• Antonio Canova (1757-1822) - L'Artiste qui immortalisa la beauté

    L'Art et la danse

                                                      Antonio Canova - Autoportrait
       
        Le 6 Août 1797 Bonaparte écrivait ces lignes à Antonio Canova:
                "J'apprends, Monsieur, par un de vos amis, que vous êtes privé de la pension dont vous jouissiez à Venise. La République Française fait un cas particulier des grands talents qui vous distinguent. Artiste célèbre, vous avez un droit particulier à la protection de l'Armée d'Italie. Je viens de donner l'ordre que votre pension vous soit exactement payée".

        
    Cette marque d'admiration et de gratitude sera le point de départ d'une relation tumultueuse entre les deux personnages...

        Les débuts furent en effet difficiles, car malgré plusieurs invitations, l'artiste alors au sommet de sa renommée internationale refusait de venir en France, tout comme il l'avait fait lorsqu'il fut contacté par la Russie (où il n'alla jamais, bien que nombre de ses plus belles oeuvres se trouvent maintenant au musée de l'Hermitage):
                "L'Italie est mon pays, le pays et la mère patrie de l'Art" confia-t-il à un ami, "Je ne peux la quitter, mes racines sont ici. Si mes pauvres talents peuvent être utiles à un pays qu'ils le soient à l'Italie, pourquoi ne lui donnerais-je pas la préférence?". 

        Et il fallut l'intervention du Pape Pie VII pour décider l'obstiné... qui en Octobre 1802 va enfin accepter de réaliser, non sans difficultés, le portrait de Bonaparte qu'il ne rencontra qu'à 5 reprises, ce dernier n'ayant jamais véritablement consenti à prendre la pose...
        Toutefois cet épisode permit à Canova d'être introduit auprès des membres du cercle familial du futur empereur dont plusieurs feront appel par la suite à ses talents conjoints de peintre et de sculpteur.

    L'Art et la danse


          La danse était l'un des thèmes favoris de l'artiste et en 1802, Joséphine de Beauharnais lui commande une statue qu'elle destine à orner la Malmaison... Ce sera  La Danseuse, connue aussi sous le nom de La danseuse avec les mains sur les hanches ou encore La Nymphe de la Danse, exposée aujourd'hui au musée de l'Hermitage et considérée comme la version originale de l'oeuvre.
       Car dans les derniers mois de sa vie le sculpteur en réalisera une seconde version à la demande du mécène anglais Sir Simon Houghton Clarke, laquelle très fidèle à la première n'en diffère que par certains détails au niveau de la chevelure, et fait partie maintenant des collections de la National Gallery d'Ottawa.

        Plusieures copies furent exécutées de cette  Danseuse N°2 et l'une d'elle, soit dit en passant pour la petite histoire, monte la garde en toute simplicité devant l'entrée du N°3 Adelaïde Crescent à Brighton (Offerte à la municipalité par le collectionneur et marchand d'art Sir George Donaldson, la statue ornait autrefois le vieil Hôtel de Ville de Hove, faubourg de Brighton, et fut achetée en 1966, après l'incendie du bâtiment, par l'écrivain Anthony Rea qui la plaça sur le seuil de son domicile...).

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        Exposé au Louvre en 1812 l'original de La Danseuse avait reçu un accueil enthousiaste, tout comme sa voisine Terpsichore que le public eut également l'occasion d'admirer à ses côtés. Cette oeuvre qui devait à l'origine représenter la femme de Lucien Bonaparte, dut être modifiée par la force des choses après l'annulation de la commande, et le sculpteur en fit alors avec bonheur la muse de la Danse, que l'on peut voir aujourd'hui au musée de Cleveland (Ohio).

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        Après les excés théatraux du Baroque, Antonio Canova marque un retour au raffinement de l'Antique, cependant alors que les Grecs et les Romains sculptaient les corps en insistant sur l'anatomie et la musculature, les lignes sont ici épurées, les muscles ne sont pas visibles, c'est la touche néoclassique.
        Le travail  de celui que ses contemporains appelaient "le ministre suprème de la beauté" se distingue en effet  par l'extrème sobriété des contours, l'élégance des formes, l'expression des physionomies et cette habileté à donner au marbre le poli et le moelleux de la nature vivante (Il fut même accusé de tricher en utilisant des cires spéciales à cet effet). Autant de qualités qui ont fait de ce descendant d'une longue lignée de tailleurs de pierre l'un des plus grands sculpteurs de son époque au talent universellement reconnu. Sa sculpture est présente dans les plus grands musées, et l'un de ses chefs d'oeuvre d'harmonie, que ne renierait pas un chorégraphe, l'Amour et Psyché, constitue aujourd'hui l'une des pièces maitresses du musée du Louvre.

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      Né le 1er Novembre 1757 à Possagno, dans l'Etat vénitien, Antonio Canova apprit dès son plus jeune âge le travail de la pierre. Après la mort de son père et le remariage de sa mère il fut confié à la tendre solicitude de ses grand parents paternels et dès qu'il sut tenir un crayon son grand père lui enseigna le dessin auquel il attachera toute sa vie une importance extrème. Il avait pris une résolution à laquelle il adhéra pendant de nombreuses années: Ne jamais s'endormir le soir sans avoir fait un dessin et dira plus tard, conscient de la valeur du dessin traduisant ses pensées d'abord sur le papier:

                "Crayon et ciseau ce sont les instruments qui mènent à l'immortalité".

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        Les jeunes années de Canova se passent dans l'atelier de marbrier de son grand-père où grâce à son talent précoce il réalise à l'age de 9 ans deux petits reliquaires. Mais c'est un lion sculpté dans une motte de beurre qui éveillera l'interêt  du sénateur Giovanni Falieri, un de leurs riches clients, qui prendra le jeune Antonio en amitié (il avait alors 13 ans) et usera de son influence pour faciliter sa carrière.
       Apprenti chez le sculpteur de renom Giuseppe Torretti, puis élève à l'Ecole Santa Maria de Venise et enfin à l'Académie des Beaux Arts où il remporte plusieurs prix, son travail universellement applaudi pose très vite les bases de sa renommée. Et lorsqu'il s'établit à Rome en compétition cette fois avec les maitres de l'art, ses ouvrages le mettent bientôt au premier rang des sculpteurs de l'époque, et son oeuvre à la délicatesse légendaire sera considérée comme l'archétype de la sculpture néoclassique.

        Parmi les oeuvres d'Antonio Canova consacrées à la danse figurent encore La danseuse avec le doigt sur le menton, conservée par la National Gallery of Art de Washington, ainsi que  La danseuse aux cymbales:

    L'Art et la danse

                                        

        Et ses talents de peintre lui feront réaliser l'une de ses plus belles oeuvres picturales  La danse des trois Grâces:


    L'Art et la danse 


        Après avoir touché par son talent exceptionnel papes, empereurs et rois, Antonio Canova s'est éteint à Venise auréolé de gloire le 13 Octobre 1822.
     
        Il laisse derrière lui des sculptures qui matérialisent le rêve d'une époque boulversée par l'épopée napoléonienne, le rêve de faire revivre dans le marbre les idéaux antiques de la beauté et de la perfection formelle, ainsi qu'il l'exprima lui-même:

                " La vie n'est pas facile, je peins le souvenir du bonheur..."
                                                                      Antonio Canova


         

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