• L'Art et la danse

                      "Give me your tired, your poor,
                       Your hurddled masses yearning to breathe free
                       The wretched refuse of your teeming shore
                       Send these, the homeless, tempest-tost to me,
                       I lift my lamp beside the golden door!"
                                         Emma Lazarus (1849-1897) The New Colossus 

     

     

    "Donne moi tes pauvres, tes accablés,
     Qui en rangs sérrés aspirent à vivre libres,
     Le rebut de tes rivages surpeuplés,
     Envoie les moi, les déshérités que la tempête m'apporte,
     De ma lumière, j'éclaire la porte d'or!"

        Gravées sur la base de la plus célèbre statue de New York, symbole de l'immigration vers le Nouveau Monde et du rêve américain aux XIXème et XXème siècles, ces lignes ont accueilli des milliers d'arrivants en quête d'eldorado:
         " Une vieille croyance populaire, souvent prise au sérieux par les immigrés les plus naïfs, disait que les rues américaines étaient pavées d'or... A leur arrivée ils ont découvert trois choses: Premièrement que les rues n'étaient pas pavées d'or, deuxièmement que les rues n'étaient pas toutes pavées, et troisièmement que ce serait à eux de les paver".  Terry Coleman

     

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         Si l'un des lieux les plus émouvants de l'histoire des Etats Unis est effectivement Ellis Island où, au nord de Liberty Island dans la baie de l'Hudson, son Musée rappelle le souvenir du flot des immigrés qui y débarquèrent à partir de l'ouverture de ses installations en 1892, c'est par contre à Castle Garden (Fort Clinton), à l'extrême sud de Manhattan, aujourd'hui dans Battery Park, que les premiers d'entre eux avaient posé le pied sur le sol américain quelques soixante ans plus tôt.
        Parmi cette première vague beaucoup de paysans irlandais ou écossais, mais aussi des ouvriers et des mineurs du nord de l'Angleterre qui, au plus bas de l'échelle sociale, après avoir découvert effectivement que les rues de Manhattan n'étaient pas pavées d'or, cohabitèrent dans certains quartiers des grandes villes avec les Noirs affranchis dont ils partageaient les misérables conditions de vie que tous s'efforçaient d'oublier en dansant...


        Les Européens ont amené avec eux bourrées, jigs, reels, qu'ils interprètent, costumes traditionnels à l'appui, en claquant des sabots (en anglais "clog", un mot qui signifie en Gaélique "temps","mesure"), lesquels produisent de la plante du pied des sons simples, doubles ou triples: une danse légère qui s'exécute au rythme entrainant du violon, le corps tenu très droit, les bras le long du corps.

     

     


        Tandis que de l'autre côté, la danse africaine met tout le corps relaché en mouvement dans des rythmes endiablés que les danseurs accentuent à pied plat en improvisant (Des rythmes hérités de leurs ancêtres qui les avaient rendus autrefois sur leurs tambours dont l'usage fut interdit dans tout le sud des Etats-Unis lorsque les propriétaires terriens craignant déjà des révoltes, s'aperçurent que les esclaves communiquaient entre eux sur de longues distances par le biais de cet instrument).

     

     

         Deux styles de danse fondamentalement opposés dont le seul lien apparent est cette prédilection pour le rythme, et que vont respectivement découvrir ces deux groupes culturels différents lorsqu'ils confrontent leurs techniques au cours de véritables compétitions organisées:

        Les Blancs admirant la souplesse de mouvement des Noirs tandis que ceux-ci appréciaient la technique des mouvements de pieds des premiers, chaque camp rivalisant d'habileté dans sa propre expression, mais aussi s'inspirant du camp adverse...
        Ce melting pot créa un fructueux échange et ces danses s'enrichirent mutuellement et se fondirent en un style, le Shuffle Dance, mélange de l'African Shuffle et de pas de danses folkloriques européennes, qui vit le jour dans le quartier populaire de Five Points à New York dans les années 1830, et que l'on s'accorde à reconnaitre comme l'ancêtre des claquettes.

     

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    Le quartier de Five Points en 1827

     

        L'aventure naissante du spectacle, une activité ne jouissant alors d'aucune considération et de ce fait ouverte à tous (Noirs y compris, en cette époque de Ségrégation), amena la création de nombreuses troupes itinérantes qui offrirent à tous ces danseurs l'occasion de présenter leurs prouesses en public, une forme de divertissement qui aux alentours des années 1840 devint de plus en plus populaire: Le Minstrel Show.
       La grande majorité des troupes restant cependant composée de danseurs blancs, le thème traditionnel du spectacle était une caricature du Noir supposé paresseux, joueur et voleur de poules. Les artistes se maquillaient le visage en blanchissant le contour des yeux et des lèvres, et le tout se présentait sous la forme d'un enchainement de numéros chantés et dansés. Dans ce contexte, les danseurs blancs se devaient plus que jamais d'imiter les danseurs noirs qui avaient, eux, du mal à se faire une place, car il n'y avait que de rares troupes noires ou quelques individuels intégrés dans des troupes blanches qui, pour ne pas se faire remarquer, étaient obligés de s'affubler du même maquillage, un procédé qui finit par être très mal accepté par la population noire, cependant s'ils voulaient accéder à la scène ces artistes n'avaient guère d'autre choix.

        Dès 1846 un danseur noir d'exception, William Henry Lane (1825-1852), intégré à une troupe de Minstrels blancs, va entrer dans la légende... Le jeune homme sidère les spectateurs par sa frappe de pied étonnante, véritable virtuose à la rapidité d'exécution prodigieuse...
        Sa danse, il l'a apprise dans sa prime jeunesses auprès d'un irlandais dénommé Uncle Jim Lowe qui lui a enseigné tous les secrets du reel et de la jig irlandaise qu'il mélange d'instinct aux rythmes syncopés afro-américains, et Master Juba (ce sera son nom de scène) créera dans son répertoire maintes combinaisons dont sont issus nombre de pas de claquettes d'aujourd'hui.
        Sa réputation devint telle qu'il partit en Europe pour une grande tournée dont il ne revint malheureusement pas car il mourut d'épuisement à Londres en plein triomphe agé seulement de 27 ans: La misère et la faim trop souvent connues, puis le rythme infernal des spectacles avaient eu raison de ses forces. 

     

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                      Master Juba                          

     

        Lien essentiel entre les Minstrels blancs et les sources noires véritables, William Henry Lane poussa les danseurs blancs à chercher une inspiration plus authentique dans le follkore noir, et du même coup contribua largement à l'évolution de la discipline.
        C'est à cette époque que va précisément apparaitre le premier style de danse américain: le Soft Shoe, qui pour davantage d'élégance et de fluidité s'exécute, comme son nom l'indique, en chaussures de ville et se distingue alors du Clog Dance interprété en sabots. 

     

        Ce spectacle populaire, alors essentiellement destiné dans les années 1850 à un public masculin, se composait la plupart du temps de sketches grossiers et vulgaires quand ce n'était pas obscènes, et la qualité des prestations en tenait éloignés les oreilles délicates...  Un manque à gagner que réalisa en 1860 un directeur de théâtre, Tony Pastor, qui eut l'idée géniale pour accroitre ses recettes de réformer les spectacles pour les rendre accessibles aux familles entières, enfants y compris et fit construire à cet effet des théâtres, certains superbes aux allures de palaces, et lança une nouvelle formule: Le Vaudeville, music-hall américain.

