• Fernando Botero (1932- ) - L'Anti Giacometti...

    Fernando Botero (1932- ) - L'Anti Giacometti...

    Ballerine à la barre (2001) 

     

     

        "Je veux être capable de tout peindre, mais avec l'espoir que tout ce que je fais soit imprégné de l'âme latino-américaine".
                                                                       Fernando Botero 

     

        Ses sculptures monumentales ont envahi les plus prestigieuses avenues du monde, ses tableaux battent des records de vente et "unique" est l'adjectif que choisit lui même Fernando Botero pour définir à la fois son oeuvre et son parcours, une succession de hasards ou plutôt, comme le peintre aime le souligner, le signe d'un "destin tracé".

        Luis Fernando Botero Angulo naquit le 19 Avril 1932 à Medellin, une petite ville de Colombie située dans la Cordillère des Andes à l'époque isolée, parsemée d'églises et de couvents aux allures baroques. Des formes, des couleurs, et une perception du monde qui vont plus tard habiter Botero et nourrir son style.
        Rien pourtant ne le préparait à devenir peintre... Lorsque son père, commerçant ambulant qui parcourait à cheval les montagnes, décède prématurément d'une crise cardiaque Fernando n'a que quatre ans et sera élevé ainsi que ses deux frères par sa mère, couturière, avec l'aide d'un oncle qui l'inscrit à douze ans dans une école de tauromachie afin qu'il devienne toréador. Mais le jeune garçon ne parvint jamais à maitriser sa peur de l'animal et dut renoncer à cet apprentissage restant toutefois fasciné par la tauromachie qu'il représentera largement plus tard sur ses toiles (Passionné par le dessin dès son jeune âge il a déjà réalisé avec talent ses premiers croquis de corrida qu'il va vendre pour cinq pesos à l'entrée des arènes alors qu'il n'a que treize ans...).

     

    Fernando Botero (1932- ) - L'Anti Giacometti...

    Medellin

     

        Titulaire d'une bourse, Fernando poursuit ses études secondaires au collège jésuite Bolivar où les cours d'histoire de l'Art lui font découvrir la peinture européenne, tandis qu'il contribue déjà à l'époque avec ses oeuvres au supplément dominical du plus important journal de la ville El Colombiano. Plusieurs nus qu'il y fait paraitre en 1949 lui valent d'ailleurs un blâme du directeur de son collège et il sera finalement renvoyé de l'établissemnt pour avoir écrit dans ce même journal un article sur le non conformisme dans l'Art. 

        Ses travaux commençant à lui valoir peu à peu une notoriété certaine, après avoir exposé à Medellin il se rend en 1951 à Bogota où il fréquente Pablo Neruda (1904-1973) et Federico Garcia Lorca (1898-1936). Une première exposition dans la capitale lui fournit bientôt l'occasion de vendre plusieurs toiles, et ce succès l'ayant encouragé à renouveller l'expérience, il remporte cette fois l'année suivante grâce à son tableau Frente al Mar (Sur la Côte) le 2ème prix du Salon des Artistes Colombiens.

        Fernando Botero qui est un autodidacte va alors utiliser l'argent qu'il vient de gagner pour entreprendre un long voyage en Europe: Il désire voir les oeuvres des grands maitres et apprendre une technique, la technique qu'il sait indispensable à qui souhaite faire de la peinture.
        Il se rend tout d'abord à Barcelone, et de là gagne Madrid où, inscrit à l'Académie Royale des Beaux Arts de San Fernando, il s'y démarque déjà des autres étudiants qui cherchent à l'époque leur voie dans l'abstraction: Ce nouveau vocabulaire pictural ne lui convient pas car il a pour lui quelque chose d'incomplet et il préfèrera étudier au Prado les oeuvres des maitres espagnols Velasquez (1599-1660) et Goya (1746-1828). L'art d'avant garde ne le satisfait pas davantage à Paris, sa destination suivante, et déçu une fois de plus par les oeuvres contemporaines il y délaissera le Musée d'Art Moderne au profit du Louvre auquel il consacre la majeure partie de son temps donnant entre autre sa version de la Mona Lisa de Léonard de Vinci (1452-1519)

     

    Fernando Botero (1932- ) - L'anti Giacometti...

    Mona Lisa  

       

        La denière étape de son séjour en Europe l'amène finalement en Italie, Florence tout d'abord où en 1954 il est admis à l'Académie San Marco: A l'époque où le tachisme connait ses premiers succès il commence à travailler comme les artistes de la Renaisance, apprend les techniques de la fresque et suit le soir des cours de peinture à l'huile... Paolo Uccello (1397-1475), Piero della Francesca (1415-1492) Giotto (1267-1337) et cette école florentine, la première à avoir su réinventer les volumes, auront sur son oeuvre une influence déterminante, et il dira lui-même plus tard:
        "Mes personnages sont un cocktail de l'art populaire latino-américain et des peintres italiens de la Renaissance".

