• George Balanchine (1904-1983) - Mr B.

     

    L'Art et la danse

     

        Sans nul doute le plus grand chorégraphe de notre temps, auteur de la fusion réussie de concepts modernes avec les idées du ballet classique, Georgi Melitonovitch Balanchivadze naquit dans le village de Banodzha (Georgie) le 22 Janvier 1904.

        Son père est l'un des fondateurs de l'opéra géorgien, son frère Andria deviendra un compositeur connu, sa mère et sa soeur Tamara sont passionées de ballet mais lui même ne se sent aucune attirance particulière pour la danse... Et c'est tout à fait par hasard qu'il suit Tamara qui, ayant atteint l'age requis, va auditionner pour entrer à l'école de danse du Marinsky à St. Petersbourg. Il a alors 9 ans, et l'amie qui les accompagne lui suggére, tant qu'à faire, de se présenter aussi... Ironie du sort... en effet Georgi n'aura pas fait le voyage pour rien, car à l'issue de l'examen c'est lui seul qui sera retenu...

        "Je ne suis pas un intellectuel, un cerveau... Je suis un sot. Je suis né comme ça. En revanche je sais voir, entendre et bouger vite. Quand j'étais petit je pouvais attraper les souris à la main. La plupart des chorégraphes d'aujourd'hui sont des intellectuels. Ils s'inspirent de Freud, de Jung, de Kierkegaard. Moi je suis moi-même".
         "Je ne peux pas voir quelquechose qui n'existe pas. Je ne crée rien ou n'invente rien. J'assemble. Dieu a déjà tout fait". 

      
     Ainsi se définira de nombreuses années plus tard l'élève de Pavel Gerdt formé à la technique de Petipa.
      
     Son premier ballet est un pas de deux, La Nuit (sur une musique d'Anton Rubinstein), qu'il compose à 16 ans alors qu'il n'est encore qu'élève au Marinsky. Ses camarades sont enthousiasmés par cette danseuse en chaussons de pointes très sobrement vétue d'une simple tunique... Mais les professeurs, par contre, pour qui pointes ne pouvait rimer qu'avec tutu font un accueil beaucoup moins chaleureux à ce dépouillement moderne...

        En 1921, l'élève Balanchivadze passe avec honneurs le dernier examen et se trouve immédiatement admis dans le corps de ballet. Cependant la chorégraphie l'attire toujours davantage et en 1923 il forme avec quelques camarades une petite compagnie, le Jeune Ballet, pour laquelle il composera plusieures oeuvres, mais que la direction du Marinsky l'obligera à dissoudre en le menaçant de renvoi, taxant son travail de "trop expérimental et subversif" (Il ne faut pas oublier qu'en 1917 la révolution était passée par là et que l'école du Marinsky considérée comme un symbole du tsarisme fut un temps fermée).

        Toutefois le destin qui avait engagé Georgi sur cette voie n'allait pas lui laisser barrer aussi facilement la route: Au cours de l'été 1924 il eut, ainsi que trois autres de ses camarades, la permission de quitter la toute nouvelle Union Soviétique pour une tournée en Europe de l'Ouest... d'où ils ne revinrent jamais... Faisaient partie de cette équipée Alexandra Danilova, sa femme, ainsi que Tamara Geva et Nicolas Efimov, autant de noms qui s'inscrivirent par la suite au firmament du ballet occidental.
        Invité à auditionner pour les Ballets Russes à la suite d'une représentation à Londres, le groupe rejoint la compagnie à Paris où, dès 1925, Georgi Balanchivadze à qui Diaghilev demande alors de transformer son nom en George Balanchine, fait office de maitre de ballet avec toute latitude de développer sa propre chorégraphie.
        Une très sérieuse blessure au genou l'ayant obligé à abandonner définitivement sa carrière d'interprète il va se consacrer uniquement dès lors à son travail de création. Ce sera l'époque de L'Enfant et les Sortilèges (1925), d'après l'oeuvre de Ravel ou Apollon Musagète (1928) sur une musique d'Igor Stravinsky avec qui il va créer plus d'une trentaine de ballets pendant les 50 années au cours desquelles ces deux géants vont collaborer avec un total succés. Car du Chant du Rossignol (1925) à Elégie (1982) en passant par l'Oiseau de Feu (1949) pour ne citer que ces trois oeuvres, George Balanchine se fera le plus génial illustrateur du musicien.