     

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         Le spectacle, une succession libre de numéros de variété, tous genres confondus, avec cependant une prédilection pour les danses sonores, connut aussitôt un immense succès, et c'est dans ces établissements classés selon une hiérarchie d'étoiles qui traduisaient le nombre de séances quotidiennes (entre 2 et 5, le summum de la catégorie étant Le Palace à New York) que va s'écrire désormais le nouveau chapitre de l'histoire des claquettes.

        Car avec plusieurs numéros de danse au programme, la compétition entre les interprètes s'avéra déterminante pour le développement de la technique et de la rapidité, chaque danseur se devant de surpasser ses concurrents, innovant ou copiant allègrement les pas de ses collègues, grand écart, sauts etc.. et de véritables spécialistes firent leur apparition: On dansait sur des piedestals, sur pointes, en sautant à la corde, ou encore sur une fine couche de sable (en anglais "sand", d'où le nom de sand dance)

     

    Sand dance exécutée par Ned Haverly, le fils de l'impresario de la plus importante troupe de Minstrels de la fin du XIXème siècle.

     
        Ces numéros de danse requérant de plus en plus d'agilité avaient conduit à l'abandon des lourds sabots au profit de semelles de bois en deux parties (I/2 pointe et talon), les split clogs, adaptées à des chaussures de cuir, quand aux vêtements et aux musiques traditionnels ils laissèrent, à la même époque, la place aux airs à la mode et aux costumes de ville pailletés.

        Une évolution qui se poursuivit sur scène avec l'apparition d'un nouveau style aux alentours de 1880 : Le Buck Dancing, sorte de compromis entre le Soft Shoe et le Clog Dancing, développé autrefois par les esclaves noirs que les boucaniers (en anglais buccaneers) faisaient danser sur le pont afin de garder le moral; et dont l'élément déterminant le Time Step, qui intervient comme un refrain dans les chorégraphies entre chaque pas spectaculaire, est mondialement connu aujourd'hui.
         Un paysage qui sera encore enrichi, quelques années plus tard, par la seconde vague d'immigration irlandaise  qui amènera avec elle un type de danse très impressionnant par la rapidité et la précision de ses pas ainsi que la hauteur de ses sauts, le Step Dancing, lequel avait autrefois traditionnellement sa place dans les maisons où l'on aménageait, parfois, devant les cheminées un espace recouvert d'un certain types de dalles provenant de la région du Shannon sous lesquelles on enfouissait des poteries pour créer une caisse de résonance.


        Lorsque le jazz fait son apparition, à la fin de la Première Guerre Mondiale, de nouvelles perspectives s'ouvrent alors pour les claquettes car il impose des temps plus lents avec son fameux "swing" particulier qui, à partir de cette époque, va véritablement révéler à l'Europe les talents des danseurs noirs.

        L'un d'entre eux, Bill Bojangles Robinson (1878-1949), qui avait été en son temps le roi des danseurs sur escaliers (et menaçait de mort par télégraphe tous ses concurrents à qui leur directeur demandait de copier son numéro) atteignit une renommée considérable que vint accroitre par la suite son apparition aux cotés de Shirley Temple dans le film Le Petit Colonel.

     

          Le Petit Colonel (1935)   Bill Bojangles Robinson et Shirley Temple

         
         Bill Robinson avait utilisé les split clogs jusqu'à la fin de sa vie à raison de 36 paires par an... Une usure couteuse qui, dans les années 1920, conduisit à remplacer les semelles de bois par des fers, des pièces de métal, appelées en anglais taps, qui donnèrent son nom à la discipline: Tap Dance, et assurèrent alors la véritable naissance des claquettes modernes. 

     

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         La première école de claquettes, qui ouvrit ses portes en 1918 à New York, enseignait les styles devenus désormais classiques, Soft Shoe et Buck Dancing, et comptait parmi ses élèves les stars de la discipline à New York et à Londres, dont faisaient partie Fred Astaire et sa soeur Adèle.
       Afin de trouver les mouvements parfaitement adaptés au "swing" du jazz, les danseurs blancs avaient alors besoin plus que jamais de s'appuyer sur les talents des chorégraphes noirs, et les vedettes prirent l'habitude de se faire créer des numéros en cours particuliers, avec notamment Bud Bradley qui s'acquit une véritable célébrité dans ce domaine: Le déhanchement commençait à être de rigueur, mais tout en étant cependant toujours regardé d'un oeil louche, et Adèle Astaire interviewée à la sortie de l'un de ses cours confia un jour aux journalistes "I just love those dirty steps!" (J'adore ces pas "cochon"!).

        Plus un spectacle, une revue, ou un cabaret ne pouvait dorénavant se passer des claquettes qui devinrent incontournables et les nouveaux styles se succédaient au fur et à mesure que les musiques arrivaient sur le marché: A la fin de la décade la grande nouveauté fut le Rythm Tap, qui avait été lui-même précédé en 1925 par le Tap Charleston, époque  à laquelle  l'on s'accorde à fixer l'arrivée des claquettes en France, plus précisément dans le quartier de Montparnasse où se produisaient musiciens de jazz et danseurs ainsi que de nombreux spectacles exotiques comme ceux de Joséphine Baker (1906-1975) qui commença sa carrière comme danseuse de claquettes dans une de ces Revues Nègres qui enthousiasmèrent Paris.

        De leur côté, les comédies musicales intégraient aux claquettes, avec beaucoup de succès, des éléments de danse classique avec deux célèbres interprètes, la fameuse Eleanor Powell (1912-1982), suivie par Ann Miller (1923-2004), et pendant plus d'une vingtaine d'années, les spectacles de toutes sortes, et les nombreux films témoigneront de l'engouement du public pour cette discipline.

     

    Swing Time (1936)  avec Fred Astaire et Ginger Rogers


        Car après Broadway c'est Hollywood qui s'est emparé de la danse à la mode, et produira les films mondialement connus de Fred Astaire (1899-1987), Gene Kelly (1912-1996) et Ginger Rogers (1911-1995)

     

    Singing in the rain (1952) avec Gene Kelly et Debbie Reynolds


        Les derniers, qui datent des années 1950 (Chantons sous la pluieUn Américain à Paris), verront cependant, malgré leur immense succès, arriver le déclin des claquettes. 
        Les prouesses des danseurs avaient elles fini par laisser un goût de déjà vu et imprimé une certaine lassitude auprès du grand public?

        Bien que cela soit tout à fait possible, c'est surtout l'arrivée du Rock'n Roll qui confirma cette évolution, car les claquettes qui ne purent s'adapter à ce nouveau rythme passèrent cette fois complètement de mode.

        S'en suivit une traversée du désert jusqu'en 1970 où la vogue des festivals de jazz fit renaitre un regain d'intérêt pour la discipline.
        Et remises aux goûts du jour, les claquettes vivent aujourd'hui une renaissance, issue d'une part de l'intérêt renouvelé du grand public pour les danses folkloriques avec le succés mondial des claquettes irlandaises portées par des troupes comme Riverdance, et de l'autre par leur adaptation aux styles nouveaux et aux rythmes contemporains à travers l'inventivité d'artistes comme les Tap Dogs, qui en jeans et chaussures de chantier ouvrent incontestablement la voie des claquettes du IIIème millénaire et perpétuent avec bonheur cette aventure unique qui, née dans la misère, fit son chemin jusqu'à Broadway...