        Fernando Botero regagne Bogota en Mars 1955, et y expose alors une vingtaine de peintures ramenées d'Italie, mais la seule référence maintenant admise dans le monde de l'art est l'Ecole de Paris et ses oeuvres figuratives sont vivement condamnées par la critique. La manifestation est un échec cuisant et afin de gagner sa vie le peintre se fait alors un temps vendeur de pneus dans un garage et occupe ensuite un emploi de graphiste dans un journal, puis après avoir épousé Gloria Zea en Décembre de cette même année il part avec sa compagne s'installer à Mexico.
        C'est là que se produira le déclic lorsqu'il peint Nature morte avec la mandoline :
        "J'avais toujours essayé de rendre le monumental dans mon oeuvre. Un jour après avoir énormément travaillé j'ai pris un crayon au hasard et j'ai dessiné une mandoline aux formes très amples comme je le faisais toujours. Mais au moment de dessiner le trou au milieu de l'instrument je l'ai fait beaucoup plus petit et soudain la mandoline a pris des proportions d'une monumentalité extraordinaire".


    Fernando Botero (1932- ) - L'anti Giacometti...

    Nature morte avec la Mandoline


        Le peintre a comparé lui même ce moment avec le fait de "franchir une porte et entrer dans une autre pièce"... A travers un genre encore jamais exploité jusqu'alors le "style Botero" était né...
        Habité constamment par l'idée du volume, l'artiste répond, lorsqu'on s'aventure à lui demander pourquoi ses personnages sont "gros":
        "GROS mes personnages?... Non, ils ont du volume, c'est magique, c'est sensuel. Et c'est ça qui me passionne: retrouver le volume que la peinture contemporaine a complètement oublié". (Ce goût immodéré pour tout ce qui est volumineux Botero ne l'afficha pas pour autant dans son existence car les femmes de sa vie ont toutes été extrêmement minces:
        "Le monde de l'art est parallèle au mond réel, on ne peut pas les comparer" expliquera-t-il, et dans cette optique l'artiste ne repecte pas les proportions de ses sujets qu'il adapte à sa toile et non à la réalité.)

         De retour à Bogota en 1957, le peintre y remporte cette fois le 2ème prix du Salon des Artistes Colombiens pour sa peinture intitulée Contrepoint et sera nommé l'année suivante professeur de peinture à l'Académie des Arts.  Sa renommée ne cesse maintenant de s'accroitre et lorsque sa toile La chambre Nuptiale est rejettée par le jury du Salon l'année suivante la vague de protestation que le verdict a soulevé dans les milieux artistiques est telle que  la décision sera reconsidérée et l'oeuvre obtiendra finalement le premier prix...

        Fernando Botero quitte alors la Colombie pour la troisième fois en 1960 et part vivre à New-York où la peinture abstraite est à cette époque en plein essor. Peu nombreux sont les critiques ou les collectionneurs attirés par le figuratif et pendant un certain temps son oeuvre n'y sera reconnue tout au plus que comme anecdotique. Mais l'artiste qui croit en son art ne se laissera pas abattre... Et la reconnaissance viendra en la personne de Dorothy Miller (1904-2003), directrice du MOMA (Museum of Modern Art) qui intéressée par son style à contre-courant, lui achète sa Mona Lisa: trois ans plus tard le tableau figurera aux côtés de l'original lors d'une exposition au Metropolitan Musem de New-York et deviendra mondialement célèbre...
        Botero expose pour la première fois en Europe en 1966, en Allemagne , suivront ensuite Paris, Londres, Baden-Baden et plusieurs autres capitales où à compter de ce moment le peintre devient une figure marquante de l'art contemporain: les galeries l'accueillent enfin et les musées lui ouvriront leurs portes avec un intérêt sans cesse accru pour cette Colombie baroque dont l'artiste a fait son sujet préféré.

     

    Fernando Botero (1932- ) - L'Anti Giacometti...

    Le Patio

         

        Le peintre se surnommera lui même en effet par manière de boutade "le plus colombien des artistes colombiens" et la passion qu'il ne cesse d'éprouver pour son pays natal, ses petites villes, sa classe moyenne, est omniprésente dans son oeuvre qu'il s'agisse de natures morte, de nus féminins, de scènes de tauromachie ou encore de la vie quotidienne: Une atmosphère qu'il évoque à travers des couleurs vives et franches et des formes aux contours nets encore une fois essentiellement inspirées de la tradition populaire et de l'art précolombien, même si chaque parcelle de ses tableaux est colorée comme le faisaient le Quatrocento et Le Titien.

     

    Fernando Botero (1932- ) - L'Anti Giacometti...

    Le Square

       

        Avec une sorte d'impartialité détachée que certains ont qualifiée d'imperturbabilité romantique, Botero peuple ce monde exotique de personnages dépourvus de sentiments ou d'états d'âme mais auxquels les formes éléphantines confèrent une douceur et une présence qui accentue leurs traits de caractère. Sur ces créatures aux visages impassibles dotées d'une grâce et d'une légèreté qui défie les lois de la pesanteur et dont les déformations des corps ou des visages créent au final une véritable harmonie,  l'artiste pose avec humour un regard teinté de tendresse, donnant au grossissement des sujets sa dimension satirique, comme si les personnages étaient gonflés de leur propre importance.

