• Auguste Bournonville (1805-1879) - Un romantisme optimiste

    Auguste Bournonville (1805-1879) - Un romantisme optimiste

    Auguste Bournonville (1805-1879) 

         

        Né à Copenhague le 21 Août 1805 (le même jour que l'écrivain Hans Christian Andersen qui deviendra son ami et dont il adaptera l'un de ses contes dans un ballet A Folk Tale), Auguste Bournonville est le fils du maitre de ballet français Antoine Bournonville établi au Danemark. Rien d'étonnant dans un pareil contexte de voir le jeune Auguste intégrer dès ses huit ans l'école du Ballet Royal où il aura comme professeurs son propre père et l'italien Vincenzo Galeotti, maitre de ballet et chorégraphe principal du Ballet Royal du Danemark de 1775 à 1816.

        En même temps qu'il apprend la danse, Auguste reçoit une solide éducation: littérature, histoire, mais aussi musique, violon et chant, et ses nombreux talents lui valurent à 12 ans de chaleureuses félicitations alors que de sa voie de soprano il avait interprété une romance à l'occasion de l'anniversaire de la souveraine.

        Cependant Antoine rêve de confier son fils aux grands maitres de la danse: ceux qui sont à l'Opéra de Paris... et en 1820 il obtient du roi Frederick VI une bourse de 6 mois pour emmener Auguste en France.
        Bien qu'il n'eut que son père comme seul professeur pendant ce séjour à Paris, le jeune homme assistera à un maximum de spectacles et, découvrant un monde de la danse nouveau en pleine transformation, observe les illustres enseignants que sont Pierre Gardel (1758-1840) et Auguste Vestris (1760-1842), prend des notes et lorsqu'il regagne Copenhague n'a qu'une idée en tête: retourner un jour dans la capitale française...
        Cette autorisation, il l'obtiendra du roi quatre ans plus tard, une absence prévue de 15 mois qui s'étendra au final sur 6 ans car après avoir réussi l'examen de passage il sera engagé pendant 4 ans comme "premier double" à l'Opéra de Paris.

        Auguste a suivi cette fois les cours d'Auguste Vestris, dont il deviendra un pur produit, et dans les nombreuses lettres qu'il adressa à son père lui fit part avec enthousiasme de son expérience:
        "Je suis extrêmement satisfait de Mr. Vestris, et de plus ce dernier est très content de mon application et de mon désir de progresser. Il est très exact dans ses leçons et vient trois jours par semaine à 8h du matin, les trois autres à 9h, et reste jusqu'à 11h. Je me lève tous les matins à 6h et arrive une demi-heure avant la leçon afin d'être absolument prêt lorsque vient Mr. Vestris. Il m'a pris en amitié et cultive mon talent avec beaucoup de soin, et tout en corrigeant mes défauts avec intransigeance me traite avec considération".

     

    Auguste Bournonville (1805-1879) - Un romantisme optimiste

    Auguste Vestris   Thomas Gainsborough (1727-1788)


        Des leçons auxquelles le futur chorégraphe rendra hommage des années plus tard dans son ballet Le Conservatoire (1849) lorsque de retour à Copenhague en 1830 il y remplacera son père au poste de maitre de ballet du Ballet Royal de Danemark, charge qu'il occupera jusqu'en 1877 et qui lui donnera l'occasion de créer un répertoire de plus de 50 ballets admirés pour leur exubérance, leur légéreté et leur beauté.
        Car Auguste Bournonville a profité de ses expériences de second rôle pour apprendre tous les ballets de Pierre Gardel, Louis Milon (1766-1845) et Jean Aumer (1774-1833), et l'influence de ce qu'il a vu restant dans son oeuvre prépondérante, il demeurera fidèle sa vie durant à la grâce, la légèreté ainsi qu'au lié des mouvements de l'école française.

        Cependant, le chorégraphe dont la conception de la vie repose sur une vision positive et harmonnieuse du monde, va créer un style entièrement personnel à des années lumière du romantisme européen de l'époque obsédé par le "mal du siècle"... et ses ballets (à l'exception de sa version de La Sylphide (1836) qui reste encore très influencée par le courant français) se déroulent dans une atmosphère optimiste où éclatent l'exubérance et la joie de vivre.
        "La danse est par son essence une expression de joie, le désir de se laisser porter par les sons de la musique" écrira-t-il.
        Du romantisme il ne retiendra que le goût pour les univers fantastiques (La Kermesse à Bruges- 1851) ou les horizons exotiques, et nombre de ses ballets ont pour cadre un pays étranger:
        L'Italie dans Napoli (1842), La Fête des fleurs à Genzano (1858), l'Espagne avec Le Toréador (1840), La Ventana (1856), ou encore la Norvège à travers Le Mariage à Hardanger (1853) par exemple.