     

    Riverdance (1995) Final    Jean Butler et Michael Flatley

     

        En 1989, un vote du Congrès proclama le 25 Mai, anniversaire de la naissance du fameux Bill Bojangles Robinson, Journée Nationale des Claquettes (National Tap Dance Day). Célébré en fait par les enthousiastes du monde entier, l'évènement est marqué à Broadway par une interdiction de la circulation automobile, et la célèbre avenue devient une immense piste de danse où chacun peut venir faire des claquettes.

     

           Tournée 2009 des Tap Dogs en Afrique du Sud

     


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       Bourrée en Armorique...


     

        "Il y a une danse qu'on nomme la bourrée, elle est gaie et on croit qu'elle nous vient d'Auvergne"   (Diderot - L'Encyclopédie)

     

        Si l'on a tendance à "croire" en effet que la bourrée est originaire du Centre de la France, rien en fait n'est moins sûr... L'Encyclopédia Universalis ne craint pas d'affirmer à l'article "bourrée":

         "danse française d'origine inconnue (l'étymologie est incertaine)",

         et lorsque Henri Pourrat célèbre une bourrée authentiquement auvergnate, Louis de Nussac lui réplique:

         "qu'il n'est pas permis de laisser croire que la bourrée est propre à l'Auvergne ni que cette province en a le monopole ou qu'elle en est même le berceau".

        Cette danse rustique qui se pratiquait, en fait, dans tous les cantons du royaume, y compris en Navarre, en Bretagne et au Pays Basque, est l'une des plus anciennes qui soit connue et ses racines n'ont, en effet, jamais pu être déterminées précisément.
         Bravant l'affirmation péremptoire de l'archiviste Pierre-François Fournier qui assure que:
        "Toute thèse qui prétend attribuer à cette danse une origine très ancienne n'est dans l'état présent de la documentation fondée sur rien", on ne peut s'empêcher de remarquer cependant que les ethnologues voient son origine dans les "danses pyrrhiques" des guerriers grecs (lesquelles reprises par les romains sous le nom de "Burriques" et adoptées par les Celtes, seraient devenues "Bourrées"), et que les auteurs grecs et latins signalent à maintes reprises la bourrée dansée par les Celtes.

     
        Plusieurs sources attribuent encore la bourrée aux Bulgares, les "Boulgres" qui l'auraient introduite en France...
        Tandis que certains voient dans le mot la corruption de l'acclamation "Bou Rei you!" (Bon roi il y a!) que lançait le peuple du Moyen Age tout en dansant joyeusement afin de saluer l'avènement d'un nouveau roi...
        D'autres enfin, apparemment les plus nombreux, choisissent l'option des petits fagots de bois (ou bourrées) qui alimentaient le feu autour duquel se pratiquait la danse: Un terme, il faut le remarquer, qui n'appartient à aucun patois régional et dont l'Encyclopédie donne cette définition:
        "bourrée est un petit fagot qui n'est fait que de ramassis de bois et de broussaille".

       Quelle que soit l'origine du mot, de toute évidence très aléatoire, celle prétendument auvergnate de la danse semble due au simple fait que c'est lors de séjours dans cette région que la fille de Catherine de Médicis, Marguerite de Valois, la découvrit et l'introduisit ensuite à la Cour de France en 1565 pour y remplacer les basses-danses où les exécutants se contentaient de marcher solennellement...
        Un siècle plus tard Madame de Sévigné va ancrer une nouvelle fois l'idée de l'Auvergne dans les esprits, lorsqu'elle voit à Vichy la bourrée dansée par les gens du pays de façon certainement moins compassée qu'à la Cour, et écrit que "ce sont les danses les plus jolies du monde, il y a beaucoup de mouvement et l'on se dégogne extrêmement".

     

         La Bourrée de Rochefort -  Lou Belladaires


        Car, depuis son entrée dans les salons, la bourrée a maintenant développé en ce XVIIème siècle une forme savante (où il serait certainement malséant de se "dégogner"...) et que l'on retrouve dans les bals de l'aristocratie et au théâtre. Dans son ouvrage Syntagma Musicum, paru en 1615, Michaël Praetorius lui accordera à ce titre une place notable : On la verra effectivement apparaitre plusieurs fois au cours du siècle dans des recueils musicaux, et de Lully à Rameau de nombreux opéras ou ballets contiendront des bourrées tel L'Europe Galante (1697) de Campra et Destouches.

        Mais sa grande vogue viendra surtout de son intégration dans les contredanses du XVIIIème siècle où à partir de cette époque, associée à la gavotte, au menuet ou au passepied, elle va devenir le "véritable ciment intercellulaire de toute danse" (Yves Guilcher - La Danse Traditionelle en France).

     

    La Bourrée d'Achille de Pécour


        Et grâce à Jean-Sébastien Bach ou Haendel notamment, elle prendra une place tout aussi importante dans la suite instrumentale baroque, et fera partie des "galanteries", des danses d'allure populaire qui, dans les suites de danse, s'intercalaient entre la sarabande et la gigue.

     

    Bourrée Anglaise de la sonate BWV 1013 en la mineur de J.S. Bach, interprétée par Myriam Chiapparin.

     

        Codifié au siècle suivant, le pas de bourrée  acquiert cette fois ses lettres de noblesse en devenant l'un des principaux pas du ballet classique qui l'intègre à son répertoire propre où il figure toujours aujourd'hui sous diverses formes, simple, double, dessus, dessous, bateau etc... c'est l'un des pas de liaison les plus utilisés ainsi que l'un des premiers enseigné aux élèves.

     

     

          Et dans un esprit d'inspiration folklorique les compositeurs du XIXème siècle auront cette fois recours à la bourrée pour évoquer une ambiance populaire festive: Saint Saëns, Roussel, Schmitt, ou Chabrier avec sa Bourrée Fantasque. Ce denier, natif d'Ambert (Puy-de-Dôme), affirmait: "Je rythme ma musique avec mes sabots d'Auvergnat!".

     

        Lorsqu'il est question d'Auvergne et de bourrée il faut impérativement citer le compositeur trop méconnu George Onslow (1784-1853) qui l'utilisa in extenso dans ses propres compositions:

        "Ses quatuors sont pleins de chants et de bourrées d'Auvergne" (Alfred Dauger  Le Pays. 7 Octobre 1850)

        Très largement et unanimement reconnu de son vivant George Onslow écrivit des opéras, des symphonies, des quatuors et des quintettes dont certains comptent parmi les chefs d'oeuvre de la musique de chambre du XIXème siècle, et tout en poursuivant une brillante carrière internationale, il resta fidèle à son Auvergne natale où il repose au cimetière des Carmes de Clermont-Ferrand avec sur sa tombe ces mots d'Hector Berlioz: "Depuis la mort de Beethoven il tient le sceptre de la musique instrumentale".


    L'Art et la danse

      George Onslow


        Le succès de la bourrée dans les milieux populaires ne se démentit pas non plus avec le temps, et George Sand (1804-1876) qui aimait elle même la danser en parle en ces termes: "notre danse classique, souple, bien rythmée et très gracieuse dans sa simplicité". Son roman Le Meunier d'Angibault (1845) contient d'ailleurs de larges descriptions de Berrichons dansant la bourrée: "Aucun peuple ne danse avec plus de gravité et de passion en même temps" écrit-elle.

