l'esprit (car le corps est aussi un moyen d'acquerir équilibre mental, connaissance et sagesse) fait en conséquence, dans le domaine de l'éducation, une très large place à la danse, un exercice "qui donne au corps de justes proportions et chasse les mauvaises humeurs de la tête" ( Pythagore)
        Pour Platon, la danse forme le citoyen et "ceux qui honorent le plus bellement les dieux par la danse sont aussi les meilleurs au combat"

    L'Art et la danse


         Rites religieux, cérémonies civiques, fêtes, éducation des enfants, entrainement militaire, vie quotidienne (danses de naissances, danses nuptiales, danses de banquets etc...), la danse est partout présente dans la civilisation grecque dont l'idéal qui se résume en un môt: eurythmie, tente de créer une harmonie dans l'âme grâce à la perfection du rythme corporel. 

        Dans l'Illiade Homère fait allusion à "une aire de danse comme celle qu'aux temps passés dans Cnossos la grande, l'art de Dédale avait construite pour Ariane aux belles boucles", et dans l'Odyssée"les danseurs les meilleurs d'entre les meilleurs frappaient le sol en mesure. Ulysse regardait de tout ses yeux le jeu brillant des pieds".
        Toujours selon la légende, Thésée dans sa joie d'avoir tué le Minotaure et d'être sorti du labyrinthe grâce au fil donné par Ariane, prit la main de ceux qui l'entouraient et se mit à bondir en mimant les méandres du labyrinthe et forma ainsi la première farandole... 

        Des statuettes de terre cuite attestent précisément l'usage de la ronde, mais ce sont surtout les vases anciens qui témoignent le mieux de cette omniprésence de la danse dans la Grèce antique, et sur lesquels on remarque la technique de la demi-pointe ainsi que la recherche de l'harmonie de la symétrie avec l'usage systématique de l'opposition latérale des membres. 

        Ces figures furent une source d'inspiration inépuisable pour la danseuse américaine Isadora Duncan (1877-1927) qui bouscula l'esthétique de la danse, influencée par l'héllénisme de son frère Raymond. En mettant l'accent sur le naturel et la liberté d'expression, en opposition à la technique classique, celle-ci opéra une véritable révolution à l'origine de la danse contemporaine.



        Quelques 200 noms de danses ont pu être répertoriés dans le vocabulaire du grec ancien. Parmi eux se distingue particulièrement la "pirryque", base de la formation militaire, ou encore la plus vieille, la danse "dyonisaque", dont l'évolution illustre à la perfection celle de la danse en général:
        Danse de folie mystique à ses débuts elle devint cérémonie liturgique, puis manifestation laïque avant de se faire, au théatre, simple divertissement.

        Les Romains adhèrent précisément en masse au culte de Dyonisos, et oublient complètement  peu à peu les origines religieuses des danses, contre lesquelles les hommes d'état se montrèrent d'ailleurs fortement hostiles: les fidèles de Dyonisos seront poursuivis et plusieurs milliers furent exécutés.
        Cependant l'Empire remettra la danse à l'honneur en particulier dans les jeux du cirque, et c'est à cette époque que Rome vit apparaitre la pantomime dansée, malheureusement aussi grossière que les danses de banquets qui tenaient plus souvent de l'indécence que du grand Art...

        Quand à la Gaule le goût de la danse et du spectacle y fut si grand que c'est le théatre gallo-romain de Nantes qui détenait le record de dimensions avec ses 148 mètres de diamètre...
        Et lorsque débute l'ère chrétienne on danse dans les églises pour honorer Dieu...
                "les premiers évêques s'appelaient praesules parcequ'ils commençaient et menaient la danse dans les fêtes solennelles" explique J.Giroud
       ( La danse est d'ailleurs très présente dans la Bible où parmi les nombreux exemples figurent David qui danse devant l'Arche ou les Hébreux dansant après la traversée de la mer Rouge)
        Mais la danse-rituel était cependant en train de vivre ses derniers moments car l'Eglise qui voulait se démarquer des cultes païens se mit à faire preuve d'une hostilité évidente... Un poids qui se fit sentir durant tout le Moyen- Age après que le Pape Grégoire le Grand ait banni à tout jamais la danse des églises:
                "Là où il y a danse, il y a le diable..."
                                                   Jean Chrysostome 

        Le clergé ne s'en tint pas là et s'en prit par la suite à d'autres aspects de la pratique de la danse, danse des femmes, ou danses dans certains lieux, infligeant aux contrevenants diverses peines: amendes d'un sou d'or, aumônes,  pélerinages, et jusqu'à trois ans de jeune dans certains cas...

       Immuable cependant face à l'opprobre et l'anathème qui la coupèrent de ses racines par la force des choses, et n'ayant jamais oublié son essence véritable, toujours fidèle à ses origines, 
                     "La danse est l'une des formes les plus parfaites de la communication avec l'intelligence infinie"
                                                       Paolo Coelho

     

    "Une danse qui n'est pas vraiment l'expression d'une manifestation du sacré est une danse vide et dépourvue de sens"
                                                   Maurice Béjart

     "Je ne saurais croire qu'en un Dieu qui comprendrait la Danse"
                                                                     F.W. Nietzche 


    Ave Maria est interprété par Francesco Mariottini .
    Chorégraphie de Francesco Mariottini. 

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