     

    Fernando Botero (1932- ) - L'Anti Giacometti...

    Les Jardinières


        Cependant même dans sa critique du régime colombien (militarisme et religion) il ne va jamais au de là d'une douce ironie et on ne retrouve aucun sentiment de violence ou de haine dans ses tableaux (Exception à cette règle, la série des tableaux illustrant la violence en Colombie, mais aussi et surtout le cycle des oeuvres réalisées en 2004 sur les tortures commises dans la prison américaine d'Abou Grahib en Irak).

     

    Fernando Botero (1932- ) - L'Anti Giacometti...

    La Mère Supérieure

     

         Prolongement obligé de son univers pictural le peintre se tourne naturellement vers la sculpture et c'est à Paris où il s'installe en 1973 qu'il va donner à ses créations leurs pleines dimensions, rendre palpables ces formes voluptueuses qui offrent ce que l'artiste appelle "une alternative poétique à la réalité"


    Fernando Botero (1932- ) - L'anti Giacometti...


        "La sculpture doit donner l'envie de toucher, car à ce moment là on reproduit le geste du sculpteur... tout ça s'est fait en caressant cette forme... tout ça c'est sensuel".

         L'artiste va alors consacrer de nombreuses années à la maitrise de la troisième dimension et si les expositions qui lui sont consacrées attirent les foules et que ses toiles sont parmi les mieux cotées au monde, c'est très certainement l'installation de ses sculptures monumentales dans les grandes villes du monde qui ont marqué durablement les esprits et fait entrer l'oeuvre de Botero dans la culture populaire en l'imposant auprès du grand public.

     

    Fernando Botero (1932- ) - L'anti Giacometti...

    Le Cheval   exposé Porte de Brandebourg à Berlin

     

          Alors que le monde entier reconnait en lui l'un des grands maitres de l'Art de la seconde moitié du XXème siècle, un drame vient marquer à tout jamais la vie et l'oeuvre de Fernando Botero: son fils Pedro agé de quatre ans est tué en Espagne en 1974 dans un accident de la route et le souvenir de cet enfant qu'il a déjà représenté à toutes les étapes de sa courte vie réapparaitra désormais de manière récurente au hasard de sa peinture. (L'artiste fera don au Museo de Antioquia de seize de ces toiles pour lesquelles sera ouverte la salle Pedrito Botero).

     

    Fernando Botero (1932- ) - L'anti Giacometti...

    Pedro et le cheval

     

        Eternel globe trottter, Fernando Botero s'établit en 1980 à Pietrasanta près de Lucques en Toscane, une région connue pour l'abondance de marbre blanc où s'approvisionnait Michel Ange (1475-1564), ainsi que pour la qualité de ses fonderies, et il s'y installe afin de pouvoir travailler sur ses sculptures.
        Marié avec Sophia Vari (peintre et sculpteur grecque), ce boulimique de travail vit aujourd'hui en continuel  déplacement entre ses ateliers aux quatre coins du monde (Pietrasanta, New-York, Paris, Bogota) afin de donner forme aux créations de sa pensés, car même s'il lui est arrivé de s'inspirer de certaines toiles de quelques peintres célèbres, il confirme lui-même:
        "Je n'ai jamais travaillé avec des modèles. Un modèle constituerait pour moi une limitation à ma liberté de peindre ou de dessiner. Je n'ai jamais posé trois objets sur une table pour faire une nature morte. Je ne me suis jamais placé non plus dans un endroit particulier pour peindre un paysage. En réalité je n'ai besion de rien devant moi. Mes choix de personnages sont arbitraires et tous sont le fruit de mon imagination".

     

    Fernando Botero (1932- ) - L'Anti Giacometti...

     

         Balloté entre deux continents, ce géant qui alterne peinture et sculpture a créé en soixante années de travail, une oeuvre originale tout simplement unique à travers laquelle, à l'image de ses personnages plus grands que nature, il domine son époque... Ses oeuvres sont vues dans le monde entier... On reconnait un Botero comme on reconnait un tableau de Van Gogh (1853-1890): une signature que seuls les plus grands laissent à l'histoire de l'Art...

     

    Fernando Botero (1932- ) - L'anti Giacometti...

     Fernando Botero (2006)

     "Lorsque l'art rentre dans une maison la violence en sort"

     

     

     

     

     


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  • Commentaires

    1
    Fanchette
    Mardi 28 Mai 2013 à 01:43

    Bonjour,

     J'aime beaucoup le style de peinture de Fernando Botero, d'ailleurs je vais commander plusieurs posters.

    Où puis-je acheté ses  personnages, (grosses femmes), et autres sujets ?

    Avec mes remerciements.

    Anne-Lise 

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