     

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     Cabrette en ivoire

     

        A la fin du siècle, la bourrée va cette fois quitter la France profonde et suit les immigrés de l'Aubrac et de l'Auvergne dans la capitale. Autour de la Bastille, dans les arrières salles des cafés-charbons de la rue de Lappe, les Cabrettes bougnates accompagnent alors des bals improvisés, et lorsqu'arrive la vague d'émigrés italiens avec leurs accordéons une véritable rivalité va s'installer entre ce nouvel instrument et les Cabrettes, cette sorte de cornemuse française appelée aussi Musette: D'ou le nom de bal musette donné par les parisiens à ce bal populaire accompagné par un accordéon, car après avoir subsisté un temps la Musette, s'inclinant devant l'accordéon, disparut aux alentours de 1900, mais laissa son nom à la postérité...
        Très certainement encore un détail supplémentaire qui vint s'ajouter au mythe de la bourrée auvergnate, tout comme le fit la légende des cardinaux réjouis dansant la bourrée dans la salle du Consistoire...

       L'histoire raconte que lorsque François Ier, accompagné de sa soeur Marguerite de Navarre, partit à la rencontre de Catherine de Médicis qui devait s'unir à son fils Henri II, il fit étape à Clermont-Ferrand et fut accueilli avec les festivités que l'on imagine. Parmi les diverses réjouissances on dansa la bourrée ainsi que des "goignades", sortes de version plus ou moins grivoise de l'original, lesquelles scandalisèrent tellement les hauts membres du clergé qui étaient présents qu'ils portèrent l'affaire devant le Sacré Collège afin de faire interdire la bourrée...
        Le procés eut donc lieu, mais l'un des juges ayant fait remarquer que l'on ne peut condamner un accusé sans entendre sa défense, on demanda à quelques jeunes auvergnats qui faisaient partie de la suite du cardinal Duprat de venir interpréter quelques pas de bourrée... et c'est alors que le miracle s'accomplit... et que les membres du Sacré Collège absolument conquis se mirent à danser à leur tour... et que la bourrée fut acquittée...

        Les vénérables personnages avaient retrouvé sans le savoir les racines de la danse qui, à l'origine, n'était pratiquée que par les hommes, ce qui pourrait confirmer son origine guerrière à la fois de joute et de jeu. Et lorsque les femmes les eurent rejoint, ce jeu est bien évidemment devenu celui de la séduction, en sabots, en chaussures ou en espadrilles...
        Car, à 2 ou 3 temps, avec son anacrouse caractéristique des danses dynamiques, on retrouve aujourd'hui le pas de bourrée dans le kalamatianos grec moderne, en Bulgarie, en Espagne, en Bretagne, au Pays Basque etc...
        De quoi faire taire largement les querelles de clochers berrichonnes, morvandelles, auvergnates ou autres...

        Car, en définitive... Où que l'on soit....

                      " C'est peut-être pas la vraie de vraie....
                        Oui... Mais c'est elle qui plait!.
                                         ( Michel Sardou   La Java de Broadway)

     


     


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                                Ballet National de Pologne "Mazowsze"

     
      

    "Pourquoi m'avez vous dit que vous ne dansiez pas la mazouk? Je vous l'ai vue danser l'autre hiver"

                                    (Musset - Il ne faut jurer de rien)

     

        Contrairement à une idée reçue la mazurka n'est pas originaire de la province de Mazurie, prussienne de 1640 à 1945, mais de Mazovie, une région de plaines autour de Varsovie peuplée par les "mazurs", où elle avait pour noms Kujawiack, Oberek ou Mazur selon qu'elle était lente et mélancolique, vive et sémillante ou plus nuancée. 
       Lorsque dans les années 1830 un grand nombre de polonais furent chassés de leur territoire à la suite du partage de leur pays entre la Prusse, l'Autriche et la Russie, c'est cette danse à trois temps, qui se distingue de la valse par son deuxième temps fort, qu'ils amenèrent avec eux en émigrant vers l'Europe occidentale. Et, portée par Fréderic Chopin dont les préférences allaient à la Mazur, la mazurka (génitif de "mazur") aussi appelée mazouk eut alors tôt fait d'acquérir, grâce aux interprétations et aux nombreuses compositions du célèbre réfugié, la notoriété qui la fit bientôt s'imposer dans les salons.

     

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     "Chopin de bonne humeur s'était assis de lui même au piano (car par respect pour son talent on ne le priait jamais de jouer pour la danse) et il lacha la bride à sa gaité. Alors jaillirent sous ses doigts à profusion un grand nombre de mazurkas improvisées, mais trois d'entre elles seulement purent être mises par écrit le lendemain"
                                         (Oskar Kolberg)

        Plus que dans les polonaises, c'est dans les mazurkas que Chopin exprimait la nostalgie de sa Mazovie natale, et c'est avec une fierté teintée de cette même nostalgie que les exilés polonais apprirent aux français cette danse très particulière dont la musique se caractérise par un phrasé découpé en multiples de quatre mesures (chaque groupe de quatre correspondant à une figure de base pour le danseur) et des accents marqués par un claquement de talon, un battu à la cheville et un tour sur place appelé "holubiec" du nom des talons cerclés de cuivre qui produisaient ce bruit caractéristique (la mazurka fut d'ailleurs un temps appelée à ses débuts "holubiec").
        Les figures, elles, sont innombrables (on en a dénombré une cinquantaine) et leur complexité ajoute encore aux difficultés auxquelles se trouve confronté l'interprète qui après avoir appris le pas de base se doit ensuite de le rendre à sa façon... Car pour la verve créatrice des polonais, rien n'est déterminé,  ni l'ordre des figures, ni l'enchainement des pas... il n'y a pas de loi là où règne l'imagination... et Henri Cellarius écrivit dans son ouvrage La danse des salons paru en 1847:

        "La mazurka n'est pas suffisament connue en France pour que nous l'exécutions comme les polonais, c'est à dire sans répétitions... en un mot il n'est pas rare qu'une mazurka annoncée pompeusement se termine en débandade générale à cause d'un maladroit..."
        et il poursuit: "la valse ou toute autre danse se compose en partie d'un certain mécanisme avec lequel les danseurs même les plus rebelles finissent par se familiariser à la longue et qu'un maitre peut à la rigueur transmettre dans un temps donné. Il n'en est pas de même de la mazurka, danse toute d'indépendance et vraiment d'inspiration qui n'a pour règle que le goût et la fantaisie particulière de chacun, l'exécutant étant pour ainsi dire maitre de lui même. Je ne crains pas d'assurer qu'une partie de la mazurka s'enseigne seulement, le reste s'invente, s'improvise dans l'entrainement de l'exécution. Le vrai danseur de mazurka non seulement varie les pas, mais le plus souvent les invente, en créant de nouveaux qui lui sont propres et que les autres auraient tort de copier servilement".