     

    Napoli  Acte III  (Tarentelle)   Musique de Edvard Elsted & Holger Simon Paulli    Chorégraphie d'Auguste Bournonville  Interprété par le Ballet Royal du Danemark 
        (
    Noter le chausson typique que portent les danseurs masculins, imaginé par Bournonville dans un esprit d'élégance: un chausson noir dont l'empeigne blanche en pointe dégage visuellement le cou de pied et allonge la silhouette)

     

        Créant son propre style, Auguste Bournonville s'affirme rapidement dans ses dramaturgies et ses idées, proposant des "ballets pantomime" où s'épanouit constamment ce romantisme optimiste, et à Copenhague sa danse d'une élégance inhabituelle toute en grâce et en légèreté impressionne le public.
        Interprète des principaux rôles masculins de ses ballets il leur donnera en outre une importance équivalente à ceux de la ballerine, autre particularité remarquable qui fit que, contrairement à la tendance de l'époque, la danse masculine ne s'effaça pas au Danemark au profit de la danse féminine, et que l'école danoise sera réputée pour former de grands interprètes masculins parmi lesquels figureront Erik Bruhn (1928-1986) ou encore Nikolaj Hübbe (1967- ), l'actuel directeur du Ballet Royal du Danemark.

     

    Auguste Bournonville (1805-1879) - Un romantisme optimiste

     

        Suivant l'exemple de nombreux enseignants, Bournonville, qui réorganisa l'école de danse (6 classes hebdomadaires avec des exercices gradués) , rédigea un manuel publié en 1861, Efterlade Skrifter (Etudes Chorégraphiques), à travers lequel il exprime, ainsi que dans ses Mémoires (Ma Vie de Théâtre), l'un des éléments importants de son credo: la grâce au naturel:
        "Grâce à la musique, la danse peut atteindre les sommets de la poésie, alors que par un excès d'efforts gymniques elle dégénère en bouffonerie. Si d'innombrables énergumènes peuvent exécuter des prouesses réputées "difficiles", évoluer avec une apparente aisance reste l'apanage de peu"... ou encore:
        "Etre maniéré n'est pas avoir du caractère: l'affectation est l'ennemie jurée de la grâce"...

        Cette qualité imprègne toute sa production où les jambes sont le rythme et les bras la mélodie, et si l'élévation et la batterie sont très présents l'exécution doit en rester élégante, sans effet de virtuosité:
        "Savoir cacher toute peine et tout effort mécanique sous l'apparence d'un calme harmonieux est le sommet de la science artistique" dira-t-il lui même. 
        Dans le même esprit, dépourvus de portés les pas de deux privilégient le jeu entre les danseurs, de même que les solos et les ensembles interviennent naturellement selon les besoins de l'histoire. 

        Le personnage le plus important de l'histoire du ballet danois effectuera à plusieurs reprises divers "séjours" à l'étranger car quelques disputes avec le roi lui vaudront d'être momentanément "exilé"... il danse à Naples (1940), dirige le ballet de l'Opéra de Vienne (1855-1856) puis le théâtre Royal de Stockolm (1861-1864), mais l'essentiel de sa carrière se déroulera à Copenhague où il donnera véritablement son identité au Ballet Royal lui imprimant cette signature originale qu'est "le style Bournonville" (Dans un autre domaine il s'inquiétera de la position sociale des danseurs et créera pour eux la première caisse de retraite).


        Le chorégraphe cessera d'enseigner au printemps 1877 et décède le 30 Novembre 1879 victime d'un accident vasculaire cérébral à son retour de l'église.
        Représentant la quintescence de la culture danoise, son oeuvre ne sera largement connue hors de son pays natal qu'après la Seconde Guerre Mondiale avec les premières tournées du Ballet Royal en 1950; mais la compagnie n'a cessé depuis de présenter ses ballet dans une tradition jamais interrompue et remonte souvent les plus célèbres, restant fidèle aux chorégraphies originales qui demeurent certainement la plus pure expression du style de Vestris à avoir survécu depuis le XVIII siècle...

     

    Auguste Bournonville (1805-1879) - Un romantisme optimiste

    Théâtre Royal Danois (Copenhague)   Résidence du Ballet Royal du Danemark

     

         Nombre de créations du plus célèbre chorégraphe danois sont inscrites aujourd'hui au Répertoire de plusieurs compagnies dans le monde et l'école du Ballet Royal de Danemark continue à enseigner cette "technique Bournonville", mettant avec justesse l'accent sur ce naturel sans lequel le ballet n'est qu'affectation, un élément fondamental intemporel, car quelle que soit l'époque,


        "Avant tout la danse doit se garder de céder aux sollicitations d'un public blasé friand d'effets étrangers à l'art". 
                                    Auguste Bournonville 

     

     La Fête des Fleurs à Genzano - Musique de Edvard Helsted  Chorégraphie d'Auguste Bournonville   Interprété par Natalia Belshakova (Rosa) et Vadim Golyaev (Paolo) et le corps de ballet du Kirov-Mariinski.
     
       Avec l'absence de portés, remarquer les bras souvent en position préparatoire, deux caractéristiques du style Bournonville.


        (Initiée par Antoine, la dynastie des Bournonville s'éteignit avec Auguste, car si ce dernier eut 7 enfants seule l'une des ses filles fut tentée par une carrière de danseuse qu'elle abandonna à 20 ans pour se marier... )

     


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