    L'Art et la danse


        "Les chorégraphes ne sont pas des créateurs. Nous sommes des chercheurs. A chaque musique correspond une danse. Nous nous efforçons de la trouver". Ce que réussissait à coup sûr Balanchine, à en lire ces paroles de Stravinsky:
        "Balanchine composait la chorégraphie tandis qu'il écoutait mes enregistrements et je l'observais concevoir des gestes, des mouvements, des combinaisons, des compositions... Le résultat était un dialogue parfaitement complémentaire".



        
    Grace à sa culture musicale profonde (outre l'influence du milieu familial il a suivi un enseignement très poussé au Conservatoire de Musique où il s'était inscrit alors qu'il était encore élève au Marinsky), George Balanchine est devenu le maitre du ballet abstrait inspiré par la seule musique, c'est à dire sans intrigue, sans décor, et sans costume. Avec cet unique désir de son créateur de:
                                    
                                      " voir la musique et entendre la danse..."

      
     En témoigneront  tout au long de sa carrière le Concerto Barocco (Bach-1941), Sérénade (Thaïkovski-1935), le Palais de Cristal (Symphonie en ut de Bizet,créé en 1947 pour l'Opéra de Paris) ou encore Les Quatre tempéraments (Hindemith-1946).



        
    A la mort de Diaghilev, en 1929, les Ballets Russes se séparent et la route de Balanchine le mène alors de Londres à Copenhague, puis il revient un temps aux Ballets Russes qui s'installent à Monte Carlo, et décide finalement de fonder sa propre compagnie Les Ballets 1933. Et c'est à l'issue de l'une de leurs représentations qu'il est contacté par le mécène américain Lincoln Kirstein qui rêvant de créer une compagnie de ballet lui offre de matérialiser ce projet...
        George Balanchine a 29 ans et accepte alors de s'installer aux Etats Unis où, si l'on omet les fréquents séjours en Europe au cours desquels il fera de nombreuses créations, il restera jusqu'à sa mort. 

        Il a cependant émis une exigence...

                                    "But first a school..."

        D'abord une école... et la School of American Ballet  (SAB), fondée en 1934 fut le premier produit de la collaboration des deux hommes, une académie capable de rivaliser avec les écoles européennes à la réputation établie depuis longtemps, et un vivier nécessaire pour Balanchine qui va modeler le nouveau style de danse et de danseuse que l'on qualifie de "Balanchien". 

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    S'il convient davantage d'employer ici le mot "danseuse" et non le terme plus général de "danseur" c'est que pour lui:

    "le ballet c'est la femme, la femme est la reine de la danse l'homme n'est que le serviteur"

    et bien qu'il ait cependant chorégraphié de très beaux rôles masculin, c'est pour les femmes, qu'il adorait, que Balanchine a essentiellement créé:

    "la danse est faite pour les femmes. Les hommes devraient rester à la maison et faire la cuisine" commentait-il.
      
     
         Il joua d'ailleurs le Pygmalion toute sa vie et tomba amoureux de la plupart de ses découvertes, d'Alicia Markova à Darci Kistler (qui fut à 17 ans la plus jeune étoile du New York City Ballet) en passant par Maria Tallchief, Tamara Geva ou Suzanne Farrel pour qui il créa Diamonds dans le ballet Jewels (1967-Ballet inspiré par les vitrines du joailler Van Cleef et Arpels devant lesquelles Balanchine passait chaque matin).
        Certaines de ses égéries devinrent ses épouses, d'autres non, mais toutes inspirèrent ses créations et comme le fit remarquer l'une d'elles, Alexandra Danilova, avec une certaine dose d'humour : "Il épousait ses matériaux..."  



         Ses danseuses, Balanchine les choisit toutes selon des critères morphologiques bien précis, avec de très longues jambes et un buste court, et surtout ajoutait-il:
                 "Je ne veux pas des gens qui veulent danser, mais des gens qui ont besoin de danser".