     

                    Bal 2006 de l'Université de Stanford  (Palo Alto  Californie)

     

        Dans le roman de Lampedusa, Le Guépard, la mazurka est présentée comme une danse vive, pour les hommes jeunes et les militaires, par opposition à la valse plus fluide qui peut être dansée à tous les ages.
        Toujours précédée et/ou suvie d'une danse à pas marchés, la chodzony, ancêtre de la polonaise, elle devint même à l'occasion une sorte de "cotillon" (danse terminant un bal avec serpentins, confettis etc...) et s'acquit par là une réputation de danse galante car c'est la femme qui dans le "cotillon" choisissait son patenaire.

        D'abord dansée dans les salons où elle connut finalement une grande vogue la mazurka se répandit ensuite dans les campagnes où précisément à cause de sa complexité elle prit des formes très diverses, chaque région adoptant sa propre chorégraphie. De sorte que contrairement à ce que croient souvent certains groupes folkloriques la mazurka, pas plus que la polka ou l'écossaise (pays crédité bien à tort de l'origine de cette danse) ne sont représentatives d'aucune tradition régionale et ne sont éventuellement populaires que par l'appartenance sociale de ceux qui la pratiquent.

     

                                           Mazurka Provençale


        Après avoir fait escale en France, la mazurka poursuivit son voyage en traversant l'Atlantique pour arriver aux Antilles, en Guadeloupe et en Martinique, où sa diffusion s'étendit alors à toute la colonie. Très vite elle conquit les amateurs de bals, mais la variété des pas ne pouvant pas être comprise sans les explications d'un maitre à danser seuls y avaient recours les "békés" (propriétaires terriens descendants des premiers colons), et c'est vraisemblablement l'absence de leçons auxquelles ne pouvait prétendre la population autochtone qui explique les importants changements introduits dans la mazurka créole qui se différencie également de la mazurka européenne sur le plan rythmique comme une musique originale née des rythmes africains et des musiques européennes (Le mot "zouk", genre musical de musique tropicale jouée en Martinique et en Guadeloupe viendrait de "mazouk").

     

                         "La Mazouk bel mizik" ("La Mazurka belle musique")


         Devenue également très populaire en Russie après le partage de la Pologne, la mazurka y occupa, outre les salons, une place non négligeable dans la littérature.
        Elle est mentionnée dans Anna Karénine de Tolstoï, ainsi que dans un épisode de Guerre et Paix, et prend une grande importance dans le roman de Tourgueniev, Pères et Fils, où Arkady réserve la mazurka pour madame Odinstov dont il est en train de tomber amoureux. On la retrouve encore également, entre autres, dans l'oeuvre d'Anton Tchekov Le Mari:
        "Pendant la mazurka la figure de l'employé de la régie se crispa de colère. Anna Pavlovna dansait avec un officier brun aux yeux à fleur de tête et à pommettes tartares".

        Il semblerait effectivement que la mazurka ait un grand pouvoir sur les âmes slaves... car c'est précisément après qu'elle ait brillament interprété une mazurka que le prince Gedrozian but du champagne dans le chausson de Marie Taglioni, instaurant la coutume répandue dans le monde de la fête de boire ce breuvage pétillant dans une chaussure de femme.

     

    L'Art et la danse

        Mikhaïl Glinka, Alexander Scriabine, Borodine (Petite suite pour piano) et en France les compositeurs impressionistes tels Ravel ou Debussy écriront des mazurkas. Léo Delibes sera lui le premier à l'introduire dans le ballet avec sa partition de Coppélia où elle apparait plusieurs fois.
       A sa suite Tchaïkovski en inclura une dans Le Lac des Cygnes ainsi que dans La Belle au Bois Dormant.

     

              Le Lac des Cygnes  Acte III   Mazurka   Corps de Ballet du théatre Marinski
     

    Minkus écrira à son tour la Mazurka des Enfants pour Paquita et l'on en retrouve encore un autre exemple dans la partition d'Edouard Lalo pour le ballet de Serge Lifar Suite en Blanc.

     

                Suite en Blanc - Mazurka      Interprété par Emmanuel Thibault

     

        A coté des 58 mazurkas composées par Chopin de 1820 à 1849, il en est une certainement encore plus chère dans le coeur de tous les polonais: La Mazurka de Dabrowski, Mazurek Dabrowskiego, élevée en 1926 au rang d'hymne officiel après avoir été initialement composée en 1797 par Josef Rufin Wybicki en l'honneur des légions polonaises qui quittaient l'Italie. 
       "les soldats prennent de plus en plus goût à ton chant et nous le fredonnons souvent avec tout le respect du à son auteur" lui écrivit alors son ami le général Jan Henryk Dabrowski à la tête de la légion.

     

    L'Art et la danse

                        Le Général Dabrowski menant les troupes polonaises


        Tous les polonais s'empressèrentent  bientôt d'apprendre ce chant qui connut un véritable engouement politique et les unit dans un espoir de liberté:
        "La Pologne n'a pas encore péri tant que nous vivrons" peut on lire dans le texte.
     Et il faut noter au passage que c'est le seul chant européen où est cité le nom de Bonaparte:
        "Bonaparte nous a donné l'exemple, nous devons vaincre".

     

            Mazurek Dabrowskiego (La Mazurka de Dabrowski - Hymne Polonais)

     

        La mazurka qui forma un trinôme avec ses deux contemporaines la polka et la valse a parfois croisé leur chemin: c'est ainsi que l'on a parlé d'une polka-mazurka, et après avoir investi les bals populaires citadins et les guinguettes elle alla même jusqu'à s'encanailler et donner naissance à la java, qui dans un premier temps s'est appelée java-mazurka, à cent lieues du monde des salons...
        Mais on la retrouve cependant encore toujours vivante de nos jours dans les bals populaires en Sicile où, transposée souvent à la mandoline, elle conserve cet aspect de classicisme qui la rattache encore à l'univers aristocratique de ses débuts et révèle la survivance d'un passé qui est encore loin de s'éteindre...

     

     

     

        Mazurka Op.33 N°4 de Frédéric Chopin   Interprétée par Vladimir Horowitz

     


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                             La Polka (1844)  Carlotta Grisi et Jules Perrot


        Il y a plus de deux siècles naissait en Bohême, le 11 Juin 1805, Anna Chadimova, une modeste servante qui lança une danse connue aujourd'hui dans le monde entier: la Polka. Une histoire aux allures de légende contée au gré de la fantaisie des divers narrateurs et que La Musique Populaire du 14 Février 1884 relate ainsi:

        "Vers 1830 à Elbeteinir, en Bohême, une jeune paysanne qui s'était placée comme bonne chez un bourgeois et qui s'ennuyait toute seule dans la cuisine, se mit pour se distraire, à imaginer un pas de danse rustique qu'elle adapta à un air de chanson de son village. Ses maitres survinrent pendant qu'elle sautait ainsi, et loin de la gronder, lui firent répéter sa danse le soir même au salon où se trouvait le musicien Joseph Néruda qui nota l'air et le pas. La nouvelle danse fut, quelques temps après, dansée dans un bal bourgeois de la ville. En 1835 elle fut connue à Prague où à cause du demi-pas qui s'y trouve on l'appela "pulka" ce qui en tchèque signifie "demi", "moitié". Quatre ans après une bande de musiciens de Prague alla propager la nouvelle danse à Vienne où elle obtint un très grand succés".

        Une  autre version (tchèque et peut-être plus authentique) précise, elle, avec davantage de détails que c'est un beau jour de 1834 qu'une jeune villageoise improvisa sur une chanson populaire de l'époque ce pas sautillant très personnel. La chanson qui avait pour titre "Oncle Nimra a acheté un cheval blanc" fut à l'origine du tout premier nom que reçut la nouvelle danse: "Nimra" (D'autres récits baptisent la danse "Madera" qui signifie "Rapide" en tchèque), quand au pas : trois pas rapides suivis d'un petit saut, ce serait "un professeur de danse qui passait par là..." qui l'aurait noté et présenté à ses collègues à son retour à Prague.

        Quoi qu'il en soit, c'est en 1835 que cette nouvelle danse arrive dans la capitale tchèque où il y est effectivement au départ question de "pulka" en référence à ce "demi-pas" caractéristique. Toutefois le nom de "polka" qu'elle recevra par la suite n'est en rien dérivé de "pulka" car, si la similitude phonétique entre les deux mots est indéniable, ils n'ont du point de vue étymologique absolument aucun rapport: "polka" est un adjectif qui signifie "polonaise" et  Anne Cerna, responsable du département de linguistique à l'Institut de la langue tchèque explique ainsi l'apparition du substantif "polka": 

        "Ce mot est apparu dans la première moitié du XIXème siècle: C'est ainsi que fut appelée une danse en signe de solidarité pour le peuple polonais qui résistait alors à la répression exercée par les troupes tsaristes. Mais je dois avouer que je ne sais pas du tout si les polonais savent que "la polka" est une appelation tchèque inventée en leur honneur..." 

        Devenue symbole, au XIXème siècle, du Réveil et du Renouveau national, la polka garde encore aujourd'hui en République Tchèque son statut de danse nationale, quand à la Pologne elle considère comme sienne cette polka tchèque extrèmement populaire (Il faut noter que "polka" signifie aussi "polonaise" en polonais... et que la danse à pas marchés appelée "polonaise" ne doit pas être confondue avec une polka...)

     

                     Polka (Skoda lasky) dans les rues de Prague (Avril 2009)

     

        Dansée tout d'abord par les gens du peuple, gens de service et gens de ferme, la polka se répandit par la suite au sein des classes sociales les plus élevée et son origine paysanne avec la frappe du pied sur le sol ou la tape des mains sur la cuisse qui n'étaient que modérément appréciées des gens "de bonne condition", lui valut d'être quelque peu adaptée pour la rendre plus élégante et en faire oublier les origines populaires (Selon C. Sachs, le pas de polka n'était d'ailleurs pas une nouveauté, mais une combinaison du pas de fleuret, de bourrée, et de l'ancienne "écossaise", d'où le qualificatif de "Schottish" utilisé en Allemagne dans les années 1830). Une véritable chorégraphie se construisit:
         "Ecrite à 2/4 dans un tempo assez rapide sur un rythme caractéristique, la Polka se danse par deux, les couples effectuant au pas de polka un mouvement circulaire" peut-on lire dans La Science de la Musique (M. Honneger, ed. Bordas), et des 10 figures d'origine 5 seulement conquirent les salons.

     

    Bohemian National Polka, chorégraphiée sur la Feuerfest Polka de Josef Strauss par Richard Powers, d'après les recherches de l'historien de la danse tchèque Frantisek Bonus, ouvre ici le Bal Annuel de l'Université de Stanford (Pao Alto Californie).

     

        Après Prague en 1835, et Vienne en 1839, c'est en 1840 qu'un professeur de danse de Prague du nom de Raab fit découvrir pour la première fois la polka aux français lors d'une démonstration à Paris au théâtre de l'Odéon. La jeunesse séduite par ce rythme gai et entrainant se pressa dans les Académies de danse afin de s'initier, mais les jeunes filles moins émancipées n'y étaient pas en nombre suffisant, et afin de faire face à la pénurie de cavalières les écoles durent demander la contribution des danseuses de l'Opéra de Paris. Ce qui fit redoubler encore l'affluence dans les cours, certains jeunes gens se découvrant soudain une passion jusque là insoupçonnée pour l'apprentissage de la danse... Les parents qui ne voyaient pas d'un bon oeil leurs fils fréquenter ces femmes "de mauvaise vie" et de "petite vertu" eurent alors une certaine réticence à intoduire la polka dans leurs salons! Mais les partisans impénitents l'adaptèrent alors à toutes les danses en vogue (polka-mazurka) et l'assistance impressionnée par la vélocité de la polka lui fit bientôt un triomphe. (Cependant les jeunes filles "de bonne famille", à qui la valse était encore interdite, n'étaient autorisées à danser la polka qu'avec des membres de leur famille ou des amis proches...).  

    L'Art et la danse

        Comme le précise Destrats, professeur de danse érudit, dans son Dictionnaire de la danse, en 1895:
        "Il faut avoir passé l'hiver à Paris cette année là (1840) pour se faire une idée exacte de la révolution qui explosa comme une insurrection dans tous les salons, pour saisir à quel point jeunes et vieux, mères et filles, magistrats et avocats, médecins et étudiants, s'abandonnaient aux plus passionnés des ébats polkaïques".
        Et il ajoute:
        "Marques de vêtements d'hommes et de femmes, mets et entremets servis dans les plus somptueux diners, tout ou presque fut rebaptisé du nom de "polka". En sortant de l'école, les gamins dansaient la polka dans les rues en chantant l'air de Bohême original".

        La polka détrone pour un temps la valse de son statut souverain, et l'on pourra bientôt se procurer un Almanach des Polkeurs... La "polkamania", véritable phénomène de mode, fut telle qu'on vendit effectivement dans les magasins sous l'étiquette de "polka" de nombreux articles qui n'avaient rien à voir avec la danse: éventails, tabatières, tissu, etc... Les anglais ont d'ailleurs conservé l'appelation de "polka dots" (littéralement "pois polka") pour nommer un tissus à gros pois tandis que nos boulangers fabriquent encore le "pain polka" (un pain fariné légèrement applati dont la croute est striée de losanges ou de petits carrés).

        Dès 1844 la polka s'est imposée et a non seulement envahi toute l'Europe, mais aussi les Etats Unis et le Canada, les plus féconds compositeurs en restant sans conteste les membres de la famille Strauss. Johann Strauss fils compte en effet à lui seul pas moins de 160 titre recensés à son répertoire, pami lesquels l'incontournable Tritsch-Tratsch Polka mondialement connue qui fit un triomphe dès ses débuts (Ce titre pour le moins original est en fait le nom d'un magazine satirique dont les éditeurs étaient des amis de Strauss).

     

     Tritsch-Tratsch Polka  interprété par le Choeur d'Enfants de l'Opéra de Vienne  (Concert du Nouvel An)

     

        Tandis que les compositeurs tchèques Bedrich Smetana ou Anton Dvorak recherchent une authenticité plus nationale, Jacques Offenbach intègre la polka dans ses opéras- bouffe et Bizet, Rossini (Petite Polka Chinoise) ou encore Stravinski (Circus Polka) s'inspirent du célèbre rythme à deux temps.
        Mais la plus connue des polkas est peut-être celle composée entre 1927 et 1929 par le tchèque Jaromir Vejvoda: la Polka de Modrany (un faubourg de Prague) conçue à l'origine sans paroles, qui évolua ensuite en une chanson à succés Skoda lasky (L'Amour perdu) et devint avec un nouveau texte la fameuse Beer Barrel Polka, l'hymne officieux de toutes les armées ayant combattu lors de la deuxième guerre mondiale.