         Très exigeante du point de vue corporel sa technique s'adresse essentiellement à des danseurs professionnels où déjà formés, avec un en-dehors poussé à l'extrème et une rapidité des pas de pointes ou de petite batterie souvent à la limite de l'impossibilité physique.
        Car priorité est donnée à la brillance des pas ainsi qu'à l'énergie et au mouvement. Et à cette rapidité et ce dynamisme il ajoute deux principes très importants: la pureté de lignes et la musicalité. En effet pour Balanchine au service de cette danse où

                "la seule raison du mouvement est la musique"

       (et qui ne dépend ni d'une narration ni d'une idée à démontrer), le travail du chorégraphe est essentiellement axé sur les lignes du corps et la beauté formelle tendant vers l'épurement

                "L'aspect visuel est l'élément essentiel. Le chorégraphe et le danseur doivent se souvenir qu'ils atteignent le public à travers l'oeil".
                "Il n' y a aucune signification cachée dans mes ballets. Je n'ai pas besoin de danseurs sentimentaux" concluait-il.



        De tradition classique cette technique se démarque cependant de l'esthétique du ballet du XIX ème siècle avec des positions toujours à la limite du déséquilibre dans le mouvement, et valorise chaque partie du corps, intégrant peu à peu les formes angulaires et les articulations brisées qui permettront d'aborder l'esthétique néo-classique:
                "Le Seigneur nous a donné des coudes, des poignets, et des doigts, pourquoi ne les utilise-t-on pas?" demandait ce fils spirituel de Petipa qui se réfère au pas d'école, mais pour les outrepasser.



        Après avoir créé et dissout plusieurs compagnies, toujours assisté financièrement par Lincoln Kirsten, il fonde le 11 Octobre 1948 le New York City Ballet où il restera maitre de ballet et principal chorégraphe jusqu'à sa mort en 1983, et dont l'une des raisons essentielles du succés est en majeure partie due au travail exigeant qu'il impose à ses danseuses.
        La compagnie prit une importance considérable après 1964 lorsqu'elle s'installa au Lincoln Art Center aménagé spécialement pour le ballet d'après les directives de Balanchine, et le New York City Ballet est devenu aujourd'hui l'une des plus grandes compagnies internationales et certainement la plus moderne.

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         Entre 1920 et 1982 George Balanchine créa quelques 425 ballets parmi lesquels il ne faut pas oublier ses ballets narratifs, car il y en eut quand même quelques uns...  Le Fils Prodigue (1929), La Somnambule (1946), La Chatte  (1927), ou ses reconstitutions de grands classiques  La Belle au Bois Dormant (1981) Le Lac des Cygnes (1951) Casse Noisette (1954) ou Coppélia (1974)
        Mais l'oeuvre la plus originale de celui qui travailla également avec succés pour Broadway et Hollywood restera certainement son Circus Polka, un ballet commandé en 1942 pour le cirque Barnum and Bailey "pour 50 éléphants et 50 jolies filles"... et dont Stravinsky lui même écrivit la musique... Le dessin animé de Walt Disney, Fantasia, paru en 1940 avait-il inspiré cette oeuvre peu commune? On l'ignore... Mais 425 représentations en furent données au Madison Square Garden avec dans les rôles principaux Vera Zorina, alors épouse de Balanchine, et l'éléphant  Modoc...

     

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         En 1978 George Balanchine commence à ressentir les premiers symptômes d'une maladie dont on ne fit le diagnostique qu'après sa mort. Il lui arrive en effet, au cours des répétitions, de perdre de plus en plus fréquemment l'équilibre, car il est atteint de la maladie de Creutzfeldt-Jakob qui va faire peu à peu de lui un invalide au cours des cinq années à venir. Et après avoir perdu la vue et l'ouie, devenu grabataire en 1982, celui que le monde entier considère comme le plus grand chorégraphe de notre temps, figure majeure du monde artistique du XXème siècle qui révolutionna le look du ballet classique, décèdera finalement à New York le 30 Avril 1983 à l'age de 79 ans.

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    "Le ballet est avant tout une affaire de tempo et d'espace: l'espace délimité par la scène, le temps fourni par la musique".
                                                     George Balanchine

     


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