     

     

         Le premier chorégraphe à porter la polka à la scène fut Jules Perrot qui présenta en 1844 à Londres au Her Majesty Theatre son ballet  La Polka qu'il interpréta avec Carlotta Grisi comme partenaire.

        Plus contemporaine est le version de John Neumeier, New Pizzicato Polka composée en 2006 pour l'Opéra de Vienne.

     

    New Pizzicato Polka  par le Hamburg Ballet. Chorégraphie John Neumeier, interprété par Silvia Azzoni, Alexandre Riabko et Thiago Bordin.

     

        Devenue "la danse à succés" à la fois dans les salons mondains, les bals publics et dans les villages, la polka connut son apogée entre 1865 et 1910 et fut peu à peu détronée par les nouveaux rythmes venus d'Outre-Atlantique qui envahirent le vieux continent. Mais si elle est cataloguée aujourd'hui dans nos esprits comme "musique classique" il faut se souvenir qu'elle fut au XIXème siècle ce que le rock sera au XXème!..

     

        Harlekin Polka (Josef Strauss)  par les Elèves de l'Ecole de Danse de l'Opéra de Vienne


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    L'Art et la danse

                              La Valse (1891)    Anders Zorn (1860-I920)


        "... Je n'étais plus un homme... Tenir dans mes bras la plus aimable créature et tourbillonner avec elle comme l'orage, à tout perdre autour de soi... J'ai fait le serment qu'une jeune fille que j'aimerais, sur laquelle j'aurais des prétentions, ne valserait jamais avec un autre que moi... jamais..."
                                   Goethe  Les Souffrances du Jeune Werther (1774)

     

         C'est ce passage du roman de Goethe au succés phénoménal, et dont sont extraites ces quelques lignes, qui assura la promotion définitive de la valse, laquelle ne fut pas toujours aussi populaire que l'on croit... Quand à son origine souvent contestée celle-ci n'a cessé d'alimenter les débats des historiens de la danse...

         Il faut savoir avant tout que jusqu'au XVIème siècle, dans ce Moyen Age où les prélats encore traumatisés par les Bacchanales infligeaient aux impudents qui se seraient avisés de danser sur une dépendance de l'église une peine pouvant aller jusqu'à trois ans de jeune ou de pèlerinage, danser en couple pouvait dans la foulée être passible du bûcher... Et les évolutions de l'époque auraient épargné bien des tourments et une triste fin à ce jeune Werther qui se serait alors contenté de tenir sa cavalière du boût de ses doigts gantés pour exécuter pompeusement une promenade agrémentée de glissades lentes entrecoupées de révérences... En résumé, pas de quoi enflammer les sens...

        C'est pourquoi "la volte", dont l'innovation sur le plan chorégraphique consistait dans l'enlacement final des deux danseurs qui tournoyaient ensemble, se transmit tout d'abord clandestinement en Italie, en France et en Angleterre...

     

            Extrait du film  Elizabeth (1998) avec Cate Blanchett et Joseph Fiennes
     

        Est ce là l'origine de la valse? Rien n'est moins clair... Une chose est certaine, elle n'est pas apparue soudainement et ne peut avoir une seule origine.

        De l'avis général et selon les milieux autorisés, la valse proviendrait des "ländlers", ces danses populaires en Allemagne et en Autriche dont le rythme à trois temps est issu des "Tanzlieder" des XVIème et XVIIème siècle.
        A la Cour de Vienne le "minnesänger" Neirthart von Renerthal composa des chansons dont le rythme annonçait clairement celui de la valse: Un fifre et un tambourin donnaient la cadence, accompagnant les danseurs qui assuraient eux-même le chant tout en virevoltant (certainement pas encore à perdre haleine... car danser en chantant n'est pas une entreprise de longue durée...)
        Montaigne décrit une danse qu'il vit à Augsburg en 1580 où "les danseurs se tenaient si prés l'un de l'autre que leurs visages se touchaient", et Kunz Haas parlera lui, à la même époque, de ces danses "païennes", Weller et Spinner, où les vigoureux paysans marquaient la mesure en tournoyant.

        Dansés à l'origines en plein air ou à l'auberge par les paysans de Bavière, du Tyrol ou de Styrie, les "ländlers" étaient des rondes exécutées en couples enlacés sur un rythme à trois temps, ce qui les distinguait des danses où les participants se faisaient face.

     

     

        Bien que la Renaissance ait balayé les terribles ukases ecclesiastiques celles-ci ne furent pas cependant sans laisser de traces... et le fait de danser en "couple fermé", c'est à dire l'homme face à la femme et non pas à ses côtés comme dans les danses "bienséantes", a été longtemps considéré comme inconvenant et n'était pas admis dans les milieux qui "donnaient le ton"...
        C'est pourquoi, tandis que les classes supérieures de la société continuaient à s'ennuyer en dansant le menuet, nombre de nobles messieurs s'échappaient vers les bals de leurs domestiques... (avec toutes les complications consécutives que l'on imagine...)

        Le terme de "Waltzer", qui désigne en fait la figure finale des "ländlers", se répand au XVIIIème siècle lorsque l'évolution des moeurs et des idées appelle un nouveau type de société, et que le couple dansant devient une représentation acceptable dans certains milieux éclairés.
        Don Curzio décrit ainsi la vie à Vienne en 1776 :
    "Les gens dansaient comme des fous. Les dames de Vienne sont particulièrement renommées pour leur grâce et leur façon de danser la valse dont elles ne se fatiguent jamais".

     

    La 54 ème édition du Bal de l'Opéra de Vienne, la soirée la plus glamour de la vie mondaine cloturant la traditionnelle saison des bals, a rendu hommage cette année à Chopin dont on fêtait le 200ème anniversaire de la naisance et rassemblé plus de 6000 invités. Parmi les traditionnels 144 débutants qui ont ouvert le bal en lançant le rituel "Alles Waltzer!" (Tous pour la Valse) figurait cette année l'arrière petit fils de Richard Strauss.
     

     

           Après avoir conquis la capitale autrichienne, la valse se répandit dans de nombreux pays d'Europe, sans s'être encore débarassée cependant de sa réputation sulfureuse... Car si le clergé autrichien était libéral et voyait dans la valse l'expression sociale d'une joie collective et une façon pour les jeunes gens des deux sexes de faire connaissance, en France par exemple, les curés puritains voyaient dans la valse "une pratique lascive", et il fallut attendre la Révolution qui, en coupant court à ces préjugés a supprimé l'interdit. 

         Ce n'est qu'en 1800 que l'on valsera pour la première fois au bal de l'Opéra à Paris, et en 1825, bien que la mode de la valse se soit imposée en Angleterre pendant la période de la Régence, on peut lire encore dans le Dictionnaire d'Oxford à la rubrique "valse" qu'il s'agit d'une danse "indécente et contraire à l'ordre public"...

        Il faut dire que lorsqu'émergea la danse en couple dans les bals populaires ceux-ci étaient d'immenses chahuts où les participants se bousculaient et se heurtaient parfois violemment... Il y avait souvent des bléssés et des rixes, et le bal se transformait en certaines occasions en véritables batailles rangées comme le décrivent les archives des tribunaux... (chaque siècle a eu ses rave-parties...)

        On aura compris que dans de telles conditions l'opinion publique n'était pas encore prête à autoriser la valse aux jeunes filles...
        "Aux temps où la valse régnait dans les salons, elle était l'apanage des femmes mariées autorisées de leurs maris. Les jeunes filles qui imitaient les femmes mariées étaient montrées du doigt et redoutées comme le feu par les jeunes gens à marier. En effet, la valse en rapprochant les deux sexes émeut vivement les sens... inspire les désirs... les irrite... et porte tellement vers la volupté qu'elle est souvent dangereuse pour l'innocence". (Brieux Saint-Laurent)
        Madame Celbart déclara "qu'elle pouvait faire perdre la raison aux jeunes filles", et le chevalier de Ségur dira d'une jeune demoiselle "Elle a son pucelage moins la valse..."

        En investissant les salons et les parquets cirés la valse, dansée jadis en sautillant à la manière paysanne, s'est maintenant transformée en une danse raffinée où les couples, aidés par leurs chaussures à semelles de cuir, tournent en glissant, et à partir du XIXème siècle le rôle de Vienne va se révéler considérable dans son développement lorsque la ville ouvre de grandes salles recouvertes de parquet dont certaines, dit-on, pouvaient contenir jusqu'à 3000 personnes.

        A côté de celui de la capitale autrichienne un autre nom reste indissociable de l'histoire de la valse: celui de Johann Strauss qui y vit le jour le 14 Mars 1804 et dont curieusement l'oeuvre la plus célèbre n'est pas une valse mais la Marche de Radetzsky jouée imperturbablement chaque année par l'Orchestre Philarmonique de Vienne  pour clôturer le traditonnel Concert du Nouvel An...

     

     Concert du Nouvel An 2010   L'Orchestre Philarmonique de Vienne est dirigé par Georges Prêtre.

     

         C'est pourtant à Johann Strauss père que revient le mérite d'avoir fait connaitre et apprécier la valse viennoise à travers l'Europe où il voyageait à la tête de son orchestre, un projet ambitieux qui lui permit de jouer sa musique à l'occasion du couronnement de la reine Victoria en 1838.
        Mais c'est à Paris qu'il vient chercher la consécration officielle où Berlioz, critique musical au "Journal de Débats" dira de lui: "Vienne sans Strauss, c'est comme l'Autriche sans le Danube".
     

    L'Art et la danse

                                    Johann Strauss père ( 1804-1849 )

        Cependant c'est son fils Johann Strauss II qui va accéder au titre de "roi de la valse" (un titre accompagné d'un véritable sceptre en argent ciselé qui passait de musicien en musicien et que Johann Strauss II reçut fréquemment).

     

    L'Art et la danse

                                      Johann Strauss fils ( 1825-1899 )
     
        Ce dernier fut incontestablement le membre le plus célèbre de la famille en accédant à une qualité d'écriture qui rapprocha la valse de la musique classique et transforma une danse rurale en un divertissement brillant, surpassant en cela ses prédécésseurs.
        Ses valses, Sang Viennois, le Beau Danube Bleu... feront le tour du monde et Richard Wagner vit en lui "le cerveau le plus musical qui fut jamais".
        Lorsqu'un jour son épouse Adèle demanda à Brahms de lui autographier son éventail (une pratique très à la mode à l'époque, où le compositeur à qui l'on faisait une telle requète inscrivait quelques mesures de l'une de ses oeuvres les plus connues qu'il faisait suivre de sa signature) l'ami personnel du couple écrivit quelques mesures du Beau Danube Bleu et ajouta:           " Malheureusement pas signé par Johannes Brahms"..

     

    L'Art et la danse

                                  Johann Strauss et Johannes Brahms

         Bientôt les trois frères Strauss, Johann, Joseph et Edouard se consacrent au même genre musical et en 1889 Johann Stauss II compose la célèbre Valse de l'Empereur, un dernier sommet avant le déclin de cette prodigieuse dynastie de musiciens dont le dernier, Edouard, meurt en 1916 durant la Première Guerre Mondiale après avoir fait brûler dans le four d'une usine de la banlieue de Vienne la plupart des partitions originales. Les trois frères ont en effet fait un pacte: le dernier vivant détruira toutes leurs oeuvres afin qu'aucun autre compositeur ne puisse s'en attribuer la paternité.

     

    L'Art et la danse

                      Monument à Johann Strauss II dans le Stadtpark de Vienne


         Née dans l'empire germanique, la valse a conquis l'Europe entière et inspiré les compositeurs de musique dite classique. Chez Mozart ou Haydn les premières valses sont encore de forme incertaine, mais peu à peu l'auditeur peu averti va identifier facilement le rythme caractéristique de cette danse: un accent sur la basse du premier temps, suivi de deux accords.

     

    L'Art et la danse

                 Extrait de l'opérette de Johann Strauss II  La Chauve Souris


         Franz Schubert est le premier à fixer ce modèle dans des oeuvres pour piano et écrit de nombreux recueils de valses pour arrondir ses fins de mois et divertir ses amis. Chopin, Litz, Debussy Ravel, Sibelius, Chostakovich, la liste est très longue de tous ceux que la célèbre musique à trois temps a inspirés, tel encore Verdi dont on retrouve la Valse Brillante dans l'adaptation que Luchino Visconti fit en 1963 du roman de Giuseppe Tomasidi di Lampedusa, Le Guépard.

     

     Le Guépard  (1963)  Interprété par Claudia Cardinale, Alain Delon et Burt Lancaster
     

       La valse apparait encore dans les opéras: Le Chevalier à la Rose de Richard Strauss, (totalement étranger à la famille viennoise), Eugène Onéguine  de Tchaïkovski ou encore Faust de Gounod pour ne citer que les plus largement connus.

     

        Faust  Acte I   Interprété par l'Orchetre et les choeurs de l'Opéra de Vienne 
     

        Et, le contraire eut été étonnant, la valse brille dans tous les grands ballets de l'époque, les plus célèbres demeurant , hormis peut-être la valse de Coppélia, les oeuvres composées par Tchaïkovski pour les chorégraphies de Petipa, de la valse de la Belle au Bois Dormant à la Valse des Fleurs de Casse Noisette.

     

               La Valse des Fleurs est interprétée par le Corps de ballet du Kirov 
     

         Le Spectre de la Rose de Nijinski sera composé sur L'invitation à la Valse de Weber (considérée comme la première valse de concert) et George Balanchine crée en 1960 son ballet La Valse sur deux partitions de Ravel: Les valses nobles et sentimentales (1911) et La Valse (1920). Quelques exemples parmi de nombreux autres car la liste est loin d'être exhaustive, la danse qui enflamma jadis Vienne n'ayant céssé d'inspirer les chorégraphes et d'enchanter le public.
         Exécutée brillamment sur scène par une étoile, ou moins élégamment par le père de la mariée, la valse entraine chaque fois les danseurs dans un tourbillon magique (à condition de ne porter ni chaussons de pointe non brisés ou escarpins trop sérrés...) et le secret de sa mystérieuse attraction est, dit-on, du au fait que l'être humain y retrouve inconsciemment ce rythme à trois temps familier qu'il porte en lui et qui l'accompagne jusqu'au dernier instant de sa vie quand cesse de battre son coeur...

     

     


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